27/12/2004

Hippocampes

« Papy, dis, d’où ils viennent les hippocampes, hein, dis ? 

- Houlà, ma Juju, c’est une longue histoire, viens t’asseoir sur mes genoux et écoutes bien cette histoire :

 

Il y a très longtemps, sur une île quelque part près de la Grèce, vivait un clan de centaures et plusieurs hardes de chevaux. La règle des clans étaient claire : vivre en paix avec la Nature.

 

Le chef des centaures, Eménos, avait trois fils et une fille, Cenya. Elle était d’une grande beauté, peu commune aux peuples grecs, car elle avait de longs cheveux blonds très clairs, des yeux bleus comme la mer, la peau pâle comme le lait et sa robe grise comme le début de l’aurore. Tous voyaient en elle une incarnation de Vénus, mais tous savaient que sa mère était le douce et tendre Calyssse, aux cheveux d’ébènes maintenant striés de fin fils d’argents, aux yeux verts d’eau et à la robe blanche. Cenya était sauvage et solitaire comme sa mère était douce et tendre. Elle aimait à vagabonder seule dans l’île, et en connaissait tous les recoins. Un jour qu’elle se baignait dans l’onde d’une cascade, Cenya vit un bel étalon noir à la crinière d’argent s’abreuver, mais n’osa l’aborder, de peur que l’on l’a punisse. Chaque fois qu’elle venait se baigner, elle voyait le jeune étalon venir s’abreuver.

 

Taraos, car il se nommait comme cela, était fils de Callya, jument régente d’un harde vivant près de la mer, sur les falaises herbeuses et balayées par les vents du littoral. Il avait une robe noire comme la nuit, des crins d’argents et des yeux d’un vert émeraude, c’était, somme toute, le plus beau mâle des hardes vivant sur les falaises. Il avait bon caractère, mais était il est vrais, assez fougueux, supportant mal certaines règles de sa harde. Un jour, à force de voir le jolie jeune centaure venir se baigner dans la cascade où il avait l’habitude de venir s’abreuver, il décida d’engager une conversation. Peut-être pourrais t’il s’en faire une amie, qui sait ?

 

Cenya fut un peu méfiante au début, puis, progressivement, de plus en plus confiante. Taraos et elle s’entendait plutôt bien, et leurs parents respectifs semblaient être plutôt d’accord avec cette entente. Pourtant, le cycle de la vie, lui, ne s’arrête jamais et les filles deviennent femmes et les garçons deviennent hommes, Cenya devenant femme et Taraos, étalon. Tous deux, maintenant, se voyaient d’un autre œil, celui que l’on appelle Amour ou Désir. Un soir, alors que l’île dormait, nos deux adolescents s’aimèrent en cachette et s’échangèrent des serments d’amour immortel. Ils se quittèrent à l’aube, se promettant de ne rien dire à leur clan respectif.

 

Leur secret ne fut malheureusement pas gardé longtemps, Cenya étant enceinte. Elle fut obligée de quitter son clan, s’enfonçant dans la forêt. Taraos la chercha partout, sans jamais la retrouver, et, épuisé par les recherches et le chagrin, vint se laisser mourir au bord de la cascade où il avait rencontré Cenya. Cenya, elle, mit au monde Chalypde, petite jument grise aux yeux couleur de nuages. Elle mourut peu de temps après. Chalypde, encore jeune, vint chercher asile dans le clan de sa mère, qui la chassa, puis, dans la harde de son père, qui la renia. Complètement désespérée, elle décida de se noyer, pour rejoindre ses parents. Elle galopa furieusement dans l’eau, s’enfonçant profondément, puis, se coucha et ferma les yeux, prête à mourir. Mais les Ondines ne l’entendait pas comme cela. Emues par cette histoire que leur avait raconté Eménos, père de Cenya et grand-père de Chalypde, dans un moment de regret arrosé de vin, elles décidèrent de faire de Chalypde un être des eaux. Pour cela, elle muèrent sa peau en écailles et transformèrent son corps, jusqu’au tronc, en une queue de poisson, enroulée sur elle-même. Les Ondines lui parèrent le corps de couleurs chatoyantes, et lui offrirent le don de porter chance, chance qu’elle n’avait pas eu, mais que, maintenant, elle pouvait offrir.

 

- Dis, Papy, c’est bien vrai ton histoire ? 

- Mais oui, Juliette, on appelle cela de la Mythologie, si tu veux, un de ces jours, je te raconterais comment sont née les sirènes. »

18:49 Écrit par Miss Evergreen | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Génétical Love

3ème sous-sol de Génétia, bureau 36ZS.

 

« Frédéric, tu peux aller chercher au 20DT le dossier AZS-599 ? Je dois examiner la demande du couple Farnier. Tu peux me l’apporter ? Et tu pourrais aussi porter les dossiers du bac vert chez Fasir, du bureau 8AFE ? Et me ramener une tasse le café par la même occasion, merci, tu es gentil. » Comme d’habitude, Fred fera ce que lui ordonne le Dr Isabelle Fancotinno, sa chef de bureau, étant le petit nouveau du service, et n’ayant pas encore de tâche précise définie. Frédéric Hassenstein, 23 ans, diplômé avec mention spéciale de l’Université de Hambourg en biogénétique venait effectivement d’être engagé pour une période indéterminée comme « stagiaire », mais servant plutôt d’employé bouche-trou que de stagiaire.

 

Le couloir était morne et sentait cette perpétuelle odeur d’hôpital, ce qui est un peu normal pour un orphelinat génétique. Ici, les couples ne sachant pas avoir d’enfants, les personnes seules, malades ou vieilles pouvaient en avoir de la compagnie dans leur triste vie, grâce aux miracles de la génétique et au pouvoir de l’argent. Frédéric avait déjà vu les matrices, capsules géantes remplies de liquide amitotique artificiel, dans lequel se développaient et vivaient les enfants ou adultes jusqu’à leur « naissance », mais il n’avait jamais eu le droit d’y toucher, bien que ses études faisaient de lui un futur « créateur de compagnie ».

 

« Mince, je me suis encore perdu...Je vais me faire hurler dessus...Bon, calme et méthode...Essayons de nous repérer » Comme d’habitude, il venait de se perdre. En dehors de son intelligence, il n’avait pas du tout le sens de l’orientation et était surtout d’une timidité maladive, ce qui faisait de lui un célibataire endurcit depuis 5 ans déjà.

Il posa son regard bleu-vert sur la première porte qu’il put voir, s’en approcha et l’ouvrit. La pièce était nimbée d’un halo bleuâtre, venant d’une matrice plus grande que d’habitude qui occupait le fond de la pièce. Il s’approcha, pour constater que la matrice était en activité, enfin, en stase plutôt, ce qui revenait à dire : une mise en coma de l’être séjournant dans la matrice, plus simplement : ralentissement des fonctions vitales dans le but d’endormir le sujet concerné. Le sujet en question était une jeune femme, la vingtaine, de longs cheveux blonds, presque blancs, qui enveloppaient un corps fin et pâle, recroquevillé en position fœtale. Il ne put que s’émerveiller devant la jeune femme, posant son visage contre la glace froide, elle semblait le regarder, lui. Il arrêta subitement sa contemplation pour fureter aux alentours, cherchant ce qui pourrait l’aider à connaître l’identité de l’inconnue. Des pas dans le couloir lui firent cesser son activité et le fit se cacher derrière un bureau, mais, fausse alerte. Jugeant plus prudent de revenir un autre jour, il sortit, non sans un dernier regard à l’Inconnue.

 

Trois jours plus tard, bureau 36ZS, la nuit.

