27/02/2005

Pilote des Nations

Trois heures du matin, la salle de briefing est presque vide, juste cinq pilotes écoutaient, dans un silence quasi religieux, le général Lewis. La mission est expliquée, les directives sont enregistrées, les montres synchronisées. Les mines sont graves. Ce serait une mission quasi suicide si les pilotes n’étaient pas expérimentés, mais ici, c’est l’élite de la flotte des Nations.

 

Katianna O’Brienly, irlandaise qui a grandit en Nouvelle-Zélande, jeune feu follet au visage grave et fin, d’une pâleur cadavérique et aux yeux d’émeraude. Fine et intelligente, secrète et réservée. Michaël Connor, anglais pur et dur, flegmatique et calme, la trentaine, grand et musclé, les yeux bleus délavés par une jeunesse un peu triste. Yiang Su Hi, l’asiatique souriant, toujours de bonne humeur, aux cheveux indomptables, même avec trois tonnes de gel, fin mais grand. Paul Hernstein, l’allemand aux yeux bruns et aux cheveux bruns, grand, fin et musclé, le regard un peu triste et les cheveux toujours soigneusement attachés. Et enfin Nathanaël, le français fougueux aux yeux gris un peu tristes mais plein d’entrain, toujours partant pour une mission, qu’elle quelle soit.

 

Ils sont cinq, cinq surdoués, cinq espoirs des Nations, mais aussi cinq hommes et femmes qui ont choisit de donner leur vie pour les Nations. Le visage grave, ils sortent, pour peut-être passer leurs dernières heures sur terre. Le départ est prévu pour six heure, mais la mission doit rester secrète. Pourtant, personne à bord de l’Evanger n’est dupe. L’information s’est vite répandue : les radars ont repérés plusieurs Espions ainsi que divers vaisseaux de guerre. L’attaque est imminente.

 

Nathanaël, d’un pas égal, se dirige vers le mess, avec le but de faire la fête jusqu'à six heure, sans alcool bien sûr. Yiang, lui, prépare trois heures de méditation intensive. Paul, lui, écrit, remet ses notes et ses affaires en ordres pour ensuite s’envoler dans la rêverie. Michaël écoute de la musique, enfermé dans sa cabine et peint. Katianna, elle se balade sur le pont, ses affaires étant en ordre depuis bien longtemps, étant toujours prête à partir vers la mort.

 

Six heure du matin. Les cinq passerelles de lancement du pont avant de l’Evanger se lève doucement, remontant les StarFire, les Etoiles de Feu, les fleurons de la flotte de guerre des Nations. Les cinq pilotes sont à côté de leurs engins, montant doucement. Ils saluèrent d’un geste sec leurs supérieurs et montèrent dans leurs StarFire. Nathanaël se signa, Paul écrasa une larme, Yiang fit un signe à Chay, son amour secret, comme si ce n’était qu’une banale mission de ravitaillement, Michaël et Katianna, eux, restèrent stoïques et regardèrent vers le ciel.

 

Les passerelles de lancements se dressèrent lentement, les connexions radios sont établies. Le sas de sortie s’ouvre lentement, rompant le silence mortel qui règne sur la piste. Dans un bruit de réacteur, Katianna s’élance la première, suivie par Paul, Yiang, Nathanaël et Michaël, laissant une trace orangée dans le ciel.

 

Les StarFire se placèrent l’un en dessous de l’autre, volant en rythme lent pour ne pas gaspiller trop de carburant. Yiang, Nathanaël et Michaël blaguent par infraonde interposé. Seul Paul et Katianna se taisent. Soudain, la voix de Neil, l’œil de Katianna, résonné dans le cockpit.

« Kate…. Ils arrivent…Ils sont en 25 nord et 45 ouest….Over

-Bien reçu, Neil….je transmet…Over »

Elle enclencha son oreillette et un brouhaha crachotant se fit entendre.

«  Kate à Mick, Yi, Paul et Nath… Vous me recevez ?

- Yes, Katie, répondirent quatre voix soudain graves et silencieuses.

- Mes radars ont repérés trois vaisseaux en vingt-cinq nord et quarante-cinq ouest…

- Trois ? S’écria Yiang, mais on va les avoirs sans problème !

- Si j’étais toi, je ne crierais pas victoire trop vie

- Tu sais que c’est comme cela qu’on perd une guerre, Paul….

- AH ! Please, c’est pas le moment ! Répondit Michaël »

Un silence crachotant prit doucement la place des voix. On entend juste les respirations des cinq pilotes, tendues. Et soudain, la voix de Nathanaël se fit entendre.

« Les….Les Etoiles d’Argent et le Baron…Ce sont…Ce sont eux…On est foutu ! »

Il venait d’apercevoir le fleuron de la flotte d’Hamkar, les trois Indestructibles, ceux à qui personne n’avait jamais pu échapper.

 

Katianna Alluma sa radio de liaison.

« Neil….Préviens l’état-major…Nous….Nous sommes en face des Flèches et du Baron…

- Oh my god…. Katie…

- Dis-leur que je prends les commandes

- Bien…

- Neil… merci d’avoir été mon Œil pendant ces trois ans… Merci d’avoir été mon grand-père…Merci….Tu vas me manquer…

- Toi aussi, Katie….Over ?

- Over ! »

Elle coupa sa radio de liaison. La mission était peut-être vouée à l’échec, mais elle ne pouvait abandonner.

« Boys…On se place en formation de croix…

- Yes !

- Paul, en arrière, Mick, bas, Yiang, haut et Nath, centre !

- Yes Katie ! »

La formation s’avança lentement. Les deux Flèches se décalèrent et tirèrent.

« On vire ! »

La formation se plaça verticalement et les quatre missiles allèrent s’écraser contre un astéroïde qui vola en morceaux, endommageant fortement l’arrière du StarFire de Yiang qui tangua. Il tira, ainsi que Michaël, un AZ249. Les deux missiles endommagèrent les Flèches, mais pas assez pour les déstabiliser. Elles ripostèrent en envoyant deux missiles PE549, les terribles missiles à plasma électromagnétique. Katianna vit le StarFire de Yiang imploser puis exploser, dans une boule de feu, suivie de près par celui de Michaël. Elle entendit une explosion dans son oreillette ainsi que les hurlements de ses deux compagnons. Elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Les deux autres StarFire se placèrent à ses côtés. Les yeux de ses compagnons brillant étrangement.

 

Trois traînées rouges orange s’élancèrent vers les Flèches. Une seule fut touchée, mais par les trois missiles. Elle explosa violement, déstabilisant l’autre. Soudain, un cri se fit entendre, suivit par une explosion. Nathanaël venait de se faire toucher, par le Baron. Elle vit l’Alkaline prendre la place de Nathanaël. A son bord, une jeune femme aux cheveux noirs qui lui lança un regard triste. Elle ne semblait pas si vieille que ça, au contraire... Si jeune et déjà une machine à tuer….Comme elle. Les deux jeunes femmes s’observèrent quelques minutes, puis Katianna vira violement contre l’Alkaline, avant de descendre en piquer. Elle se plaça ensuite au dessus de la Flèche d’Argent restante et laissa tomber une bombe à impact, qui explosa, endommageant son aileron.

 

Paul vint se placer à ses côtés. Commença alors une série d’attaques des deux parties, de chocs entre les vaisseaux et d’étincelles de métal. Ils étaient tous les trois blessés, mais le combat continuait toujours. Paul et Kate larguèrent leurs derniers missiles, qui s’écrasèrent sur l’Alkaline. Ils virent l’oiseau de métal s’écraser contre un astéroïde et exploser. C’était fini.

 

Le sas de l’Evanger s’ouvrit. Les deux StarFire se posèrent sur leurs passerelles respectives. Un médecin et son unité attendent sur la piste. Les réacteurs s’éteignent, doucement. Les vitres des cockpits se relèvent et les deux rescapés sortirent, le visage empreint d’une tristesse indicible. Katianna, silencieuse, se laissa soigner. Ce n’est que plusieurs jours plus tard, après avoir reçu les honneurs militaires et avoir assisté aux « funérailles » de Yiang, Michaël et Nathanaël, ce n’est que bien après ça qu’elle laissa enfin éclater son chagrin.

 

Pendant trois ans, ils avaient combattus et s’étaient entraînés, ensemble. Ils avaient appris à se connaître, à s’apprécier, à vivre ensembles. Ils étaient soudés comme les cinq doigts de la main. Et maintenant, cette main est amputée de trois de ses membres.

 

Elle était allée voir leurs tombes, vides de corps, monuments à la gloire de fantômes qui seront bientôt oubliés du monde, stèle en mémoire de jeunes héros injustement disparus dans une guerre qui n’était que pour l’argent et le pouvoir. Et elle avait éclaté en sanglot, pour ses amis, ses frères. Elle avait sentit deux mains se poser sur ses hanches et la détourner des tombes. Elle avait sentit le tissu d’une chemise contre ses mains et vu à travers ses larmes, sa couleur, noire. Elle avait reconnu l’odeur de celui qui la berçait tendrement entre ses bras. C’était Paul.

17:58 Écrit par Miss Evergreen | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |