27/12/2004

Féline

Féline, elle se déplie, s'étire. Ses jambes fines touchent le sol, elle se lève, fait quelques pas dans l'immense pièce qu'est sa chambre. Sa queue de chat, rousse et tigrée, s'enroule autour de sa cuisse, mouvement contrôlé. Elle s'avance dans la lumière, pose ses yeux sur le jardin, luxuriant et exubérant, contemple les roses d'Aldébaran, ramenée spécialement pour elle de là-bas. Là-bas...Elle y pense depuis maintenant deux mois. Deux mois qu'elle pense partir, laisser le palais à son "frère" et à sa nouvelle femme. Deux mois que Louz de Garra est arrivée, deux mois qu'elle a vu son frère par obligation, mais aussi son amour, le capitaine Kaïman, s'éloigner d'elle, au propre comme au figuré. Alors, elle a décidé de partir. Sur Terre, sur Aldébaran ou peut-être plus loin encore. Mais ne plus rester sur l'Astéroïde, ne plus voir ce bonheur qui lui fend le coeur, qui lui donne envie d'hurler.

 

Deux servantes s'approchent d'elle, elle les renvoie gentiment, leur donnant leur journée. Il faut qu'elle soit seule. L'Orbitran est prêt, ça fait une semaine que, doucement, elle le prépare, l'arme, l'équipe. Toutes ses affaires sont maintenant entrain d'être embarquée, ainsi que des vivres et de l'argent, et une petite équipe d'Amazones en qui elle à confiance, qui la seconderont dans ses tâches.

 

Elle ouvre la porte de la salle de bain. Une piscine de lait d'ânesse et de pétales  roses de Terra Prima reconstituées par l'ordinateur génétique l'attend. Dégrafant sa robe, qui glisse sur le sol de marbre blanc. Elle descend les marches, rentrant doucement dans le liquide chauffé, mais le coeur n'y est pas. Elle nage quelques minutes et termine ensuite sa toilette, s'habille en vitesse de vêtements de voyage.

 

Dans le couloir, elle croise le père adoptif de son "frère". Il connaît ses intentions, mais il sait qu'il ne peut la retenir, plus rien de ne peut la retenir, la mort d'Ernya, sa nourrice, l'ayant laissée seule, orpheline. Elle sert le vieil homme dans ses bras, lui demandant de remettre au Capitaine une lettre, après son départ. Elle s'éloigne, doucement.

 

Ce palais...Elle y a grandit, mais n'y est pas née. Fille d'aristos, née mutante, elle aurait dû être tuée, mais ne le fut pas. Confiée à une carape, amenée sur cet astéroïde, l'Île de la Tortue, elle y grandit avec le prince Kaïman, lui aussi mutant. Elle apprit à manier les armes, à se battre au corps à corps, à diriger un vaisseau, à mener une attaque. Elle devint l'égale du capitaine, mais n'utilisant jamais ses compétences. Mais elle apprit aussi à s'occuper d'enfants, à dessiner, à chanter, à dessiner, à écrire, à lire. Elle se souvint des jeux d'autrefois, dans la salle des fêtes, des parties de cache-cache, des confidences, des secrets. Et les larmes, impolies, vinrent s'inviter sur ses joues pâles.

 

Elle courait, maintenant. Les Amazones l'attendait sans doute déjà, plus de temps à perdre en sensibleries. Elle s'arrêta, face à un miroir, il ne fallait pas qu'on la voie dans cet état ! Elle essuya ses larmes d'un geste rageur et se mordit la lèvre pour reprendre une certaine contenance. Ses petites oreilles de chat, rousses et tigrées, comme sa queue, cachées par l'exubérance de ses cheveux, ses yeux verts intenses et en amande, son petit nez pointu, sa peau pâle, ses cheveux roux...Tout, en elle, faisait penser à un petite chatte, câline mais dangereuse. Douce mais aux griffes acérées.

 

La porte s'ouvrir, la laissant entrer dans le hangar. L'Orbitran n'attendait plus qu'elle. Elle s'y engouffra sans hésiter, ou presque, sans un regard pour l'arrière. La porte s'ouvrit de nouveau, laissant entrer les gardes, ébahis. Le volet de sortir remonta l'entement, et l'Orbitran prit son envol, prenant de plus en plus de vitesse pour finir par disparaître, petit point brillant dans le ciel.

 

Et, dans la salle d'audience, le Capitaine pleurait, une lettre à ses pieds.

 

Cher frère,

 

Depuis le temps que nous nous connaissons, je pensais que tu aurais compris. Mais ce n'est pas grave, je ne t'en veux pas, je comprends. Elle a des arguments que je ne peux lui envier, le fait d'être une vrai aristo, de porter l'auréole. Ne m'en veux pas, je ne t'en veux pas non plus.

 

Ne me demande pas où je vais, je ne le sais pas moi-même, mais ne tente pas de me rattraper, cela ne servira à rien. Depuis qu'Ernya est morte, je n'ai plus ma place ici, il fallait que je parte, encore plus depuis que Louz est arrivée.

 

Soyez heureux ! Ne te préoccupes plus de moi, je disparais pour ne plus jamais revenir. Soyez heureux ! Vivez et aimez-vous, vous...non...toi, en particulier, sera toujours présent dans mon coeur

 

Au revoir Capitaine

 

Ta soeur, Némya

 

 Depuis sept ans déjà, elle est partie. Explorant l'univers, découvrant des beautés mais aussi des horreurs, écrivant, notant, dessinant. La somme de toutes ses découvertes sont réunies dans un livre, un carnet de voyage couvert d'une écriture fine, nerveuse, ronde et de dessins, d'images. Le voyage n'a plus de secret pour elle, d'autant plus qu'elle a maintenant une alliée, sa fille par adoption, enfant de Maganats, qu'elle promit d'élever en échange de droit de voyage et d'entrées dans la Haute Cour. La petite Hélya, aux cheveux de geais, aux yeux d'un bleu profond, à la peau pâle et aux ailes de cygne, grandes et blanches, la seconde, du haut de ses sept ans et demi.

 

Un message, pourtant, a fait changer les plans de l'Exploratrice. Elle a décidé de rentrer à l'Astéroïde, car un message, reçut grâce à la chance, lui a apprit que Louz à été tuée, que son l'enfant qu'elle portait ainsi que ses deux fils et sa fille, avait été tué aussi, que le Capitaine était au plus mal. Qu'est-ce qui c'était donc passé ?

 

Arrivée à l'Astéroïde, ce n'est plus que ruines fumantes, décombres calcinés, corps brûlés. Que c'est-il donc passé ? Pourtant, partout, on tente de reconstruire, d'aider les blessés. le palais est devenu si sombre, si triste, si inquiétant. Elle se pose, sur la piste trouée, sous les eux ébahis de la population.

 

Les Amazones se postent en gardes autour du vaisseau, Némya et Hélya en descendent, se dirigent vers l'entrée, porte borgne. Le palais est en ruine, le jardin à envahi les trois-quarts de la construction. Arrivées à ce qui fut la salle des fêtes, avec ses plafonds peints de chimères et d'animaux fantasmagoriques ou maintenant disparu, aux couleurs chatoyantes, à la cheminée toujours alimentée, Némya sent venir les larmes. la salle est complètement détruite, les ors et sculptures ont été brisées. Mais le pire reste à venir, elle le sent. Confiant sa fille à une amazone, lui ordonnant de rentrer au vaisseau, elle se met ensuite à courir, courir, jusqu'à la salle des audiences. Et là, elle manque de hurler. La salle est devenue un camp de fortune pour les soldats, il y a des estropiés, des malades, des encore en vie. Et puis, assit sur son trône, vêtu de vêtements déchirés, un bras en écharpe, le Capitaine la regarde.

 

Alors, elle court, elle court vers lui, bousculant les officiers, évitant un malade ou un mort.

 

-"Tu vois ? Regarde autour de toi, petite Némya, les ruines, la mort, le sang...regarde comme un royaume florissant peut vite tomber dans la plus grande disgrâce...Il n'a fallut que trois ans pour que tout tombe en ruine.... Ma femme et mes enfants sont morts, que viens-tu faire ici, petite Némya ? Te moquer d'un roi tombé si bas ? Rire d'un Capitaine qui n'a su prévoir la fin de son armée ?...Parle, petite Némya !

- Je ne suis ici pas seulement parce que j'ai été mandée, Kaïman. Mais aussi parce que, l'aurais-tu oublié, tu as encore ta place dans mon coeur, et que je suis sensible à ton malheur. Je viens t'aider, Kaïman, t'aider à reconstruire ton royaume..."

 

Les gardes, soldats ou simples gens se tournèrent vers celle qui venait de parler. Et, le Capitaine sourit.


18:22 Écrit par Miss Evergreen | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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