 

Il n’aurait peut-être pas dû, mais Elle l’obsédait, il ne pensait qu’à Elle. Alors, comme il travaillait tard cette nuit et comme il n’y avait plus personne à part Paulo, le gardien de nuit et ses R.G. (les Robots Gardiens), il est retourné dans la pièce, étonnamment, il ne s’est même pas trompé. Elle était là. Elle, si jolie, il n’as même pas eu besoin d’allumer la lumière, la pièce semblait être emplie d’une lumière bleuâtre émanant de la matrice en stase. Il s’approcha et remarqua, gravé sur le métal des commandes, un numéro de série. Il lui suffirait de l’entrer dans l’ordinateur central pour connaître les informations sur cette inconnue. En effet, chaque « création » avait une matrice propre et surtout, un dossier contenant tout ce que l’on veut savoir sur les personnes ayant commandés une création. Il le nota sur un petit calepin noir, quand une voix grave et douce retentit derrière lui : « Je vois que tu à rencontré Angélique, ma petite Angélique ? ». C’était le docteur Makovinski, patron de Génétia et inventeur des matrices. Il avait déjà passé l’âge de la retraite, mais toujours il restait dans ce qu’il appelait sa « seconde famille ». Dans un grincement de roues, il vint se placer aux côtés de Frédéric, posant son regard bleu acier sur la jeune femme.

« Oui, Frédéric, tu as devant toi ma fille, Angélique Makovinski... assieds-toi et écoute ce que j’ai à te raconter... ». Fred, un peu piteux, prit une chaise et s’installa en face du vieux professeur, qui commença d’une voix tremblante, à l’évocation de souvenirs sans doutes douloureux : « Il y de cela bien longtemps, j’épousai une jeune femme du nom de Sandrine Falère, chercheuse en biogénétique, très vite, nous eûmes une petite fille, Angélique, qui fut et restera notre seule enfant. Un jour, un couple vint, nous demandant de leur créer un enfant, ou plutôt, deux, des jumeaux. La technique n’étant pas aussi perfectionnée que maintenant, nous mîmes au courant les parents du peu de chance de survie des enfants, mais peu leur importaient, ils voulaient jumeaux, mais tant pis s’ils n’en avaient qu’un. Ma femme s’occupa donc de leur dossier. Tout allait parfaitement bien, et le jour de la naissance approcha, Angélique avait alors 17 ans et nous aidait souvent au labo. Malheureusement, lors de l’ « accouchement », un petit problème survint, mais, voulant toujours croire que rien n’étais perdu et consciente des dangers de l’opération, Sandrine voulut couper le cordon reliant les deux enfants au nourrisseur, l’opération aurait très bien pus réussir, si au moment de l’ouverture de la matrice, un morceau de métal se détacha de l’appareil, provoquant une explosion. Je perdis ma femme et l’usage de mes jambes, et Angélique tombe dans un coma profond. A partir de ce jour, et pendant deux ans, je recherchai une manière d’avoir ma fille toujours avec moi et ce pour longtemps. Je créai donc une matrice plus grande et l’y plaça, il y a de cela 5 ans. Maintenant, avec les progrès de la médecine, je pourrais très bien la réveiller, mais...Je suis vieux, et il ne me reste plus beaucoup de temps à vivre...Alors, quand je mourrai, on arrêteras la matrice, et ma fille, on l’enterrera à mes côtés...Mais, j’aurais bien voulu que quelqu’un découvre cette pièce, et ce quelqu’un, ce fut toi, Frédéric...Je te demande de garder cette discussion entre nous, et de ne plus jamais venir la voir avant que ma mort soit belle et bien certifiée...Alors, tu auras le droit de réveiller ma petite Angélique,de la faire re-naître...Et surtout, de t’en occuper... » Le vieil homme se tu, les lames aux yeux. Frédéric prit alors la parole : « Pour...Pourquoi moi ? Pourquoi me le demandez-vous à moi précisément ? 

- Je vais te le dire...Ce choix, je l’ai fait en lisant ton dossier...Tu es un enfant de l’orphelinat, surdoué qui plus est. Tu n’as jamais eu de problèmes avec la justice et tu n’as jamais eu de problèmes psychiatriques et sociaux, bien sur, tu as un caractère bizarre, mais ce n’est pas un problème...Maintenant, laisse moi seul avec ma fille... » Il fit pivoter le fauteuil, faisant face à Angélique. Frédéric sortit de la pièce, alla chercher ses affaires et rentra directement à chez lui.

 

Appartement de Frédéric Hassenstein, une heure trente du matin

 

Il était rentré chez lui depuis 10 min, et, déjà, il pensait à Angélique et aux paroles de son père. Que faire ? Ne trouvant pas de réponse immédiate dans le silence, il ouvrit une bouteille de vodka, la solution s’y trouvant peut-être.

 

 3ème sous-sol de Génétia, bureau 36ZS, trois semaines plus tard.

 

« Frédéric, pourquoi le Professeur Makovinski veut-il te voir ? Tu n’as pas encore fais de connerie, j’espère ? » La voix nasillarde et énervante du Dr. Fancotinno fit sortir Frédéric de sa torpeur. Il se leva, rajusta ses vêtements, et sortit, sans même un mot pour son chef de bureau. Il se dépêcha pour arriver chez le professeur. Arrivé devant la porte, il rajusta une Xème fois ses vêtements, puis frappa trois coups, secs et nerveux. Une voix féminine lui répondit.

« Entrez, mais ne vous attardez pas, le professeur à besoin de calme ». Il entra dans la pièce sombre, éclairée par une petite lampe de chevet et les lumières des écrans de contrôles entourant le vieil homme. La jeune femme qu’il avait entendue parler n’était autre qu’une infirmière, qui sortit quand le jeune homme entra dans la pièce, les laissant seuls.

« «Je suis heureux de te voir, Frédéric... Comme tu le sais sans doute, je suis à l’article de la mort, je n’ai plus que quelques jours à vivre. Je te demande donc de préparer le réveil de ma fille, et surtout, sa...naissance. Deux techniciens t’attendent déjà en bas, ainsi qu’un infirmier. Fais le nécessaire pour que ma fille vive...Maintenant, va... » Le vieil homme ferma les yeux, et Frédéric sortit, descendant les escaliers quatre à quatre. Arrivé devant la pièce, il entra sans hésiter, et se trouva face aux deux techniciens et à l’infirmier. Il posa son regard autour de lui, la pièce semblait métamorphosée, car allumée et au centre d’une certaine activité. Dans un coin, une table avait été installée, sur laquelle avait été déposé tout ce dont ils auraient besoin en matière de soins médicaux. Frédéric s’approcha du clavier de commande, entra le code d’arrêt de stase, introduisit les donnée de mise en vie et les paramètres de réveil. Il n’y avait plus qu’à attendre. Les minutes s’égrainèrent lentement, dans un silence bercé par les respirations humaines et le ronronnement de la matrice qui changeait doucement le liquide bleuâtre en un liquide ambré, puis jaune presque transparent. Au bout de ce qui sembla une éternité, le rythme cardiaque de la jeune femme reprit une activité normale, et ses yeux s’ouvrirent, dévoilant deux perles gris – bleus. Elle se déplia, et s’approcha du verre, posant ses mains à plats tout contre, regardant Frédéric avec étonnement, puis, comme si elle savait ce qui se passait et dans quelles circonstances elle venait de se réveiller, ferma les yeux avec tristesse. Frédéric posa ses mains contre la vitre, exactement sur celles de la jeune fille. Elle releva les yeux vers le jeune homme et un petit sourire vint allumer leurs deux visages si proches et pourtant séparés par la triple épaisseur de verre.

