27/12/2004

PRF - Un Monstre Si Humain (vers.1)

Le téléphone sonne, strident, me faisant sursauter. Je l'attrapai en vitesse, tout en continuant à préparer du café. Au bout du fil, la voix paternelle de Franck Deus, mon chef.

-         Alaïs...Je te dérange ?

-         Nan, j'allais me préparer du café...Qu'est ce qu'il y a ?

-         On la retrouvé.

-         Qui ?...Oh non...et ?

Ce blanc ne me dit rien qui vaille. Mon cher chef reprit, d'une vois légèrement tremblante.

-         Mm...C'était une jeune femme, mais nous avons bloqué le tueur, tu...On te demande...

Je soupirai, le bébé était donc peut-être encore en vie ? Mais le ton était sans appel. "On" te demande...Ca voulais dire que j'allais devoir tuer, ce soir. J'eus quand même la présence d'esprit de demander, par précaution, à quoi j'avais affaire.

-         C'est un humain ?...Non, je suis bête...c'est un garou...

Dis moi que c'est un garou...Dis moi que ce n'est pas un homme...

-         Un homme, enfin....tu...Tu verras bien...

-         J'arrive

Seule la tonalité me répondit. Bon sang, sur quoi étions-nous tombés ? Un fou ? J'éteignis la machine à café, et alla préparer mon arbalète. Mais où avais-je put mettre ce foutu carcan de transport, hein ? Après quelques minutes de recherche, je le trouvai sous l'armoire et l'en extirpa. J'y rangeai les carreaux, des 4X, ceux qu'on appelle Les Tueurs, ainsi que des C96, au cas où je devrais prendre en chasse la créature...enfin, le tueur, plutôt. Une voiture klaxonna en bas. Déjà ? J'eus à peine le temps d'enfiler mon manteau et  d'y glisser mon berretta. Traitez-moi de parano si vous le voulez, mais on n'est jamais trop prudent. Je descendis les escaliers en vitesse et verrouilla la porte.

 

La voiture qui m'attendait en bas était un croisement entre le break, la camionnette et une rover. J'ouvris le coffret et y déposa mon arbalète, avant de rejoindre le conducteur. Erwin me sourit et démarra comme un malade. Me rappeler de ne plus jamais aller en voiture avec lui. Erwin Volger, 29 ans, nécromancien et réanimateur au sein de l'USC depuis au moins huit ans me dévisagea en riant.

-         Tu détestes quand je conduis, hein ?

-         Non, j'adore prendre des risques...

-         Oh, aller, arrête de râler, ma toute belle, on y sera plus vite.

-         Appelle moi encore une fois "ma toute belle" et tu sauras ce que ça fait de recevoir un C96 dans....On a pas gardés les moutons ensemble.

Il se renfrogna. Je devinai qu'il était un peu désappointé. Erwin a toujours eu un petit faible pour moi, malheureusement, ce n'est pas réciproque. Non pas qu'il soit moche, au contraire, il est plutôt beau gosse avec ses cheveux blonds foncés jamais coiffés et ses yeux gris angélique. Ni qu'il ait mauvais caractère, c'est un ange. Un peu trop sûr de lui, parfois trop lunatique et "artiste" mais rien de déplaisant. Mais il ne m'attire pas, c'est tout.

 

Nous arrivâmes au hangar, encerclé de voiture de flics. Franck s'approcha de nous et m'ouvrit la porte. Je sortit et ne lui laissa pas le temps de dire quoi que soit, ouvrant le coffre et en sortant l'arbalète et les carreaux.

-         Qu'est ce que c'est ?

-         Un homme. Il s'est enfermé dans l'entrepôt...

-         Armé ?

-         Je crois que oui...Il...Il doit être hystérique.

-         le corps de la victime ?

-         Egorgée, sans doute...

-         Pas de détail, j'ai déjà assez de cauchemar comme ça, merci !

-         Bien...

Je me plongeai dans ses yeux d'acier. Il semblait sous le choc et je le comprenais. Le "Clic" de l'arbalète armée rompit le silence qui s'était installé autour de moi. La foule des badauds se tu, me regardant passer. Il est vrai que je ne passe pas inaperçu avec mes cheveux noirs, mes yeux violets et mon manteau de cuir. Et, généralement, les circonstances de mon arrivée me rendent encore plus remarquable, surtout si on vient de découvrir le corps d'une jeune femme enceinte baignant dans son sang et ses tripes et que le tueur est encore là. Curiosité malsaine et morbide, mais tellement normale ces derniers temps...

 

Je sentis dans mon dos les regards, tantôt envieux, tantôt curieux, tantôt dégoûtés et réprima l'envie de me montrer tranquille, comme si ce que j'allais faire était banal. Ce qui est maintenant un peu le cas, pour moi enfin. J'entrai, escortée jusqu'à la porte par mon équipe. Après un dernier regard, je refermai la porte coulissante.

 

Je m'avança dans la lumière crue des néons, mon arbalète à la main et l'esprit aux aguets. Une ombre bougea derrière moi, je fis volte-face. Ce n'était qu'un rat. Un filet de sueur glacée me coula dans le dos et me fit frissonner. J'avançai de quelques mètres, slalomant entre les caisses avant de me figer. Je venais d'entendre un sanglot derrière une caisse. Je m'en approcha, sans bruit et faillit hurler. Non que j'aie l'âme sensible, mais là, ce n'était plus un être humain que j'avais en face de moi, mais un amas de chaires brûlées, de cicatrices et de peau. La...créature me regarda, d'un regard triste, d'un vert d'eau, la seule chose qu'il devait avoir de "présentable". Il se leva et se mit à parler, d'une voix rauque entrecoupée de sanglots.

-         Je voulais pas la tuer...Mais elle voulait pas m'aider...Elle a crié...Elle m'a frappé...Je voulais pas lui faire de mal....

J'avais en face de moi un homme rendu fou par la douleur. Il était atteint de la pire des folies. Un homme laissant la part belle à sa part bestiale mais ayant encore un coeur et une conscience pour se rendre compte que ce qu'il faisait était mal.

-         Aidez-moi...s'il vous plait, aidez-moi...

Pour toute autre réponse, je visa sa tête et tira. Le carreau lui transperça la tête et il sursauta, me regardant de ses grands yeux verts. Je me rapprocha et arma une deuxième fois, puis tira. Le carreau vint se loger dans son coeur. Il tomba, inanimé et je vus, par terre, un bébé enveloppé d'une couverture, qui se mit à pleurer. La petite Marie-Amélie était vivante. Orpheline, mais vivante. Il avait  donc bien un coeur, cet homme. Je pris la petite dans mes bras et la berça, tout en récitants les mots rituels pour le corps sans vie à mes pieds.

 

Je sortis, le bébé dans les bras. Une jeune femme s'approcha et me prit le bébé des bras, qui gazouillait maintenant. Je déposa  mon arbalète dans le coffre et alla m'appuyer contre la voiture. Une pluie fine se mit à tomber, et je levai le visage vers elle, respirant à plein poumon l'air si pur de Berlin. Chouette soirée...


18:35 Écrit par Miss Evergreen | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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