27/12/2004

PRF - Le Combat (vers. 1)

La pièce est sombre, sale. L'atmosphère est orageuse, tendue. Ils se regardent. Face à face entre inconnus, étrangers. Deux êtres ayant laissé depuis longtemps leur humanité de côté pour devenir des chiens, des loups. Deux hommes aux réactions primaires.

 

Ils s'observent, se sentent, s'épient. Qui est l'agresseur et qui est l'agressé ? Ils ne le savent pas eux-mêmes, seul compte la haine qu'ils se portent. Etrangement, leurs yeux sont du même bleu délavé par la douleur, leurs cheveux du même noir poussiéreux, les mêmes hardes sales et informes...

 

Pourquoi luttent-ils ? Pour le territoire...Mais qui fut le premier à braver les limites de l'autre ? Pour le plaisir, simplement. Pour pouvoir asseoir sa supériorité.

 

Ils se ramassent sur eux-mêmes, se guettent, prêt à se sauter dessus au moindre signe. Les secondes semblent durer des heures, tendues comme le fil d'un équilibriste.

 

Qui fit le premier geste ? Qui s'élança le premier ? Les deux ensembles, peut-être... Ils roulèrent au sol, dans un tourbillon de poussière, de sueur et de tissus.

 

Ils s'empoignent, se frappent, s'étranglent...Leur sang se mélange, leur sueur accroche la poussière. Ils halètent, étouffent.

 

Un hurlement déchire le silence, un jet de sang gicle sur un mur,  auréolant de pourpre le visage d'un des combattant. Il a ses dents plantées dans le bras de l'autre, qui se dégage brutalement et regarde la chair déchiquetée, d'où s'échappe des filets de sang. Il se jette alors sur celui qui l'a mordu, le saisit à la tête et frappe. Frappe. Frappe sa tête contre le sol, dans un bruit sourd, écœurant.

 

La cervelle de l'autre lui coule entre les doigts. Matière rose et grise qui dégouline comme de la gélatine. Le silence reprend doucement ses droits, envahissant l'espace comme l'eau une piscine. Le vainqueur lentement soulève la face du vaincu. Et l'observe...

 

Et cette tête a moitié écrasée. Ce visage plein de sang et de cervelle lui rappelle étrangement quelqu'un. Et lentement, il comprend.

 

Ce visage sanglant, c'est le sien...

 

Combat inégal et sans fin qu'est celui de l'être contre lui même.



18:31 Écrit par Miss Evergreen | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.