03/12/2005

Renaissance

Le liquide verdâtre ondulait doucement dans ce qui avait été la salle d’autopsie de la Brigade Spéciale. Un vieil homme, assis dans un fauteuil roulant, lisait à la lueur d’une lampe blafarde, ses cheveux encore longs lâchés. Dans la cuve, une jeune femme, masque à oxygène sur le visage, ses cheveux noirs flottants dans l’Amioliquid, des capteurs sur tout son corps pâle, tatoué et aux nombreuses cicatrices.Quelques chapelets de bulles s’échappaient à intervalles réguliers de ses lèvres, dans un bruit glougloutant, entrecoupés par les « bips » des machines de contrôle.

 

Le vieil homme dormait maintenant, son livre encore ouvert sur la table. L’electro-encéphalogramme s’arrêta soudain, pendant quelques secondes, il fut plat, pour ensuite reprendre un rythme plus régulier, un rythme plus rapide, le rythme d’un cœur qui bat normalement. Les autres capteurs s’arrêtèrent brusquement et reprirent leur fonctionnement à un rythme plus intense, le rythme d’une personne qui vit, s’éveille.

 

Dans la cuve, les chapelets de bulles se font plus réguliers, les jambes tressautent, quelques capteurs se détachent, l’alarme se met en route….Le vieil homme ouvre les yeux, sa surprise est grande… D’autres capteurs se détachent, le corps est en mouvement, elle ouvre les yeux, deux yeux violets. Elle arrache les capteurs restant, se met en position fœtale, enroulée autour du cordon d’oxygénation. La cuve se fissure lentement, le mécanisme de vidange d’urgence s’enclenche, mais trop tard, les parois de la cuve explosent en milliards de petits morceaux.

 

Le calme est revenu, le vieil homme s’approche, son fauteuil écrasant les éclats de verre, un peignoir en main. La jeune fille, baignant maintenant dans une petite marre de liquide verdâtre, se redresse, du sang coulant lentement de ses narines, blessure due à l’arrachage du tuyau de respiration. Elle s’essuye le visage d’un revers, se redresse, peu gênée de sa nudité. Il lui tend la main, sourire aux lèvres, elle enjambe, pieds nus, les restes de la cuve, enfile le peignoir, écarte ses cheveux mouillés. Ses yeux violets se plongent dans le bleu de son vis-à-vis. « -Franck…

-         Alaïs…

-         Que t’est-il arrivé ? Où sont les autres ? Qu….

-         Calme, voyons….Reprenons depuis le début…De quoi te souviens-tu ?

-         Je me souviens des yeux d’Erwin, de la douleur dans mon ventre, du sang…Et puis plus rien…

-         C’était il y a trente ans…

-         ….

-         Oui ma douce…..Ce qui m’est arrivé ? La vieillesse, Alaïs….La vieillesse…..

-         Et les autres ?

-         Paul est mort le premier, fauché par un Lycan, pour sauver un couple idiot….Thomas a été tué par un vampire….Mickaël s’est suicidé….

-         Et Erwin ?

-         Erwin…..Il a épousé une femme, il a eu des enfants….Mais tu sais….Il vit toujours…Il n’a pas changé….C’est bien plus tard que j’ai découvert sa particularité…

-         Laquelle ?

-         ….Immortel…

-         Ange ?

-         Non

-         Démon ?

-         Non plus…

-         ….

-         Allons, souviens-toi…

-         Un….Un…..Un Immortel ?

-         Oui…Ni dieu, ni ange, ni démon….Il était, il est et sera….

-         ….. »

Elle s’appuya contre une table, serrant le peignoir contre elle. Soudainement, elle eut froid. Ainsi donc, il n’était plus que trois….que trois en vie….

« - Qu’est-il arrivé d’autre ? A la brigade….

-         Tout ce que tu redoutais est arrivé….La terre est…Est….Oh, c’est complexe à t’expliquer, mais je doute qu’il te faudra longtemps avant que tu ne retrouves tes marques…La Brigade a été démantelée, j’ai acheté les bâtiments pour une bouchée de pain et…J’en ai fait ma demeure….

-         Mais comment as-tu réussi à me…me…heu…Me….

-         Oh….J’ai acquis un certain savoir….J’ai perfectionné ce qui existait déjà….Et voilà…Mais je ne pensais pas que tu te réveillerais….

-         Si….

-         Tu devrais manger, prendre une douche et dormir….

-         Mais je n’ai…

-         Si…..Et ne t’inquiète pas, les bâtiments sont toujours en états….j’ai reconstitué un endroit qui devrais te plaire…. »

Elle le suivit, il la mena dans son appartement, qu’il avait patiemment reconstitué et modernisé. Ils dinèrent ensemble, se quittèrent comme si tout n’avait jamais été qu’un rêve. Alaïs se glissa sous la douche, laissant couler l’eau chaude, très chaud, pendant longtemps, mêlant ses larmes à l’eau. Elle sortit une nuisette en satin noir, se glissa dans ses draps et s’endormit lourdement.

 

Elle se réveilla, s’étira. Sortit des draps chauds, il était midi, elle ne se souvenait plus avoir dormit aussi longtemps depuis…Bien longtemps. Elle passa un jeans serré, un pull noir et entreprit de retrouver Franck. Arrivée en bas de l’escalier, elle se dirigea automatiquement vers le bureau principal. La porte en verre opaque et floué était toujours là, comme la dernière fois qu’elle y était venue. Derrière la porte, elle reconnut la voix et la silhouette de Franck. Mais il n’était pas seul. Une silhouette plus grande, bien plus grande, plus sombre, se tenait à ses côtés. Et la voix, une voix qu’elle reconnaîtrait entre mille, celle d’Erwin. D’un geste, elle ouvrit la porte, interrompant la conversation.

 

Elle ne s’était pas trompée, c’était bien Erwin. Il sourit, lui lança un croissant dans un geste qu’elle connaissait bien. Elle l’attrappa, posa ses yeux sur un paquet de feuilles tapées à l’ordinateur.

« - On a passé la fin de la nuit et le début de la matinée à t’écrire un résumer de ce qui s’était passé….Tu peux déjà en prendre connaissance, ou bien regarder par la verrière et voir ton monde, ou bien aller au cim…. »

Avant qu’Erwin ait terminé, elle s’était collée contre lui, après un petit bond au-dessus d’un bureau et lui avait fourré un croissant dans la bouche, grand sourire aux lèvres. Il protesta faiblement.

« - gmflplf…mpf….

-         On avisera…. »


21:06 Écrit par Miss Evergreen | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |