06/01/2005

Cabaret Trois Fleurs

"Bienvenue au Cabaret Trois Fleurs, cabaret des vices et des délices, temple des plaisirs. Sexe, drogues, alcool, tout est ici pour votre plaisir, qui que vous soyez !"

 

Proclame l'affiche sous verres, enfin, si vous arrivez à distinguer l'écriture vieillotte sous la crasse du verre, premier défi en soi. Le reste de l'astéroïde est à l'image de l'affiche : sale, vieillot, désuet, vestiges d'un passé glorieux et baroque maintenant disparu. Champs de ruines.

 

Du temps de sa splendeur, le Cabaret Trois Fleurs s'étendait partout à l'intérieur de l'astéroïde. Un chapiteau de cirque cachait les installations principales, tandis que, disséminés tout autour, de plus petits chapiteaux, des roulottes et des palais, des piscines, des jardins, des animaux... le tout baignant dans l'univers baroque des cirques de 1900, des cabarets parisiens, des fêtes en Bohême.... Des filles (et des hommes !), pour tous les goûts, de toutes les origines, jamais farouches, ou alors de comédie. Il avait ses stars, mais aussi son Cabinet des Horreurs, privé mais si facilement accessible quand on avait de l'argent...

 

Du temps de sa splendeur, les gens les plus en vues, les plus fortunés venaient s'y divertir, organisant des fêtes privées, s'y amusants, se dévergondant, mais l'époque n'y était-elle pas pour quelque chose ? Epoque bénie où les Aristos allaient s'encanailler dans l'Anneau Rouge, où la drogue était en vente libre. Où tout le monde ne vivait que pour le plaisir, ne reniant jamais ses instincts les plus bestiaux.

 

Et maintenant ? Du cabaret magnifique ne reste plus que le Grand Chapiteau, en mauvais état, entouré par la jungle des jardins redevenus sauvage, s'épanouissants sur et parmis les décombres. Des nombreux employés du cabaret, il n'en reste presque plus rien. Des nombreuses stars du cabaret, de ses horreurs vivantes, presque plus rien non plus. Morts, pour la plupart.

 

Pourtant, le Cabaret Trois Fleurs n'est pas si mort que cela. Quelques prostituées se vendent encore aux routiers de l'espace, malgré leurs rides. Le bar est toujours ouvert, mais si peu fréquenté. Aux murs, les affiches vieillottes ne font que renforcer le sentiment de mélancolie désuète qui s'échappe du lieu. Où devrais-je dire du cimetière ?

 

Dans cet astéroïde fantôme, pourtant, le rêve et la magie ne se sont pas encore en allés. Dans la Grande Salle, la salle de spectacle, là où se produisait les plus belles stars du Cabaret, une vieille dame était assise là où, des années avant, elle avait chanté pour la première fois. Elle passa une main ridée et pâle sur une affiche aux couleurs passées.

 

"Lili Sainte Fleur, la chanteuse acrobate, l'ange de feu, ici, au Cabaret Trois Fleurs"

 

Proclamait l'affiche. Une jeune femme y était représentée, assise sur un trapèze, de ses mains sortent des flammes, ses cheveux noirs semblent briller et ses yeux bleus sont rieurs. Et un sourire éclaire le visage de la vieille dame. Elle se souvient....

 

....Elle se rappelle son enfance, dans un lugubre vaisseau-orphelinat, l'éducation stricte qui l'ennuyait tellement.  Elle se souvient de sa fugue, puis de son arrivée au Cabaret, où sa voix d'ange l'avait menée. Elle se revoit encore monter pour la première fois sur les planches et chanter, danser....Et les applaudissements, et les vivas du public. Elle se souvient de son numéro, où, assise sur un trapèze, elle chantait et jouait avec le feu. Elle se souvient de son premier homme, des douceurs de l'acte et de la douleur de l'abandon.

 

Elle se rappelle aussi de sa loge, souvent remplie de fleurs et de présents que Sam, le jeune garçon à tout faire, venait lui apporter. Elle se souvient aussi des hommes, multiples, qui ont partagés sa vie, car elle était chanteuse, mais n'en demeurait pas moins putain, fut-ce de luxe. L'amour était un sentiment oublié, et l'est toujours, on n'aimait pas pour aimer, on n'aimait que pour avoir du plaisir. Elle avait connu le plaisir, la richesse, la gloire, la beauté et connaissait maintenant la tristesse de l'oubli, le voile de la mélancolie et le désespoir de la vieillesse.

 

Alors, doucement, elle s'assied sur la scène et chante, chante la chanson qui fit sa renommée, la chanson de la femme de marin qui pars rejoindre son mari, mort. Elle chante et ne se voit pas mourir. La vieille dame aux cheveux longs, blancs comme la neige, à la peau encore si pâle et aux yeux encore si vifs. La vieille dame à la voix d'ange. L'ange de Feu. Lili Sainte Fleur, doucement se meurt et s'éteint, là ou elle avait éclos, sur la scène du Cabaret Trois Fleurs....


20:59 Écrit par Miss Evergreen | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |