16/03/2005

Un trait de khôl noir

Un trait de khôl noir pour noircir le regard et l’intensifier, la pose d’une lentille verte acide pour masquer l’œil violet, un trait de rouge à lèvre sang posé au pinceau pour provoquer. Un peu de parfum dans le décolleté discret mais plongeant, derrière les oreilles et au creux du cou. Robe longue enfilée, corset lacé, porte-jarretelles attaché, épine de Shiva dissimulée le long de la cuisse. Dernière vérification dans le miroir. Alaïs sort ce soir. Alaïs tuera ce soir.

 

J’ai un contrat, ou plutôt, j’en ai cinq. Mais ils sont faciles, et bien payés. Deux par empoisonnement, les autres, on verra bien, mais j’ai ma petite idée. Une voiture m’attend en bas. J’enfile mon long manteau noir, attrape mon sac et sort, verrouillant la porte.

 

Ma surprise est de taille. Une superbe limousine noire, la carrosserie datant des années 1940 – si loin pour nous, habitants humains de Terra Prima en 3005 ! – le chauffeur m’ouvre la porte, c’est un humano-BOT, dommage, il est plutôt pas mal. Je m’enfonce dans le cuir des coussins et regarde les lumières de la ville défiler. Nous survolons les Anneaux qui s’enfonce de plus en plus bas dans le centre de la terre.

 

Nous voici arrivés. Le chauffeur m’ouvre la portière, je descend et gravis les escaliers, présente mon carton et il m’ouvre la porte. La salle est illuminée. Grande, lumineuse, des tables sont disposées un peu partout, parfaitement dressées, un buffet est disposé et souvent réapprovisionné le long d’un des murs, tandis qu’un orchestre met un petit peu d’ambiance, mêlant la musique aux conversations. Quelques couples virevoltent déjà au milieu des robots, terriens et autres extraterrestres.

 

Je reconnais celui qui m’a engagée, il s’approche et me tend une coupe de champagne, me présentant à mes futures victimes. Le dîner commence, je me lie très vite d’amitié feinte avec mes deux premières victimes. Les empoisonnes discrètement, elles ne souffriront pas trop. La première se lève, prétextant un besoin pressant, la deuxième la suit, allant prendre un peu l’air, ne digérant sans doute pas bien la soupe si épicée et le vin blanc. On retrouvera les corps le lendemain matin, en les croyant endormis puis mort par une trop forte absorption de drogue ou d’alcool ou des deux.

 

La soirée continue, doucement. Nous arrivons à la fin. Mes quatre lascars m‘emmènent dans un salon privé. Coussins, tapis moelleux, champagne et boisson alcoolisée à volonté. Evidemment, je sais que je vais passer à la casserole. Pour trois d’entre eux, ils mourront avant, pour le quatrième….je me laisserais bien tenter. Nous parlons, ils pensent me saouler, ils se trompent. Je joue ma petite pétasse, ils commencent à jouer avec moi. Me titillent, me caressent. Je rentre dans leur jeu. L’un va chercher une autre bouteille de ce si délicieux champagne, l’autre enlève sa veste de smoking parce qu’il a trop chaud. Vieux pervers attirés par les jeunes filles. Seul mon commanditaire reste à l’écart, jouant le rôle d’un voyeur et, surtout, d’un allié discret. Il sait que je le tuerais s’il me fait chanter ou tente de m’impressionner.

 

Je me laisse faire. Ils ouvre mon corset, jouent avec mes seins. Je feins le plaisir. L’un s’aventure sous ma robe, je le laisse faire. Me voici nue devant eux. Ils me tripotent, me touchent, m’investissent. Doucement, je fais glisser l’épine de Shiva le long de mon flanc, l’un se branle déjà sur moi. Pervers. Je me redresse brusquement et le premier coup est pour lui. En plein dans le cœur, il tombe, le sexe en érection, statue du plaisir phallique. Je me rue sur le deuxième, le tue de la même façon. Le troisième résiste, mais je le tue aussi.

 

Je me redresse, rangeant mon épine de Shiva dans son fin fourreau et avance vers mon commanditaire. Il écrase sa cigarette, me tend la main et m’attire contre lui. La cinquantaine, cheveux gris et long, deux yeux verts d’eau qui me scrutent et semblent lire en moi, même si ce n’est pas possible. Grand, au moins deux mètres et très mince, habillé en noir. Je fais sauter un a un les boutons de sa chemise, glisse mes mains dans son dos, le griffe légèrement. Il mordille ma nuque, me soulève contre lui, me couche sur les coussins, nous nous embrassons, passionnément.  Cette nuit, je la passe avec lui.

 

Une nuit, mais pas toute la vie car je ne peux m’attacher. Je suis Alaïs, je suis la Vèga Némésis. Je suis l’H2(SO4). Et l’on ne peut passer plus qu’une nuit avec une veuve noire.