 

Même salle, 5 jours plus tard

 

« Maintenant, je peux m’en aller heureux... ». Tels furent les derniers mots du professeur Makovinski, avant de mourir de vieillesse, à l’âge 88 ans. Frédéric, pourtant, était heureux, car, aujourd’hui, la naissance d’Angélique allait avoir lieu. Arrivé dans la pièce, il posa ses lèvres sur le verre froid, en direction de celle de sa bien-aimée, déjà endormie. La matrice avait déjà commencé à se vider et le corps de la jeune femme venait d’être installé dans le sas de sortie. Les minutes s’égrainèrent alors lentement. Au bout d’une heure, le sas fut vide et s’ouvrit. Deux infirmières aux gestes calmes enroulèrent la jeune femme dans une couverture, puis, la sortirent de sa bulle protectrice pour enfin la déposer sur un lit. Elle était née, il n’avait plus qu’à l’aimer. Au bout d’une heure, la jeune femme ouvrit les yeux et tendit une main encore un peu froide vers celle de son ami. Il sursauta et se pencha vers Angélique, la regardant droit dans les yeux. Il n’y avait pas besoin pour eux de se parler, ils se comprenaient sans même ouvrir la bouche.

 

Et dans un coin sombre de la pièce, quatre visages observent la scène puis disparaissent, évaporés vers la Lumière.

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PRF - Un Monstre Si Humain (vers.1)

Le téléphone sonne, strident, me faisant sursauter. Je l'attrapai en vitesse, tout en continuant à préparer du café. Au bout du fil, la voix paternelle de Franck Deus, mon chef.

-         Alaïs...Je te dérange ?

-         Nan, j'allais me préparer du café...Qu'est ce qu'il y a ?

-         On la retrouvé.

-         Qui ?...Oh non...et ?

Ce blanc ne me dit rien qui vaille. Mon cher chef reprit, d'une vois légèrement tremblante.

-         Mm...C'était une jeune femme, mais nous avons bloqué le tueur, tu...On te demande...

Je soupirai, le bébé était donc peut-être encore en vie ? Mais le ton était sans appel. "On" te demande...Ca voulais dire que j'allais devoir tuer, ce soir. J'eus quand même la présence d'esprit de demander, par précaution, à quoi j'avais affaire.

-         C'est un humain ?...Non, je suis bête...c'est un garou...

Dis moi que c'est un garou...Dis moi que ce n'est pas un homme...

-         Un homme, enfin....tu...Tu verras bien...

-         J'arrive

Seule la tonalité me répondit. Bon sang, sur quoi étions-nous tombés ? Un fou ? J'éteignis la machine à café, et alla préparer mon arbalète. Mais où avais-je put mettre ce foutu carcan de transport, hein ? Après quelques minutes de recherche, je le trouvai sous l'armoire et l'en extirpa. J'y rangeai les carreaux, des 4X, ceux qu'on appelle Les Tueurs, ainsi que des C96, au cas où je devrais prendre en chasse la créature...enfin, le tueur, plutôt. Une voiture klaxonna en bas. Déjà ? J'eus à peine le temps d'enfiler mon manteau et  d'y glisser mon berretta. Traitez-moi de parano si vous le voulez, mais on n'est jamais trop prudent. Je descendis les escaliers en vitesse et verrouilla la porte.

 

La voiture qui m'attendait en bas était un croisement entre le break, la camionnette et une rover. J'ouvris le coffret et y déposa mon arbalète, avant de rejoindre le conducteur. Erwin me sourit et démarra comme un malade. Me rappeler de ne plus jamais aller en voiture avec lui. Erwin Volger, 29 ans, nécromancien et réanimateur au sein de l'USC depuis au moins huit ans me dévisagea en riant.

-         Tu détestes quand je conduis, hein ?

-         Non, j'adore prendre des risques...

-         Oh, aller, arrête de râler, ma toute belle, on y sera plus vite.

-         Appelle moi encore une fois "ma toute belle" et tu sauras ce que ça fait de recevoir un C96 dans....On a pas gardés les moutons ensemble.

Il se renfrogna. Je devinai qu'il était un peu désappointé. Erwin a toujours eu un petit faible pour moi, malheureusement, ce n'est pas réciproque. Non pas qu'il soit moche, au contraire, il est plutôt beau gosse avec ses cheveux blonds foncés jamais coiffés et ses yeux gris angélique. Ni qu'il ait mauvais caractère, c'est un ange. Un peu trop sûr de lui, parfois trop lunatique et "artiste" mais rien de déplaisant. Mais il ne m'attire pas, c'est tout.

 

Nous arrivâmes au hangar, encerclé de voiture de flics. Franck s'approcha de nous et m'ouvrit la porte. Je sortit et ne lui laissa pas le temps de dire quoi que soit, ouvrant le coffre et en sortant l'arbalète et les carreaux.

-         Qu'est ce que c'est ?

-         Un homme. Il s'est enfermé dans l'entrepôt...

-         Armé ?

-         Je crois que oui...Il...Il doit être hystérique.

-         le corps de la victime ?

-         Egorgée, sans doute...

-         Pas de détail, j'ai déjà assez de cauchemar comme ça, merci !

-         Bien...

Je me plongeai dans ses yeux d'acier. Il semblait sous le choc et je le comprenais. Le "Clic" de l'arbalète armée rompit le silence qui s'était installé autour de moi. La foule des badauds se tu, me regardant passer. Il est vrai que je ne passe pas inaperçu avec mes cheveux noirs, mes yeux violets et mon manteau de cuir. Et, généralement, les circonstances de mon arrivée me rendent encore plus remarquable, surtout si on vient de découvrir le corps d'une jeune femme enceinte baignant dans son sang et ses tripes et que le tueur est encore là. Curiosité malsaine et morbide, mais tellement normale ces derniers temps...

 

Je sentis dans mon dos les regards, tantôt envieux, tantôt curieux, tantôt dégoûtés et réprima l'envie de me montrer tranquille, comme si ce que j'allais faire était banal. Ce qui est maintenant un peu le cas, pour moi enfin. J'entrai, escortée jusqu'à la porte par mon équipe. Après un dernier regard, je refermai la porte coulissante.

 

Je m'avança dans la lumière crue des néons, mon arbalète à la main et l'esprit aux aguets. Une ombre bougea derrière moi, je fis volte-face. Ce n'était qu'un rat. Un filet de sueur glacée me coula dans le dos et me fit frissonner. J'avançai de quelques mètres, slalomant entre les caisses avant de me figer. Je venais d'entendre un sanglot derrière une caisse. Je m'en approcha, sans bruit et faillit hurler. Non que j'aie l'âme sensible, mais là, ce n'était plus un être humain que j'avais en face de moi, mais un amas de chaires brûlées, de cicatrices et de peau. La...créature me regarda, d'un regard triste, d'un vert d'eau, la seule chose qu'il devait avoir de "présentable". Il se leva et se mit à parler, d'une voix rauque entrecoupée de sanglots.

-         Je voulais pas la tuer...Mais elle voulait pas m'aider...Elle a crié...Elle m'a frappé...Je voulais pas lui faire de mal....

J'avais en face de moi un homme rendu fou par la douleur. Il était atteint de la pire des folies. Un homme laissant la part belle à sa part bestiale mais ayant encore un coeur et une conscience pour se rendre compte que ce qu'il faisait était mal.

-         Aidez-moi...s'il vous plait, aidez-moi...

Pour toute autre réponse, je visa sa tête et tira. Le carreau lui transperça la tête et il sursauta, me regardant de ses grands yeux verts. Je me rapprocha et arma une deuxième fois, puis tira. Le carreau vint se loger dans son coeur. Il tomba, inanimé et je vus, par terre, un bébé enveloppé d'une couverture, qui se mit à pleurer. La petite Marie-Amélie était vivante. Orpheline, mais vivante. Il avait  donc bien un coeur, cet homme. Je pris la petite dans mes bras et la berça, tout en récitants les mots rituels pour le corps sans vie à mes pieds.

 

Je sortis, le bébé dans les bras. Une jeune femme s'approcha et me prit le bébé des bras, qui gazouillait maintenant. Je déposa  mon arbalète dans le coffre et alla m'appuyer contre la voiture. Une pluie fine se mit à tomber, et je levai le visage vers elle, respirant à plein poumon l'air si pur de Berlin. Chouette soirée...


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PRF - Le Combat (vers. 1)

La pièce est sombre, sale. L'atmosphère est orageuse, tendue. Ils se regardent. Face à face entre inconnus, étrangers. Deux êtres ayant laissé depuis longtemps leur humanité de côté pour devenir des chiens, des loups. Deux hommes aux réactions primaires.

 

Ils s'observent, se sentent, s'épient. Qui est l'agresseur et qui est l'agressé ? Ils ne le savent pas eux-mêmes, seul compte la haine qu'ils se portent. Etrangement, leurs yeux sont du même bleu délavé par la douleur, leurs cheveux du même noir poussiéreux, les mêmes hardes sales et informes...

 

Pourquoi luttent-ils ? Pour le territoire...Mais qui fut le premier à braver les limites de l'autre ? Pour le plaisir, simplement. Pour pouvoir asseoir sa supériorité.

 

Ils se ramassent sur eux-mêmes, se guettent, prêt à se sauter dessus au moindre signe. Les secondes semblent durer des heures, tendues comme le fil d'un équilibriste.

 

Qui fit le premier geste ? Qui s'élança le premier ? Les deux ensembles, peut-être... Ils roulèrent au sol, dans un tourbillon de poussière, de sueur et de tissus.

 

Ils s'empoignent, se frappent, s'étranglent...Leur sang se mélange, leur sueur accroche la poussière. Ils halètent, étouffent.

 

Un hurlement déchire le silence, un jet de sang gicle sur un mur,  auréolant de pourpre le visage d'un des combattant. Il a ses dents plantées dans le bras de l'autre, qui se dégage brutalement et regarde la chair déchiquetée, d'où s'échappe des filets de sang. Il se jette alors sur celui qui l'a mordu, le saisit à la tête et frappe. Frappe. Frappe sa tête contre le sol, dans un bruit sourd, écœurant.

 

La cervelle de l'autre lui coule entre les doigts. Matière rose et grise qui dégouline comme de la gélatine. Le silence reprend doucement ses droits, envahissant l'espace comme l'eau une piscine. Le vainqueur lentement soulève la face du vaincu. Et l'observe...

 

Et cette tête a moitié écrasée. Ce visage plein de sang et de cervelle lui rappelle étrangement quelqu'un. Et lentement, il comprend.

 

Ce visage sanglant, c'est le sien...

 

Combat inégal et sans fin qu'est celui de l'être contre lui même.



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Petits Récits Fantastiques - l'ange possédé (vers.1)

Je suis entrée dans la pièce, je savais qu'il était là, mais pas dans quel état. Mes yeux se posèrent d'abords sur le lit défait, puis sur le sol jonché de matériel de dessin, de croquis, de toiles vierges ou pas et ensuite sur le chevalet, où une toile était posée et un corps esquissé. Je tournai la tête vers le mur de vitres sales et opaques, ne laissant passer qu'un fantôme de lumière. Il était là, dans un coin, assis, ou plutôt affalé, ses ailes blanches repliées dans son dos, les bras ouvert. Il y avait du sang sur ses mains, sur sa chemise, sur son visage. Et son regard bleu acier était fixé sur moi, vide et fou. L'espace d'un instant, j'eu l'impression qu'il allait me sauter dessus, ce qu'il ne fit pas. Il prit la parole, d'une voix ferme mais douce, qui me fit frissonner.

-         Avoue, tu t'attendais à ce que je me jette sur toi...

-         Si tu sais si bien ce que je pense, tu sais pourquoi je suis venue...

-         Parfaitement...

-    Alors arrête ce petit jeu !!!

-    Ok, ok...ne t'énerve pas...

-         Tu ne luttes pas ?

-         A quoi bon ?

J'étais étonnée, d'habitude, ils n'étaient pas aussi calmes...Un doute m'envahit...Et si ce n'était effectivement pas lui ?...Et pourtant c'était lui. Je n'arrivais pas à croire que ce soit lui, je n'y arrivais pas. Il me sourit tristement et se leva. Je reculai. Il écarta ses bras pâles et tachés de sang en croix et me fit face.

-         Vas-y ! Ne me dis pas que la Chasseuse a peur ?

Sa voix était ferme et je savais qu'il ne reviendrait pas sur sa décision. Je soupirai et sortit l'arbalète. Il ferma les yeux et respira. J'arma l'arbalète puis visa le coeur. Et enfin tira. Le carreau vint se ficher dans sa poitrine, sans bruit, faisant gicler son sang sur mon visage. Je l'essuyai et le regarda tomber, les larmes aux yeux. Sa tête heurta doucement le sol, tandis qu'un filet de sang argenté s'écoula doucement de sa bouche. Il souriait, il était enfin libre, lui, le peintre tourmenté, l'ange possédé, le tueur de prostituée, Jack l'éventreur moderne. Je me signai et prononçai les mots rituels, regardant une flamme noire s'échapper du corps, tandis qu'une douce lumière enveloppa le corps. J'appela ensuite une équipe de nettoyeur et sortit, laissant les larmes glisser le long de mes joues. Je venais de perdre un ami...Un tueur peut-être, mais un ami quand même...Putain d'métier.

                                            ==========

Elle est entrée dans la pièce, ses longs cheveux noirs volant presque autour d'elle. Ses yeux que je savais violets firent le tour de la pièce, s'arrêtant sur le portait, avant de se poser sur moi. Elle était jolie, elle le resterait sans doute encore longtemps. Je lu dans ses yeux un lueur triste, et saisit ses pensée. Je lui répondis, un peu amusé.

-         Avoue, tu t'attendais à ce que je me jette sur toi...

-         Si tu sais si bien ce que je pense, tu sais pourquoi je suis venue...

-         Parfaitement...

-    Alors arrête ce petit jeu !!!

-    Ok, ok...ne t'énerve pas...

-         Tu ne luttes pas ?

-         A quoi bon ?

Elle était étonnée et sentit le doute l'envahir. Pourtant c'était vrai. J'avais bel et bien tué huit prostituées, mais pas de mon propre chef. Je suis possédé, aucun espoir d'exorcisme autre que la mort. Je dois mourir. Je ne voudrais pas risquer la vie d'innocents et encore moins la sienne. Je me levai et écarta les bras en croix. J'avais encore du sang sur moi, du sang d'humaine fraîchement égorgée. Dans son esprit, la pensée résignée de me donner la mort se fit enfin. Je ferma les yeux et respira. Elle arma son arbalète, d'un 4X, un carreau tueur. Elle visa et enfin tira. Le carreau me transperça le coeur. Je pensais que ça ferait plus mal que ça, mais enfin soit. C'est dommage, je ne finirais pas son tableau, je comptais lui offrir pour ses vingt-six ans. C'est dommage d'avoir été possédé. Très dommage. Je sentis une douce chaleur m'envahir au moment où elle ouvrit la bouche. Puis, plus rien. Juste une douce sensation et le silence. J'étais mort, le sourire aux lèvres.


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Vengeance version 2

Pantalon de cuir noir soulignant ma taille, haut moulant mais couvrant, manteau sur les épaules, cheveux lâchés, je sors de la voiture, les yeux d'Erwin me suivant avec envie ou désir, comme d'habitude. C'est gratifiant, quand on a perpétuellement le moral en baisse comme moi, mais j'avoue que, parfois, c'est gênant. J'ouvre le coffre, attrape mon arbalète et le referme. Ce soir, je lutte seule à seule contre le démon, celui qui a empoisonné ma vie depuis mes seize ans. Je le hais assez pour le tuer à mains nues, mais c'est un vampire, et, à mains nues, je n'ai aucune chance.

 

La rue est calme, déserte. Mon pas claque doucement dans la nuit, se répercutant en échos de plus en plus bas. Je tourne la tête pour voir Erwin relancer le contact et me regarder une dernière fois, comme si j'allais ne plus jamais revenir. Je lui sourit, mais il ne doit pas, ou à peine, le distinguer, ce fameux sourire. Ce n'est sans doute pas plus mal, je pense. Il s'éloigne, laissant peu à peu le silence envahir le lieu, enfin, un tant soit peu qu'une rue de ville puisse être silencieuse.

 

Je m'arrête devant un bâtiment imposant, une ancienne usine, réhabilitée en loft pour personnalités fortunées. L'arbalète sous le manteau, je m'approche de la porte. Un colosse livide, cigarette en bouche, me toise des pieds à la tête et, sans même enlever sa clope, me parle, bourru mais égrillard :

 

"Désolé, miss, mais on n'entre pas comme ça chez..."

Je ne lui laisse même pas le temps de terminer sa phrase qu'il se retrouve avec un carreau de chasse dans la gorge. Ses cordes vocales tranchées. Toujours sous le coup de la surprise, sa cigarette glisse de sa bouche et vient brûler le col de sa veste. Il ne mourra pas du cancer du fumeur, lui.

 

Je le fouille, glissant son arme dans une poche de mon manteau, proche de ma main libre. Plusieurs badges d'accès et autres cartes vinrent eux aussi s'ajouter à mes trésors. J'enjambe alors le corps et entre, gravissant rapidement les quelques marches qui me séparent encore de la porte. Le couloir est froid, un peu humide, les murs sont percés de portes, toutes aussi semblables les unes que les autres. Je ne veux pas savoir où mènent les portes, je veux juste atteindre son Refuge et l'attendre. Combien de temps, je n'en sais rien, mais j'ai déjà tant attendu que quelques heures de plus ni changeront rien. L'ascenseur me tend les bras, ou plutôt la porte. J'y entre, appuyant sur le dernier étage, on ne sait jamais. Il se met en marche, remontant doucement, comme la petite boule de stress et d'adrénaline qui se situait il à quelques minutes dans mon estomac. Rester calme, respirer, doucement, expirer, lentement...

 

Il s'ébranle et s'arrête enfin au cinquième étage, c'est dingue, je n'aurais jamais cru qu'il y en avait cinq. Astuce de maffioso. Faire croire à l'ennemi qu'il y a moins que prévu. Comme prévu, trois gardes du corps m'attendent. On ne dira jamais assez de bien de la paranoïa. Je vide mon chargeur dans les deux premiers, le chargeur du garde d'entrée sur le troisième. Pratiques, les silencieux. Mais c'est trop facile, il doit y avoir un piège quelque part.

 

Pourtant, rien. Je rentre dans le bureau sans problèmes. Je rentre dans un lieu digne d'un musée. Des statues, des antiquités, des meubles...Tout ici est ancien. Un antiquité callipyge ici, un meuble Louis XV là... Mon démon serait-il un collectionneur ? Un amateur d'art, en tout cas. Mais soit, je ne suis pas là pour discuter art, je suis ici pour te tuer, Heinrich. J'ai patiemment tissé ma toile, tendant mes rets autour de toi...Et maintenant, ça y est...Je suis fin prête. J'arme mon arbalète et m'installe dans un fauteuil. Je n'ai plus qu'à attendre....

 

La somnolence me gagne doucement. Je ne vais pas te laisser me surprendre, ce serait idiot. Je me lève, dans le but de :

1) Me dégourdir les jambes

2) Me trouver un endroit moins visible, il faut bien soigner sa mise en scène, n'est-ce pas ?

Un rapide regard dans toute la pièce m'offre un choix de possibilités énorme. Que choisir ?

 

Un bruit ! Mais pas là où je m'y attendais. Porte dérobée ? C'est bien possible, mais pour moi, c'est chaud, là ! J'avise une statuette, probablement une antiquité callipyge, et me glisse derrière, faisant mine de l'observer. Il pourra sans doute me voir, mais pas m'attaquer par derrière. Sauf s'il aime se manger un mur.

 

Une porte, opposée à l'entrée normale, s'ouvre. Je ne vois pas qui se trouve derrière, mais je pressent que c'est Lui. Feignons de nous intéresser à la statuette, tout en gardant un oeil sur la porte. Heinrich entre, l'air affolé. Il referme la porte, à clé. Un peu de sang sur sa chemise blanche, débraillé, transpirant. Il a peur, enfin, il est sous le coup d'une forte émotion. Merci Erwin, Franck et Paul, vous me facilitez la vie.

 

Il ne m'a pas encore vu. Chance. Mais pour combien de temps ? J'enlève la sécurité de l'arbalète. Il se laisse glisser dans un sofa et ses yeux se pose (enfin !) sur moi. Son regard se fait perçant, il se lève, me toise, je l'imite. Je suis l'inconnue, l'Intruse sur son territoire. Il s'approche, doucement, tel un chat face à sa proie. Ses cheveux blonds, mi-longs, suivent une sorte de mouvement, ses yeux, deux gouttes d'acide pâle, me fixent étrangement. Pour un peu, il m'hypnotiserait. Il ouvre la bouche, sarcastique.

 

"Vous aviez rendez-vous ?

- Oui, depuis...Oh, très longtemps

- A qui ais-je l'honneur ?

- Peu importe....

- Ne jouez pas à ce petit jeu, miss. Je pourrais vous tuer.

- Ca tombe bien, je suis là pour vous tuer.

-...Voyez-vous ça !...Et, en quel honneur ?

- ...Oh...une vieille histoire.

-  Dites moi pour qui vous travaillez, je pourrais peut-être arranger...

- Laissez tomber, Heinrich, c'est à titre privé..."

 

La dernière phrase reste suspendue dans l'atmosphère. Il me regarde, tentant de lire en moi, mais il a oublié quelque chose : n'est pas chasseur de vampire qui veut, surtout quand on a aucune résistance mentale. Je tends l'arbalète, à une main. Il me regarde et sourit. D'un geste de la main, je sens l'arbalète se disloquer entre mes mains. Une arbalète à 500€, c'est pas vrai...merde ! Ce n'est pas que je lui attache une quelconque valeur, mais bon, ça fait cher, mais soit. Je suis comme clouée sur place. Enfin, je suis bonne comédienne.

 

Il s'approche, toujours souriant. Je frissonne, mais ce n'est pas de la comédie, pour une fois. Il contourne la statuette, tends une main vers moi, saisi la mienne et m'entraîne à la lumière. Sa voix est plus douce, comme s'il était ravi d'avoir trouvé une proie avec laquelle jouer. J'ai l'impression d'avoir été trempée dans un bain glacé.

 

"Et qu'est-ce qu'une jeune femme comme vous peut bien me reprocher ?

-....D'avoir tué mes parents et ma soeur..."

 

Il comprend. Je le vois à ses yeux. Il se replonge dans ses souvenirs et je sais ce qu'il revoit. Une chambre d'enfants, enfin d'adolescentes, deux lits. Dans l'un, une jeune fille aux cheveux blonds, au visage d'ange. Dans l'autre, une jeune fille plus vieille, aux cheveux noirs, au visage d'ange, aussi. Semblable par le visage, comme des jumelles, mais sans l'être vraiment. Le petit ange, égorgé, car il n'avait pas l'habitude. L'autre, la noiraude, impossible de la toucher sans se brûler. Il hurle, puis plus rien. Il revoit le visage de la noiraude, revoit ses yeux d'une étrange couleur violette. Il frissonne, il se souvient. Il sait pourquoi je suis ici, mais pas qui je suis. Je me charge de l'informer, devançant la parole qui ne sort pas de sa bouche entrouverte.

 

"Alaïs Morgenstern..."

 

Je suis la Tueuse. Cinq vampires à mon actif, trois Déviants, plusieurs créatures diverses, sans oublier ma perle, mon feu d'artifice : un Maître Vampire. Fierté ? Haine ? Qu'importe. Son visage change, un changement infime, oui, mais pas pour moi. Il sait qui Je suis. Et je sens un soupçon de peur se pointer en lui. Il va changer de tactique, je le sais.

 

Pour toute autre réponse, il me saisit le poignet, violement, m'attire contre lui. Sa main se glisse sur ma taille, je sais ce qu'il compte faire. Et je compte bien le laisser faire. Son visage est à quelques millimètres du mien. Il m'embrasse, jouant avec ma langue, griffant le bas de mon dos. Tu veux m'impressionner ? Tu veux me séduire, Heinrich ? Continue de t'aventurer plus loin, continue de jouer avec le diable...Je joue le jeu, parce que ça me plait, c'est vrai. Mais plus pour longtemps. Ses doigts se glissent sous le tissu de mon haut. Pour toute réponse, je le mords avec rage. Il me repousse avec une force étonnante, je suis propulsée contre une vitre, qui vole en éclat.

 

"Salope !..."

 

Il essuye le sang qui coule de sa lèvre, mais ne semble pas déstabilisé, comme si il s'y attendait. Ses yeux ne sont plus que deux fentes étroites. Je ne sais pas ce qu'il pense, mais ce n'est sans doute pas quelque chose de bien. Il veut m'impressionner, mais ça ne sert à rien. Tu ne perds rien pour attendre, Heinrich.

 

Mes doigts tâtonnent derrière moi, se coupants sur le verre de ce qui semble être une armoire, rencontrent ce qui ressemble à un long bâton allongé entouré de tissu. Un fourreau ! Il regarde avec ironie mes mains attraper le fourreau, car c'est une épée, j'en suis convaincue maintenant. Je me relève, le fourreau en main. Je dois saigner, car il se passe la langue sur les lèvres. Ils ne lui ont pas laissé le temps de se nourrir. Je tremble, mais pas de peur, d'excitation, de rage, de douleur, je ne sais pas. Je me force à le regarder dans les yeux, tandis que le fourreau tombe sur la moquette, dans un bruit mou. Je pensais avoir affaire à une vieille ruine, mais c'est tout autre chose. La lame brille, comme astiquée à l'instant, fine et tranchante, enfin j'espère. La garde est magnifiquement sculptée, le pommeau finement ouvragé. Une oeuvre d'art.

 

Un qui à l'air inquiet, c'est Heinrich. Il semble réaliser que je ne vais pas me laisser faire. Mais il espérait quoi, ce type ? Inquiet, mais pourtant sûr de lui, il contourne le bureau et s'empare d'un katana posé sur un rak, décoré de fleurs et d'oiseaux. Sabre contre épée, inégal, mais sait-on jamais ? Nous nous positionnons face à face, en garde. Nous restons un petit moment comme cela, face à face, puis, presque simultanément, nos bras se détendent, nos lames se croisent. Il attaque. Je parade, riposte. Il contre riposte. J'évite et le flèche. Par quel miracle, je ne sais, mais nous marquons simultanément le premier sang. Je me redresse, lui aussi. Nous respirons à pleins poumons, reprenons notre souffle.

 

Tu as trouvé un adversaire coriace, Heinrich. Je ne serai pas facile à vaincre, d'autant plus que j'ai un autre atout dans ma poche. Tu reviens à la charge, marque le deuxième sang assez rapidement. Erreur de ma part ? Non, fin calcul de stratège. Tu me désarmes, mais je te laisse faire. Tu me bloques contre un mur, je résiste, mais juste pour la forme. Mais tu oublies une chose, Heinrich. Je suis une chasseuse de vampire. Et tu ne m'as pas bloqué les mains. Erreur qui te sera peut-être fatale.

 

Il me regarde, comme déçu, la lame du katana à quelques centimètres de ma gorge. Il l'enfonce, un peu, mais assez pour me faire saigner, passe son doigt sur la plaie, goûte mon sang. Tu joues avec moi, mon démon, mais plus pour longtemps. Tu penses que seul le fait d'être à ta merci pourra m'arrêter. Tu te trompes, Heinrich, tu te trompes lourdement.

 

"C'est dommage d'avoir à vous tuer, Alaïs. Maintenant que nous venons à peine de faire connaissance... Mais vous ne m'en laisser pas le choix. A moins que...

-...Va te faire foutre !

-...Que ?...Hurg !"

 

Le carreau c'est enfoncé facilement dans la chair, comme prévu. J'ai bien visé, pour une fois. Mais il faut dire qu'à mains nues et à quelques centimètres l'un de l'autre, je n'avais aucun moyen de le rater. Je garde toujours un ou deux AV dans ma poche intérieure, c'est très utile en cas de besoin. Le deuxième pénétra avec autant de facilité que le premier, si ce n'est qu'Heinrich tenta de lutter. Mais aucun vampire ne peut survivre à deux AV en plein coeur. Aucun.

 

Il est tombé, doucement, au ralentit, comme dans un film, la bouche ouvert dans un "Oh !" de surprise qui ne sortira plus, les yeux grands ouverts, la main sur le coeur. Quel bon tragédien. Je lui ferme les yeux, tandis que son coeur se consume sous l'effet des deux AV. Je ramasse tant bien que mal l'épée et son fourreau. Ma tête tourne, c'est affreux. Je me dirige tant bien que mal vers l'ascenseur, appuie sur le bouton du rez-de-chaussée et m'affale contre le miroir. Je suis sortie de l'ascenseur, chancelante. Ai ouvert la porte et me suis laissé glisser dans les bras d'Erwin, je pense, ou de Paul avec, en tête, les visages stupéfait d'Heinrich au moment de sa mort. Il pleut, je le sens. Un crachin fin, mais dégeulasse, qui vous refroidi et se glisse entre vos vêtements, insidieusement, pour le plus grand plaisir de celui qui vous porte.

 

Une fin d'été normale, dans la banlieue industrielle de Berlin.


18:29 Écrit par Miss Evergreen | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Vengeance version 1

Minuit. Le téléphone sonne, je décroche, tout en tentant d'ouvrir un paquet de café. Au bout du fil, Franck, mon chef. Il m'aime comme sa propre fille. Et il n'est pas le seul. Pourtant, je ne comprends pas pourquoi, je suis orpheline, oui, mais je ne suis pas une fille fragile et naïve, non. Enfin soit.

-         Alaïs ? C'est Franck, je te dérange ?

-         Non, non, je suis en train de me battre avec un paquet de café, rien de grave.

-         Tu ne dormais pas ?

-         Tu m'as déjà vu dormir à minuit, toi ?

-         ...Tu sais très bien que...

-         ...Tu n'aimes pas quand je passe une nuit blanche, je sais...Viens en aux faits

-         Ton vampire a mordu à l'hameçon...

-         Non ? Vraiment ? Déjà ?....Si j'étais toi, je me méfierais...Et puis ce n'est pas MON vampire, c'est un criminel !

-         Oui mais c'est celui qui a assassiné tes parents

-         ...

-         Nous passons te prendre, à toute à l'heure Laïs.

-         A toute à l'heure...

Je n'eus même pas le temps de terminer ma phrase, il avait raccroché. Je laisse donc tomber l'idée de me faire du café et vais m'habiller. Tout en en enfilant un pantalon, je ne peux m'empêcher de penser à ce que Franck vient de me dire. Et aussi à tout ce qui m'est arrivé depuis la mort de mes parents. Quand on pense que j'aurais pu ne jamais arriver jusque ici, quand on pense que j'aurais pu rester dans cet hôpital psychiatrique jusqu'à la fin de ma vie. J'en frissonne.

