16/03/2005

Cavale

Ne pas se retourner, courir, toujours. Tenter de se cacher pour souffler. Plus de nuit, plus de jour, plus de sommeil, juste l’angoisse de se faire attraper. Ne plus faire confiance en personne, se méfier de tout. N’être même plus sûr de soi, tel est mon destin de fugitive. Pourquoi ? Par qui ? Je ne le sais même plus. Je cours, toujours, avec l’espoir de pouvoir un jour m’arrêter pour de bon.

 

Me voici arrivée dans un cimetière. Nous allons pouvoir jouer. Je me glisse derrière un monument aux morts et observe. ILS ne tardent pas à arriver. Une voiture noire s’arrête devant la grille, deux hommes et deux femmes en descendent. Une jeune femme est vêtue d’un long manteau noir et porte des lunettes noires, seuls ses cheveux roux donnent une touche vivante à l’ensemble. Les trois autres personnes sont vêtues d’un costume cravate noir avec une chemise blanche. Ils ont une arme à la main. Ils s’élancent à ma poursuite. La rousse allume une cigarette et attend tranquillement, adossée à la voiture, dont les phares trouent la nuit, seule source de lumière avec la lune, pleine, qui distille ses rayons, soleil de la nuit, je vois très bien dans le noir.

 

Je sors mon arme, un calibre moyen avec lequel je suis sûr de tuer tout en ayant une excellente précision. Je n’ai pas mon fusil à charge plasmatique, c’est dommage, mais j’ai dû le mettre en sécurité. Je me glisse lentement sur le côté, longeant le mur jusqu’aux premières tombes. Une rafale de balles me surprend. Je tire un peu à l’aveuglette. Au cri, je pense que j’ai dû en toucher un. Je me glisse entre une tombe d’enfant, une petite fille morte à trois ans, et un caveau. Je prend mon temps et vise. Une longue chevelure blonde apparaît dans mon viseur. Je n’hésite pas et tire, elle s’écroule, l’arme à la main.

 

Ses compagnons se relèvent. Je me relève à mon tour car ils m’ont repérée. J’essaye d’éviter les balles, elles sifflent autour de moi. Ils se rapprochent, je tire, en abat un. Je recommence à courir, enjambe le cadavre de la jeune blonde et vide mon chargeur en direction de mon poursuivant. Je récupère l’arme de la jeune femme et trois chargeurs. Je me glisse dans la remise du fossoyeur. Je fais le tour, à la recherche d’une autre arme. Dans un coin, un lance-flamme. Je ne me pose même pas la question de sa présence dans une cabane de fossoyeur. La porte s’ouvre en grand, je me retourne et tire, il s’écroule, mort. Quelle chance ! Mais c’est trop facile.

 

Je sors le lance-flamme, il est en très bon état, quoiqu’un peu couvert de poussière. Les réservoirs sont pleins, un miracle. Je sors prudemment et fouille le corps, trouvant deux chargeurs. Ils vont rejoindre les autres dans une poche de mon manteau. Je me redresse et sens une vive douleur dans le dos. Je me retourne. La rousse est face à moi, un silencieux dans la main. Je porte ma main à mon dos. Je saigne. Pourtant, je n’ai plus mal. Elle tire, les balles me transpercent, mais je ne sens qu’une douleur vive quand elles me pénètrent. Le chargeur claque à vide. Je sors mon arme et la descend, sans autre état d’âme. Elle me fixe, dans ses yeux verts qu’on quitté les lunettes noires, une lueur non pas de peur, mais de fatalité.

 

Je ramasse les corps et les glissent dans leur automobile. Je monte à mon tour et la fais démarrer. Le lance-flamme est dans le coffre, j’ai récupéré tout ce que je pouvais dans mon sac. Je m’arrête dans un désert, sort mes affaires et allume le lance-flamme. Je brûle les cadavres, qui serviront de combustibles, puis mets le feu au moteur. La carcasse s’embrase et soudainement explose. Pourtant, je suis ici à des centaines de kilomètres de toute habitation, je ne risque rien. Alors, j’attends et je regarde le feu monter vers le firmament pour brûler les étoiles. Des picotements se sont fait sentir dans mon dos. J’ai mal, si mal. Je tombe, rencontre le sable en pleurant. Dieu que ça fait mal, est-ce que je vais crever ? Je m’évanouis.

 

J’ouvre les yeux, doucement. Je ne suis pas morte. Je me redresse et pourtant vacille sous un poids. Deux grandes ailes, dont les plumes noires ondulent mollement au vent m’ont poussée, en une heure, si ma montre ne me ment pas. Un cheval gratte le sable d’un sabot impatient. Il est lui aussi noir, aux yeux rouges, comme moi. Je ramasse mon sac, laissant le lance-flamme là, vide, sans aucune empreinte digitale. Je m’approche du cheval, il hennit et courbe l’encolure à mon approche. Je prends mon élan et le monte, sans difficulté. Je regarde autour de moi, tout est si calme.

 

Je sais qui je suis, maintenant. Je sais pourquoi on me courait après, je sais aussi quel est mon terrible pouvoir. Je suis la fille d’Abaddon, l’Ange de l’Abîme. Je suis venue annoncer la venue de mon père sur terre. J’annonce l’Apocalypse.


19:12 Écrit par Miss Evergreen | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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