19:14 Écrit par Miss Evergreen | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Cavale

Ne pas se retourner, courir, toujours. Tenter de se cacher pour souffler. Plus de nuit, plus de jour, plus de sommeil, juste l’angoisse de se faire attraper. Ne plus faire confiance en personne, se méfier de tout. N’être même plus sûr de soi, tel est mon destin de fugitive. Pourquoi ? Par qui ? Je ne le sais même plus. Je cours, toujours, avec l’espoir de pouvoir un jour m’arrêter pour de bon.

 

Me voici arrivée dans un cimetière. Nous allons pouvoir jouer. Je me glisse derrière un monument aux morts et observe. ILS ne tardent pas à arriver. Une voiture noire s’arrête devant la grille, deux hommes et deux femmes en descendent. Une jeune femme est vêtue d’un long manteau noir et porte des lunettes noires, seuls ses cheveux roux donnent une touche vivante à l’ensemble. Les trois autres personnes sont vêtues d’un costume cravate noir avec une chemise blanche. Ils ont une arme à la main. Ils s’élancent à ma poursuite. La rousse allume une cigarette et attend tranquillement, adossée à la voiture, dont les phares trouent la nuit, seule source de lumière avec la lune, pleine, qui distille ses rayons, soleil de la nuit, je vois très bien dans le noir.

 

Je sors mon arme, un calibre moyen avec lequel je suis sûr de tuer tout en ayant une excellente précision. Je n’ai pas mon fusil à charge plasmatique, c’est dommage, mais j’ai dû le mettre en sécurité. Je me glisse lentement sur le côté, longeant le mur jusqu’aux premières tombes. Une rafale de balles me surprend. Je tire un peu à l’aveuglette. Au cri, je pense que j’ai dû en toucher un. Je me glisse entre une tombe d’enfant, une petite fille morte à trois ans, et un caveau. Je prend mon temps et vise. Une longue chevelure blonde apparaît dans mon viseur. Je n’hésite pas et tire, elle s’écroule, l’arme à la main.

 

Ses compagnons se relèvent. Je me relève à mon tour car ils m’ont repérée. J’essaye d’éviter les balles, elles sifflent autour de moi. Ils se rapprochent, je tire, en abat un. Je recommence à courir, enjambe le cadavre de la jeune blonde et vide mon chargeur en direction de mon poursuivant. Je récupère l’arme de la jeune femme et trois chargeurs. Je me glisse dans la remise du fossoyeur. Je fais le tour, à la recherche d’une autre arme. Dans un coin, un lance-flamme. Je ne me pose même pas la question de sa présence dans une cabane de fossoyeur. La porte s’ouvre en grand, je me retourne et tire, il s’écroule, mort. Quelle chance ! Mais c’est trop facile.

 

Je sors le lance-flamme, il est en très bon état, quoiqu’un peu couvert de poussière. Les réservoirs sont pleins, un miracle. Je sors prudemment et fouille le corps, trouvant deux chargeurs. Ils vont rejoindre les autres dans une poche de mon manteau. Je me redresse et sens une vive douleur dans le dos. Je me retourne. La rousse est face à moi, un silencieux dans la main. Je porte ma main à mon dos. Je saigne. Pourtant, je n’ai plus mal. Elle tire, les balles me transpercent, mais je ne sens qu’une douleur vive quand elles me pénètrent. Le chargeur claque à vide. Je sors mon arme et la descend, sans autre état d’âme. Elle me fixe, dans ses yeux verts qu’on quitté les lunettes noires, une lueur non pas de peur, mais de fatalité.

 

Je ramasse les corps et les glissent dans leur automobile. Je monte à mon tour et la fais démarrer. Le lance-flamme est dans le coffre, j’ai récupéré tout ce que je pouvais dans mon sac. Je m’arrête dans un désert, sort mes affaires et allume le lance-flamme. Je brûle les cadavres, qui serviront de combustibles, puis mets le feu au moteur. La carcasse s’embrase et soudainement explose. Pourtant, je suis ici à des centaines de kilomètres de toute habitation, je ne risque rien. Alors, j’attends et je regarde le feu monter vers le firmament pour brûler les étoiles. Des picotements se sont fait sentir dans mon dos. J’ai mal, si mal. Je tombe, rencontre le sable en pleurant. Dieu que ça fait mal, est-ce que je vais crever ? Je m’évanouis.

 

J’ouvre les yeux, doucement. Je ne suis pas morte. Je me redresse et pourtant vacille sous un poids. Deux grandes ailes, dont les plumes noires ondulent mollement au vent m’ont poussée, en une heure, si ma montre ne me ment pas. Un cheval gratte le sable d’un sabot impatient. Il est lui aussi noir, aux yeux rouges, comme moi. Je ramasse mon sac, laissant le lance-flamme là, vide, sans aucune empreinte digitale. Je m’approche du cheval, il hennit et courbe l’encolure à mon approche. Je prends mon élan et le monte, sans difficulté. Je regarde autour de moi, tout est si calme.

 

Je sais qui je suis, maintenant. Je sais pourquoi on me courait après, je sais aussi quel est mon terrible pouvoir. Je suis la fille d’Abaddon, l’Ange de l’Abîme. Je suis venue annoncer la venue de mon père sur terre. J’annonce l’Apocalypse.


19:12 Écrit par Miss Evergreen | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |