06/06/2005

Dead Rallye

Minuit, quelque part sur un circuit dans le désert du Nevada,

 

Les voitures sont alignées, les moteurs ronronnent paisiblement, la foule attend, excitée et rugissante. Un à un, les feux rouges s’allument, passent au vert. Et là, rugissement des moteurs, quinze fauves lâchés qui s’éveillent et se lancent à l’assaut du circuit. Dans sa voiture, ses doigts se sont crispés sur le volant, son pied prêt à jouer sur l’accélérateur. La course est lancée, il n’y aura qu’un vainqueur, le dernier. Elle sait que c’est une course « à mort », elle sait aussi qu’elle est la seule femme au milieu d’hommes prêts à tout pour gagner. La tension est palpable, lui nouant l’estomac, mais le frisson d’adrénaline est plus fort, elle sourit, carnassière.

 

Sa voiture, dernier petit bijou de technologie, s’élance sur la piste, bousculant sans ménage les autres, jouant des coudes dans la cohue. Elle n’a plus peur. Depuis ses trois ans, elle connaît le milieu, fille d’un mécano, elle venait tout les après midi voir s’entraîner les pilotes, et tout les vendredis et samedis soir, les voir durant ces courses prohibées, où l’argent et l’alcool coulent à flot. Depuis sa plus jeune enfance, elle connaît le vocabulaire de la piste, à seize ans, elle savait déjà conduire une voiture, c’est tout naturellement qu’elle commença les DeadRallye. Oh, ce ne fut pas facile, au début, de se faire accepter, elle dû prouver deux fois plus qu’un homme, mais elle s’en fout.

 

La première pour les trucs dangereux, douée en sports de combat, oui, un vrai garçon manqué. Et tout cela pourquoi ? Cette obsession de faire mieux que les hommes, de les surpasser, d’être comme eux, pourquoi ? Mais elle chasse bien vite ses questions existentielles au fond de son esprit et se concentre sur la piste. On la talonne, le radar clignote dangereusement. Une secousse, deux, trois. On ose s’attaquer à elle, alors, d’un coup sec de volant, elle vire, les panneaux latéraux encaissent bien le choc, ils ont été conçus pour cela. Elle zigzague un peu avant de se remettre droite, fonce, monte à du 200, un œil fixé sur le radar, l’autre sur la piste. Mais on lui facilite la tâche, des voitures ont été trafiquées, par qui, elle n’en sait rien. La sienne, impossible, elle l’a vérifiée elle-même avant le tout début et de toute façon, elle fait partie de la meilleur écurie au niveau sécurité, la voiture est gardée et elle seule, ainsi que le patron de l’écurie, possède la clé de contact et le code permettant de la déverrouiller.

 

Elle ne sait rien du « Boss », juste qu’il est très puissant, qu’il veut gagner et qu’il paye bien, le reste, elle s’en fout. Elle s’en fout de gagner dans le sang, tout ce qu’elle veut, c’est gagner, pour que son père soit fière d’elle. Elle accélère, monte à 250. Son « jockey », qui la guide via une oreillette, lui indique qu’ils ne sont plus que deux. Ce sera dur, très dur, il la talonne.

 

Les deux voitures sont l’une à côté de l’autre, l’un noire zébrée d’éclairs argentés, la sienne, et l’autre, rouge et orange. Les voitures se tamponnent, des étincelles fusent, la ligne de départ est proche, et un seul doit gagner. Soudain, elle sent le choc, énorme, il a prit de l’élan pour l’envoyer dans le fossé, elle vire et revient derrière lui. Son jockey lui dit d’arrêter, de laisse tomber, deuxième, ce n’est pas si mal, mais elle s’en fout. Il a osé. Elle monte encore plus haut, reviens à sa hauteur, en 290, le moteur peut dangereusement surchauffer, mais ça ne compte pas. La vitre vole en éclat, une douleur lui transperce l’épaule, une balle. La voici à 300, elle le dépasse et vire soudainement, l’envoie dans le fossé, enfin elle espère. Mais il revient, bien trop vite à son goût. Une douleur atroce lui brûle l’épaule, ses yeux se brouillent, un second éclair de douleur lui vrille la jambe. Mais la voici qui passe la ligne, enfin, après un dernier tamponnement. Elle laisse le pilote automatique diminuer la vitesse et sombre doucement dans l’inconscience. Il lui semble voir, derrière l’écran flou de ses larmes, des gens tenter de la sortir, elle entend, comme à travers un oreiller, que sa voiture est en feux.

 

Mais elle s’en fout, elle a gagné.


18:35 Écrit par Miss Evergreen | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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