27/12/2004

Vengeance version 1

Minuit. Le téléphone sonne, je décroche, tout en tentant d'ouvrir un paquet de café. Au bout du fil, Franck, mon chef. Il m'aime comme sa propre fille. Et il n'est pas le seul. Pourtant, je ne comprends pas pourquoi, je suis orpheline, oui, mais je ne suis pas une fille fragile et naïve, non. Enfin soit.

-         Alaïs ? C'est Franck, je te dérange ?

-         Non, non, je suis en train de me battre avec un paquet de café, rien de grave.

-         Tu ne dormais pas ?

-         Tu m'as déjà vu dormir à minuit, toi ?

-         ...Tu sais très bien que...

-         ...Tu n'aimes pas quand je passe une nuit blanche, je sais...Viens en aux faits

-         Ton vampire a mordu à l'hameçon...

-         Non ? Vraiment ? Déjà ?....Si j'étais toi, je me méfierais...Et puis ce n'est pas MON vampire, c'est un criminel !

-         Oui mais c'est celui qui a assassiné tes parents

-         ...

-         Nous passons te prendre, à toute à l'heure Laïs.

-         A toute à l'heure...

Je n'eus même pas le temps de terminer ma phrase, il avait raccroché. Je laisse donc tomber l'idée de me faire du café et vais m'habiller. Tout en en enfilant un pantalon, je ne peux m'empêcher de penser à ce que Franck vient de me dire. Et aussi à tout ce qui m'est arrivé depuis la mort de mes parents. Quand on pense que j'aurais pu ne jamais arriver jusque ici, quand on pense que j'aurais pu rester dans cet hôpital psychiatrique jusqu'à la fin de ma vie. J'en frissonne.

 

 Pendant de long mois, j'ai traqué, cherché, tenté d'approcher Heinrich, ayant éliminé Krystal avec une étonnante facilité, un soir d'hiver. Je lui ai tendu un piège et il est tombé dedans. Ce fut si simple...Un appât, et pouf, le voilà tombé dans le panneau. D'autant plus que ce soir, c'est moi qui mène la danse. C'est moi, et moi seule qui aurai le privilège de me retrouver en tête-à-tête mortel avec toi, Heinrich.

 

J'enfile mon manteau, y glisse un cran d'arrêt et un berretta. J'attrape mon arbalète ainsi que des carreaux de réserve. Je descends l'escalier, en bas, le ronronnement d'un moteur me fait savoir que je suis attendue. Le carrosse de Mademoiselle est apprêté.

                                                                *

                                                              *  *

Eric, Erwin, Franck et Paul sont déjà là, prêts. Je monte et m'installe entre Eric et Paul, comme d'habitude. Un grand silence règne dans la voiture, alors que, généralement, un peu de musique adoucissait les nerfs. Je prends la parole, stress non apparent et pourtant présent. Il joue avec mes nerfs comme un harpiste avec les cordes de sa harpe.

-         Bon, je suppose que vous attendez mes directives ?

-         Oui

-         Ouais

-         Oui

-         Effectivement

-         ...Mes consignes sont très simples : Franck, tu surveilles l'entrée principale, Eric, celle de derrière. Paul et Erwin, vous me suivez ensuite, vous restez en arrière et agissez s'il le faut. Compris ?

-         Oui

-         Oui

-         Oui

-         Oui

-         Bien...

Le silence reprend ses droits. Nous arrivons enfin aux Entrepôts, autrefois destinés au stockage de marchandise et reconvertit en lofts luxueux et modernes pour gens aisés. La masse de métal sombre, de forme cubique est éclairée au troisième étage. J'arme l'arbalète, Erwin aussi et Paul enlève la sécurité de son fusil. Un dernier regard à mes coéquipiers et nous nous séparons. Franck me lance un regard inquiet, je tente de le rassurer d'un sourire, bien que je sache que ce ne soit pas fort réussi.

 

Nous entrons dans l'ascenseur, qui cahote doucement et lentement dans un ronron apaisant. Je place mon oreillette, ainsi que mes équipiers. L'ascenseur s'arrête enfin, je pousse la porte. Personne dans le salon, après vérification, je me dirige vers la chambre. D'un coup de pied, j'ouvre la porte, Erwin et Paul à mes côtés. Le premier carreau est pour une jeune femme, vêtue d'une courte robe à paillette bleu électrique. Elle n'a pas le temps de comprendre que, déjà, elle s'écroule, une trace de brûlure à l'endroit du cœur. Une petite flaque de sang se répand sur la moquette crème, formant comme une auréole pour ses cheveux bruns. Ses yeux verts me fixent étrangement, mais je ne m'en formalise pas. Ré arme et tire, malheureusement, le carreau se plante juste dans le bras d'Heinrich, qui crie. Un grésillement se fait entendre, accompagné d'une odeur de chairs brûlées. Il lâche ce qui faillit être son repas et s'en fuit. Je le poursuis, laissant mes collègues s'occuper de l'appât et de l'ex-vampire.

 

J'entre dans le bureau. Cran d'arrêt à la main et berretta dans l'autre. Oh, bien sûr, je vais devoir utiliser un carreau spécifique pour le tuer, mais à main nue. Sans arbalète. Heinrich me dévisage, sans comprendre.

-         Comme on se retrouve...

-         Qui êtes-vous ? Pourquoi ?

-         Je me nomme Alaïs Morgenstern, membre de l'USH, exécutrice et...chasseuse de vampire

Je laisse les derniers mots couler de mes lèvres avec délectation. Et je vois son visage s'éclairer d'une lueur de compréhension, mais aussi de peur. Il a compris, il sait pourquoi je suis là.

-         Tu viens me tuer, c'est cela ? Te venger ?

-         Peut-être que oui, peut-être que non...

-         Tu joues à ta petite maline, n'est-ce pas ? Tu penses que je vais me laisser faire ?

-         Exactement

Sans lui laisser le temps de répondre, je suis sur lui, mon cran d'arrêt enfoncé jusqu'au manche dans sa gorge. Visage contre visage. D'un geste sec, je l'enlève, éclaboussant de sang son visage et le mien. Il recrache un peu de sang et tente de me faire lâcher prise. J'enfonce le cran d'arrêt dan sa poitrine et prend le carreau que j'avais glissé dans ma manche. Lui enfonce dans le coeur, violement, un sourire sadique sur mon visage torturé par la haine. Il crie, puis plus rien. Je me relève, reprend mon cran d'arrêt et m'essuye le visage, y laissant une traînée rouge. Mes mains sont pleines de sang, mon visage est constellé de petites gouttelettes rouges, mais je n'en ai rien à faire. Je ramasse mon berretta, le range et sors, sans un regard pour l'homme que je viens de tuer.

 

Erwin et Paul m'attendent, l'inquiétude que je lis sur leurs visages me fait sourire, intérieurement. Dans un miroir, mon visage est semblable à celui d'une petite fille ayant joué avec le rouge à lèvre de sa mère, s'étant barbouillée le visage avec. Sauf que je ne suis plus une petite fille. Et que le sang a remplacé le rouge à lèvre. Mes yeux papillonnent, mes jambes tremblent, pourquoi ? Comme dans un rêve, j'entends tinter mon couteau qui tombe, comme dans un rêve, je tombe, retenue de justesse par les bras de mes deux coéquipiers, comme dans un rêve, je vois juste les yeux inquiets d'Erwin et puis le noir. Et puis le calme.

 

Je l'ai enfin eue, ma vengeance. Papa, maman, Amélie, vous pouvez être fiers de moi. Je vous aime.


18:28 Écrit par Miss Evergreen | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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