15/04/2005

L'esprit des corbeaux [Inspired by the clip of "fuck them all" - Mylène Farmer]

« Tue l’esprit des corbeaux et tu seras enfin libre, pars, pars, toujours vers le nord, toujours plus loin, jusqu’aux plaines vides, et tue, tue… »

Les paroles de l’Oracle tournent, tournent, telle une rengaine, dans ma tête, me donnant la force de surmonter la douleur, la peur et le chemin. Je ne sais même plus pour qu’elle raison je fuis, de qui ou de quoi j’ai peur, tout ce que je sais, c’est ce que ma dit l’Oracle.

 

Alors, j’ai marché, ne m’arrêtant que pour me reposer, avec toujours cette peur au ventre et cette douleur qui semble parcourir mon corps, comme un électrochoc me rappelant que je ne dois pas m’arrêter trop longtemps. Je suis allée vers le nord, sans jamais renoncer, j’ai rencontré beaucoup de gens, bon et mauvais. J’ai marché et suis arrivée ici, dans les plaines d’Immaculata, la Plaine Des Neiges Eternelles, là où tout est abandonné, où la neige à tout recouvert, les plaines vides…

 

Ici, tout est recouvert de neige, les gens ont fuis depuis bien des années, parlant d’un mal étrange, d’un hiver infini, de gens congelés, d’animaux pris dans la glace tout en étant encore vivant, endurant lentement le supplice de la faim et de la soif, comme certains êtres humains imprudent. Alors ils sont partis, loin, le plus loin possible, abandonnant tout, n’emportant que le nécessaire.

 

Je suis arrivée face à un énorme hangar, une usine, peut-être ? Un corbeau croassa, me faisant frissonner. J’ai entendu des bruits, comme des bruits de chaînes, je me suis avancée, sur mes gardes, vers la source du bruit. Une cage, de fer rouillé. A l’intérieur ? Moi, prisonnière, captive, aux vêtements déchirés, aux cheveux coupés à la garçonne, aux yeux angoissés, des coups et des plaies sur mon corps. Mais Est-ce que ça peut-être mon corps, si je suis ici et là ? Une plaie sale déchirait sa joue, des chaînes retenaient ses mains, lourdes, longues. Et ce regard, mon regard, fou, angoissé, triste.

 

Alors j’ai ramassé une pierre, l’ai jetée en direction d’une vitre sale, qui vola en éclat. Je suis sortie par là, guidée par une impulsion inconnue. Un corps, étendu, recouvert d’une couverture face à moi. Je me suis accroupie, j’ai soulevé la couverture et je me suis apparue, froide, les yeux grands ouverts, comme saisie par la mort. Je me suis fermée les yeux, me suis relevée. Que faire ?

 

J’ai plongé la main sur le côté du cadavre, en ai ressortit une épée, un sabre, même. La lame, affûtée comme me confirma le sang qui perla de la paume de ma main que je passai dessus pour m’en assurer, et brillante au soleil, comme si elle n’avait attendu que moi. J’ai couru, poursuivie par des corbeaux. Un grand champ s’étendait face à moi, planté d’épouvantails aux masques blancs, masques d’oiseaux stylisés, vêtus de haillons noirs, comme tant et tant de sépultures. J’ai tranché, coupé, déchiqueté les épouvantails, l’un après l’autre, avec une haine qui me fit peur. Etais-ce bien moi ? Un sang noir perlait, gouttait, jaillissait, me colorant le visage, ma lame, la neige, de noir rougeâtre. Et les épouvantails semblaient fondre sur place, en une masse noirâtre qui devenait corbeau, que je tuais à son tour. Quand le dernier fut exterminé, un bruit d’écrasement ce fit entendre, comme un corps broyé par de lourdes plaques de fer. Je n’ose imaginer ce que fut le destin de mon autre moi.

 

Un grand calme s’est emparé de moi, comme une pluie salvatrice sur les décombres fumants d’un incendie. Un vent se mit à souffler. J’écartai les bras, me disloquant lentement, comme un million, un milliard, plus encore, de petites bulles. Et dans ma tête, une voix…

« Enfin libre… »


21:56 Écrit par Miss Evergreen | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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