 

 Pendant de long mois, j'ai traqué, cherché, tenté d'approcher Heinrich, ayant éliminé Krystal avec une étonnante facilité, un soir d'hiver. Je lui ai tendu un piège et il est tombé dedans. Ce fut si simple...Un appât, et pouf, le voilà tombé dans le panneau. D'autant plus que ce soir, c'est moi qui mène la danse. C'est moi, et moi seule qui aurai le privilège de me retrouver en tête-à-tête mortel avec toi, Heinrich.

 

J'enfile mon manteau, y glisse un cran d'arrêt et un berretta. J'attrape mon arbalète ainsi que des carreaux de réserve. Je descends l'escalier, en bas, le ronronnement d'un moteur me fait savoir que je suis attendue. Le carrosse de Mademoiselle est apprêté.

                                                                *

                                                              *  *

Eric, Erwin, Franck et Paul sont déjà là, prêts. Je monte et m'installe entre Eric et Paul, comme d'habitude. Un grand silence règne dans la voiture, alors que, généralement, un peu de musique adoucissait les nerfs. Je prends la parole, stress non apparent et pourtant présent. Il joue avec mes nerfs comme un harpiste avec les cordes de sa harpe.

-         Bon, je suppose que vous attendez mes directives ?

-         Oui

-         Ouais

-         Oui

-         Effectivement

-         ...Mes consignes sont très simples : Franck, tu surveilles l'entrée principale, Eric, celle de derrière. Paul et Erwin, vous me suivez ensuite, vous restez en arrière et agissez s'il le faut. Compris ?

-         Oui

-         Oui

-         Oui

-         Oui

-         Bien...

Le silence reprend ses droits. Nous arrivons enfin aux Entrepôts, autrefois destinés au stockage de marchandise et reconvertit en lofts luxueux et modernes pour gens aisés. La masse de métal sombre, de forme cubique est éclairée au troisième étage. J'arme l'arbalète, Erwin aussi et Paul enlève la sécurité de son fusil. Un dernier regard à mes coéquipiers et nous nous séparons. Franck me lance un regard inquiet, je tente de le rassurer d'un sourire, bien que je sache que ce ne soit pas fort réussi.

 

Nous entrons dans l'ascenseur, qui cahote doucement et lentement dans un ronron apaisant. Je place mon oreillette, ainsi que mes équipiers. L'ascenseur s'arrête enfin, je pousse la porte. Personne dans le salon, après vérification, je me dirige vers la chambre. D'un coup de pied, j'ouvre la porte, Erwin et Paul à mes côtés. Le premier carreau est pour une jeune femme, vêtue d'une courte robe à paillette bleu électrique. Elle n'a pas le temps de comprendre que, déjà, elle s'écroule, une trace de brûlure à l'endroit du cœur. Une petite flaque de sang se répand sur la moquette crème, formant comme une auréole pour ses cheveux bruns. Ses yeux verts me fixent étrangement, mais je ne m'en formalise pas. Ré arme et tire, malheureusement, le carreau se plante juste dans le bras d'Heinrich, qui crie. Un grésillement se fait entendre, accompagné d'une odeur de chairs brûlées. Il lâche ce qui faillit être son repas et s'en fuit. Je le poursuis, laissant mes collègues s'occuper de l'appât et de l'ex-vampire.

 

J'entre dans le bureau. Cran d'arrêt à la main et berretta dans l'autre. Oh, bien sûr, je vais devoir utiliser un carreau spécifique pour le tuer, mais à main nue. Sans arbalète. Heinrich me dévisage, sans comprendre.

-         Comme on se retrouve...

-         Qui êtes-vous ? Pourquoi ?

-         Je me nomme Alaïs Morgenstern, membre de l'USH, exécutrice et...chasseuse de vampire

Je laisse les derniers mots couler de mes lèvres avec délectation. Et je vois son visage s'éclairer d'une lueur de compréhension, mais aussi de peur. Il a compris, il sait pourquoi je suis là.

-         Tu viens me tuer, c'est cela ? Te venger ?

-         Peut-être que oui, peut-être que non...

-         Tu joues à ta petite maline, n'est-ce pas ? Tu penses que je vais me laisser faire ?

-         Exactement

Sans lui laisser le temps de répondre, je suis sur lui, mon cran d'arrêt enfoncé jusqu'au manche dans sa gorge. Visage contre visage. D'un geste sec, je l'enlève, éclaboussant de sang son visage et le mien. Il recrache un peu de sang et tente de me faire lâcher prise. J'enfonce le cran d'arrêt dan sa poitrine et prend le carreau que j'avais glissé dans ma manche. Lui enfonce dans le coeur, violement, un sourire sadique sur mon visage torturé par la haine. Il crie, puis plus rien. Je me relève, reprend mon cran d'arrêt et m'essuye le visage, y laissant une traînée rouge. Mes mains sont pleines de sang, mon visage est constellé de petites gouttelettes rouges, mais je n'en ai rien à faire. Je ramasse mon berretta, le range et sors, sans un regard pour l'homme que je viens de tuer.

 

Erwin et Paul m'attendent, l'inquiétude que je lis sur leurs visages me fait sourire, intérieurement. Dans un miroir, mon visage est semblable à celui d'une petite fille ayant joué avec le rouge à lèvre de sa mère, s'étant barbouillée le visage avec. Sauf que je ne suis plus une petite fille. Et que le sang a remplacé le rouge à lèvre. Mes yeux papillonnent, mes jambes tremblent, pourquoi ? Comme dans un rêve, j'entends tinter mon couteau qui tombe, comme dans un rêve, je tombe, retenue de justesse par les bras de mes deux coéquipiers, comme dans un rêve, je vois juste les yeux inquiets d'Erwin et puis le noir. Et puis le calme.

 

Je l'ai enfin eue, ma vengeance. Papa, maman, Amélie, vous pouvez être fiers de moi. Je vous aime.


18:28 Écrit par Miss Evergreen | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Féline

Féline, elle se déplie, s'étire. Ses jambes fines touchent le sol, elle se lève, fait quelques pas dans l'immense pièce qu'est sa chambre. Sa queue de chat, rousse et tigrée, s'enroule autour de sa cuisse, mouvement contrôlé. Elle s'avance dans la lumière, pose ses yeux sur le jardin, luxuriant et exubérant, contemple les roses d'Aldébaran, ramenée spécialement pour elle de là-bas. Là-bas...Elle y pense depuis maintenant deux mois. Deux mois qu'elle pense partir, laisser le palais à son "frère" et à sa nouvelle femme. Deux mois que Louz de Garra est arrivée, deux mois qu'elle a vu son frère par obligation, mais aussi son amour, le capitaine Kaïman, s'éloigner d'elle, au propre comme au figuré. Alors, elle a décidé de partir. Sur Terre, sur Aldébaran ou peut-être plus loin encore. Mais ne plus rester sur l'Astéroïde, ne plus voir ce bonheur qui lui fend le coeur, qui lui donne envie d'hurler.

 

Deux servantes s'approchent d'elle, elle les renvoie gentiment, leur donnant leur journée. Il faut qu'elle soit seule. L'Orbitran est prêt, ça fait une semaine que, doucement, elle le prépare, l'arme, l'équipe. Toutes ses affaires sont maintenant entrain d'être embarquée, ainsi que des vivres et de l'argent, et une petite équipe d'Amazones en qui elle à confiance, qui la seconderont dans ses tâches.

 

Elle ouvre la porte de la salle de bain. Une piscine de lait d'ânesse et de pétales  roses de Terra Prima reconstituées par l'ordinateur génétique l'attend. Dégrafant sa robe, qui glisse sur le sol de marbre blanc. Elle descend les marches, rentrant doucement dans le liquide chauffé, mais le coeur n'y est pas. Elle nage quelques minutes et termine ensuite sa toilette, s'habille en vitesse de vêtements de voyage.

 

Dans le couloir, elle croise le père adoptif de son "frère". Il connaît ses intentions, mais il sait qu'il ne peut la retenir, plus rien de ne peut la retenir, la mort d'Ernya, sa nourrice, l'ayant laissée seule, orpheline. Elle sert le vieil homme dans ses bras, lui demandant de remettre au Capitaine une lettre, après son départ. Elle s'éloigne, doucement.

 

Ce palais...Elle y a grandit, mais n'y est pas née. Fille d'aristos, née mutante, elle aurait dû être tuée, mais ne le fut pas. Confiée à une carape, amenée sur cet astéroïde, l'Île de la Tortue, elle y grandit avec le prince Kaïman, lui aussi mutant. Elle apprit à manier les armes, à se battre au corps à corps, à diriger un vaisseau, à mener une attaque. Elle devint l'égale du capitaine, mais n'utilisant jamais ses compétences. Mais elle apprit aussi à s'occuper d'enfants, à dessiner, à chanter, à dessiner, à écrire, à lire. Elle se souvint des jeux d'autrefois, dans la salle des fêtes, des parties de cache-cache, des confidences, des secrets. Et les larmes, impolies, vinrent s'inviter sur ses joues pâles.

 

Elle courait, maintenant. Les Amazones l'attendait sans doute déjà, plus de temps à perdre en sensibleries. Elle s'arrêta, face à un miroir, il ne fallait pas qu'on la voie dans cet état ! Elle essuya ses larmes d'un geste rageur et se mordit la lèvre pour reprendre une certaine contenance. Ses petites oreilles de chat, rousses et tigrées, comme sa queue, cachées par l'exubérance de ses cheveux, ses yeux verts intenses et en amande, son petit nez pointu, sa peau pâle, ses cheveux roux...Tout, en elle, faisait penser à un petite chatte, câline mais dangereuse. Douce mais aux griffes acérées.

 

La porte s'ouvrir, la laissant entrer dans le hangar. L'Orbitran n'attendait plus qu'elle. Elle s'y engouffra sans hésiter, ou presque, sans un regard pour l'arrière. La porte s'ouvrit de nouveau, laissant entrer les gardes, ébahis. Le volet de sortir remonta l'entement, et l'Orbitran prit son envol, prenant de plus en plus de vitesse pour finir par disparaître, petit point brillant dans le ciel.

 

Et, dans la salle d'audience, le Capitaine pleurait, une lettre à ses pieds.

 

Cher frère,

 

Depuis le temps que nous nous connaissons, je pensais que tu aurais compris. Mais ce n'est pas grave, je ne t'en veux pas, je comprends. Elle a des arguments que je ne peux lui envier, le fait d'être une vrai aristo, de porter l'auréole. Ne m'en veux pas, je ne t'en veux pas non plus.

 

Ne me demande pas où je vais, je ne le sais pas moi-même, mais ne tente pas de me rattraper, cela ne servira à rien. Depuis qu'Ernya est morte, je n'ai plus ma place ici, il fallait que je parte, encore plus depuis que Louz est arrivée.

 

Soyez heureux ! Ne te préoccupes plus de moi, je disparais pour ne plus jamais revenir. Soyez heureux ! Vivez et aimez-vous, vous...non...toi, en particulier, sera toujours présent dans mon coeur

 

Au revoir Capitaine

 

Ta soeur, Némya

 

 Depuis sept ans déjà, elle est partie. Explorant l'univers, découvrant des beautés mais aussi des horreurs, écrivant, notant, dessinant. La somme de toutes ses découvertes sont réunies dans un livre, un carnet de voyage couvert d'une écriture fine, nerveuse, ronde et de dessins, d'images. Le voyage n'a plus de secret pour elle, d'autant plus qu'elle a maintenant une alliée, sa fille par adoption, enfant de Maganats, qu'elle promit d'élever en échange de droit de voyage et d'entrées dans la Haute Cour. La petite Hélya, aux cheveux de geais, aux yeux d'un bleu profond, à la peau pâle et aux ailes de cygne, grandes et blanches, la seconde, du haut de ses sept ans et demi.

 

Un message, pourtant, a fait changer les plans de l'Exploratrice. Elle a décidé de rentrer à l'Astéroïde, car un message, reçut grâce à la chance, lui a apprit que Louz à été tuée, que son l'enfant qu'elle portait ainsi que ses deux fils et sa fille, avait été tué aussi, que le Capitaine était au plus mal. Qu'est-ce qui c'était donc passé ?

 

Arrivée à l'Astéroïde, ce n'est plus que ruines fumantes, décombres calcinés, corps brûlés. Que c'est-il donc passé ? Pourtant, partout, on tente de reconstruire, d'aider les blessés. le palais est devenu si sombre, si triste, si inquiétant. Elle se pose, sur la piste trouée, sous les eux ébahis de la population.

 

Les Amazones se postent en gardes autour du vaisseau, Némya et Hélya en descendent, se dirigent vers l'entrée, porte borgne. Le palais est en ruine, le jardin à envahi les trois-quarts de la construction. Arrivées à ce qui fut la salle des fêtes, avec ses plafonds peints de chimères et d'animaux fantasmagoriques ou maintenant disparu, aux couleurs chatoyantes, à la cheminée toujours alimentée, Némya sent venir les larmes. la salle est complètement détruite, les ors et sculptures ont été brisées. Mais le pire reste à venir, elle le sent. Confiant sa fille à une amazone, lui ordonnant de rentrer au vaisseau, elle se met ensuite à courir, courir, jusqu'à la salle des audiences. Et là, elle manque de hurler. La salle est devenue un camp de fortune pour les soldats, il y a des estropiés, des malades, des encore en vie. Et puis, assit sur son trône, vêtu de vêtements déchirés, un bras en écharpe, le Capitaine la regarde.

 

Alors, elle court, elle court vers lui, bousculant les officiers, évitant un malade ou un mort.

 

-"Tu vois ? Regarde autour de toi, petite Némya, les ruines, la mort, le sang...regarde comme un royaume florissant peut vite tomber dans la plus grande disgrâce...Il n'a fallut que trois ans pour que tout tombe en ruine.... Ma femme et mes enfants sont morts, que viens-tu faire ici, petite Némya ? Te moquer d'un roi tombé si bas ? Rire d'un Capitaine qui n'a su prévoir la fin de son armée ?...Parle, petite Némya !

- Je ne suis ici pas seulement parce que j'ai été mandée, Kaïman. Mais aussi parce que, l'aurais-tu oublié, tu as encore ta place dans mon coeur, et que je suis sensible à ton malheur. Je viens t'aider, Kaïman, t'aider à reconstruire ton royaume..."

 

Les gardes, soldats ou simples gens se tournèrent vers celle qui venait de parler. Et, le Capitaine sourit.


18:22 Écrit par Miss Evergreen | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Welcome

In my history room.
 
...Ma chambre des histoires, la salle des contes.
 
Dans le premier, mes poèmes, réfléxions.
Dans le deuxième, mes histoires, nouvelles, contes....Et ceux d'autres, d'amis.
 
Je ne promets pas une grande qualité littéraire, une masturbation stylistique et psychique. Ce sont des histoires écrites parfois sur un coup de tête, certaines fignolées pendant un an ou deux...
 
Laissez moi vos critiques, qu'elles soient bonnes ou mauvaises, vos idées, vos félicitations, vos huées.
 
Bonne lecture et bon voyage dans mon monde
                                                                      

Miss Evergreen



18:16 Écrit par Miss Evergreen | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |