03/12/2005

Renaissance

Le liquide verdâtre ondulait doucement dans ce qui avait été la salle d’autopsie de la Brigade Spéciale. Un vieil homme, assis dans un fauteuil roulant, lisait à la lueur d’une lampe blafarde, ses cheveux encore longs lâchés. Dans la cuve, une jeune femme, masque à oxygène sur le visage, ses cheveux noirs flottants dans l’Amioliquid, des capteurs sur tout son corps pâle, tatoué et aux nombreuses cicatrices.Quelques chapelets de bulles s’échappaient à intervalles réguliers de ses lèvres, dans un bruit glougloutant, entrecoupés par les « bips » des machines de contrôle.

 

Le vieil homme dormait maintenant, son livre encore ouvert sur la table. L’electro-encéphalogramme s’arrêta soudain, pendant quelques secondes, il fut plat, pour ensuite reprendre un rythme plus régulier, un rythme plus rapide, le rythme d’un cœur qui bat normalement. Les autres capteurs s’arrêtèrent brusquement et reprirent leur fonctionnement à un rythme plus intense, le rythme d’une personne qui vit, s’éveille.

 

Dans la cuve, les chapelets de bulles se font plus réguliers, les jambes tressautent, quelques capteurs se détachent, l’alarme se met en route….Le vieil homme ouvre les yeux, sa surprise est grande… D’autres capteurs se détachent, le corps est en mouvement, elle ouvre les yeux, deux yeux violets. Elle arrache les capteurs restant, se met en position fœtale, enroulée autour du cordon d’oxygénation. La cuve se fissure lentement, le mécanisme de vidange d’urgence s’enclenche, mais trop tard, les parois de la cuve explosent en milliards de petits morceaux.

 

Le calme est revenu, le vieil homme s’approche, son fauteuil écrasant les éclats de verre, un peignoir en main. La jeune fille, baignant maintenant dans une petite marre de liquide verdâtre, se redresse, du sang coulant lentement de ses narines, blessure due à l’arrachage du tuyau de respiration. Elle s’essuye le visage d’un revers, se redresse, peu gênée de sa nudité. Il lui tend la main, sourire aux lèvres, elle enjambe, pieds nus, les restes de la cuve, enfile le peignoir, écarte ses cheveux mouillés. Ses yeux violets se plongent dans le bleu de son vis-à-vis. « -Franck…

-         Alaïs…

-         Que t’est-il arrivé ? Où sont les autres ? Qu….

-         Calme, voyons….Reprenons depuis le début…De quoi te souviens-tu ?

-         Je me souviens des yeux d’Erwin, de la douleur dans mon ventre, du sang…Et puis plus rien…

-         C’était il y a trente ans…

-         ….

-         Oui ma douce…..Ce qui m’est arrivé ? La vieillesse, Alaïs….La vieillesse…..

-         Et les autres ?

-         Paul est mort le premier, fauché par un Lycan, pour sauver un couple idiot….Thomas a été tué par un vampire….Mickaël s’est suicidé….

-         Et Erwin ?

-         Erwin…..Il a épousé une femme, il a eu des enfants….Mais tu sais….Il vit toujours…Il n’a pas changé….C’est bien plus tard que j’ai découvert sa particularité…

-         Laquelle ?

-         ….Immortel…

-         Ange ?

-         Non

-         Démon ?

-         Non plus…

-         ….

-         Allons, souviens-toi…

-         Un….Un…..Un Immortel ?

-         Oui…Ni dieu, ni ange, ni démon….Il était, il est et sera….

-         ….. »

Elle s’appuya contre une table, serrant le peignoir contre elle. Soudainement, elle eut froid. Ainsi donc, il n’était plus que trois….que trois en vie….

« - Qu’est-il arrivé d’autre ? A la brigade….

-         Tout ce que tu redoutais est arrivé….La terre est…Est….Oh, c’est complexe à t’expliquer, mais je doute qu’il te faudra longtemps avant que tu ne retrouves tes marques…La Brigade a été démantelée, j’ai acheté les bâtiments pour une bouchée de pain et…J’en ai fait ma demeure….

-         Mais comment as-tu réussi à me…me…heu…Me….

-         Oh….J’ai acquis un certain savoir….J’ai perfectionné ce qui existait déjà….Et voilà…Mais je ne pensais pas que tu te réveillerais….

-         Si….

-         Tu devrais manger, prendre une douche et dormir….

-         Mais je n’ai…

-         Si…..Et ne t’inquiète pas, les bâtiments sont toujours en états….j’ai reconstitué un endroit qui devrais te plaire…. »

Elle le suivit, il la mena dans son appartement, qu’il avait patiemment reconstitué et modernisé. Ils dinèrent ensemble, se quittèrent comme si tout n’avait jamais été qu’un rêve. Alaïs se glissa sous la douche, laissant couler l’eau chaude, très chaud, pendant longtemps, mêlant ses larmes à l’eau. Elle sortit une nuisette en satin noir, se glissa dans ses draps et s’endormit lourdement.

 

Elle se réveilla, s’étira. Sortit des draps chauds, il était midi, elle ne se souvenait plus avoir dormit aussi longtemps depuis…Bien longtemps. Elle passa un jeans serré, un pull noir et entreprit de retrouver Franck. Arrivée en bas de l’escalier, elle se dirigea automatiquement vers le bureau principal. La porte en verre opaque et floué était toujours là, comme la dernière fois qu’elle y était venue. Derrière la porte, elle reconnut la voix et la silhouette de Franck. Mais il n’était pas seul. Une silhouette plus grande, bien plus grande, plus sombre, se tenait à ses côtés. Et la voix, une voix qu’elle reconnaîtrait entre mille, celle d’Erwin. D’un geste, elle ouvrit la porte, interrompant la conversation.

 

Elle ne s’était pas trompée, c’était bien Erwin. Il sourit, lui lança un croissant dans un geste qu’elle connaissait bien. Elle l’attrappa, posa ses yeux sur un paquet de feuilles tapées à l’ordinateur.

« - On a passé la fin de la nuit et le début de la matinée à t’écrire un résumer de ce qui s’était passé….Tu peux déjà en prendre connaissance, ou bien regarder par la verrière et voir ton monde, ou bien aller au cim…. »

Avant qu’Erwin ait terminé, elle s’était collée contre lui, après un petit bond au-dessus d’un bureau et lui avait fourré un croissant dans la bouche, grand sourire aux lèvres. Il protesta faiblement.

« - gmflplf…mpf….

-         On avisera…. »


21:06 Écrit par Miss Evergreen | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

28/11/2005

Vol de nuit (je n'aime pas ce texte -_-)

Il ne voulait pas, moi, cela ne me posait aucun problème…Que du contraire, et puis j’ai raison, Tito Los Callos ne lui aurait pas donné le Talisman du Berger, alors, autant le voler ! J’ai mis du temps avant de convaincre Franck du bien-fondé de cette opération, pourtant j’ai réussi….

 

Un mois pour préparer l’expédition, un mois pour infiltrer la propriété et le grand soir est enfin arrivé…. Les gazs soporifiques ont été diffusés dans toute la maison, les gardes dorment pour deux heures, plus qu’il n’en faut pour dérober le Talisman. Tito et sa famille sont de sortie

 

La nuit est calme, chaude, enivrante. Pendant que les techniciens informatiques s’occuppent de maîtriser les caméras et de déverouiller certaines système, je m’apprête. Etant la plus fine du groupe, c’est à moi qu’incombera la tâche de m’infilter dans le coffre-fort, enfin, la pièce d’exposition.

 

Baudrier arnaché, sanglé, vêtements noirs très très près du corps, cheveux nattés et enroulés dans du tissus serrant, rien de dépasse, me voici prête. Le mécanisme est placé sur le toit, la verrière est ouverte, je me laisse descendre, lentement….STOP, d’un geste, j’arrête tout, je ne saurais pas passer comme cela entre les lasers…On me remonte, je me couche sur le ventre et me laisse glisser la tête la première, je tend un bras pour tout arrêter…. J’enroule une jambe autour du filin, puis l’autre, les bras dans le prolongement du corps, après avoir vaporisé un révélateur, pour les lasers cachés….On descend, doucement… Il s’arrête, je suis à la bonne hauteur…

 

Taper le code, prendre le Talisman, vite, je n’ai plus beaucoup de temps, le glisser contre ma poitrine….Glisser la réplique….Et on remonte, mais tout ne se passe pas comme prévu, le Talisman me brûle attrocement…Serre les dents, ne laisse pas les larmes tomber ! Enfin remonter, on enlève le Talisman….Sur mon ventre, une étoile s’est imprimée, rouge comme le sang… Erwin applique une crème cicatrisante préparée par Franck, il a les mains chaudes, ça me fait mal….

 

Nous repartons, la douleur se calme…Quand Tito rentrera, il trouvera ses gardes endormis, mais rien d’autre….


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29/10/2005

Un peu (beaucoup) de gelée sentimentale à deux balles

Sa respiration calme contre ma peau, il dort, tout contre moi, sa main sur ma taille, je ne peux donc pas bouger sans le réveiller. Je remonte un peu la couverture, au prix de certains efforts de contorsion, sur nos deux corps. Je n’aurais pas imaginés, il y a….Mmh, mais qu’elle heure est-il, en fait ? Presque neuf heures….

 

Nous sommes rentrés vers quatre heures du matin, de la soirée de Noël du bureau, je ne voulais pas qu’il rentre dans cet état en voiture, je lui ai donc proposé de dormir à l’appart, il a accepté.

 

J’étais entrain de préparer du café (vu l’heure, je ne comptais pas dormir) quand j’ai sentit ses mains se poser sur mes hanches et son menton sur mon épaule. Je ne sais même pas pourquoi je ne l’ai pas repoussé/frappé/étranglé pour cette impudence, non, je me suis simplement contorsionnée pour finalement me retrouver avec un paquet de café à moudre et une paire de ciseaux en mains, entre ses bras.

 

Il m’a embrassée. Je n’ai même pas tenté de lui enfoncer (même de comédie) les ciseaux, ni même débattue, au contraire. Il m’a lâchée, l’air ennuyé, avec un « désolé » perdu. Je l’ai vu aller s’asseoir sur le canapé et se prendre la tête entre les mains. J’ai terminé de préparer le café, j’ai enclenché la cafetière électrique et j’ai ouvert la fenêtre.

 

Je me suis assise, la neige commençait enfin à tomber, le matin n’était même pas encore entrain de se lever. Il m’a rejoint, j’ai allumé une clope, lui aussi. On est resté ainsi, sans rien dire. Il a terminé sa clope, je lui ais sortit notre private joke favorite « fumer, c’est mal », il m’a répondu, un peu ailleurs, « C’est le mal ». Il a changé de place, j’ai étendu mes jambes, il me tournait le dos, j’ai glissé ma main entre sa nuque et son épaule. Il a posé sa main sur la mienne, je pense que je l’ai surpris.

« - Tu t’es laissée faire… 

- Oui

- Pourquoi ?

- Je sais pas…

- Tu m’aimes ?

- Peut-être…. »

 

J’ai terminé sur un ton joueur, il s’est retourné, a tenté de me chatouiller, j’ai lutté et on a continué…. Et on a fini par baiser, j’ai pas vu le temps passer, je me suis endormie, aussi, en oubliant le café… C’était chaud, sexy et tendre.

 

Mais attendons le réveil, ne nous faisons pas trop vite des illusions, maintenant qu’il a eu ce qu’il voulait, ne me lâchera t’il pas comme une vieille chaussette ? Ce ne sera pas la première fois et puis, je n’ai pas de cœur, je ne souffrirais pas….

 

Ne pas oublier le café…


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27/10/2005

Caste Alpha

J’attends depuis si longtemps, comme un papillon dans sa chrysalide, comme un oiseau en cage, cloîtrée dans ma solitude. Je n’en peux plus, je veux vivre, je n’en peux plus d’avoir pour seuls amis mes livres et ma musique….

 

Mais la sortie m’est interdite, dans notre société où tout se fait chez soi, entre Communautés, où les aristos ne côtoient plus le petit peuple que par écran d’holovision interposé, les un pour critiquer, les autres pour rêver. Je ne sais rien du monde d’en bas, moi, de la Caste Alpha.

 

Premier enfant d’une des plus riche et puissante famille de la Caste, j’ai grandis dans un cocon doré, entre les robots-précepteurs et les nurses-robots. Mes deux frères sont nés, Thomas et Valentin. Nous avons été élevés ensembles, mais avons étés séparés dés nos 15 ans, moi pour devenir une vraie « femme de l’Alpha » et eux,  des hommes, des dirigeants.

 

Pourtant, je ne suis pas comme les autres, je le sais, je le sens, je le vois. Mes parents ne m’aiment pas, car je ne partage pas leurs goûts de luxe, parce que je suis trop pâle, trop effacée, trop nocturne. J’ai des canines trop pointues, des yeux tirant trop vers le rouge violacé, trop changeants. Des cheveux trop sombres, trop « vivants ». Je suis un vampire et ce depuis que j’ai un an. Je n’en ai pas honte, eux, si…De brimade en insulte, j’ai décidé de fuir, loin, très loin.

 

Alors, j’ai écris une lettre d’adieu à Valentin, la seule personne qui m’aie jamais aimée. J’ai rassemblé des vêtements dans une valise, avec ma bibliothèque portable. J’ai volé de l’argent, sans honte et je suis partie.

 

J’ai erré pendant tant de temps….Emmagasinant des images, belles ou moins belles. Puis la nuit est arrivée et je me suis retrouvée seule. On m’a prise pour une pute, j’ai fuit. Et j’ai rencontré Lucia, une vraie prostituée, qui m’a prise sous son aile.

 

Je l’ai suivie au bordel, où j’ai été adoptée par Carmilla, la patronne et son mari, Paulo. Je suis devenue leur femme de mains, j’ai appris à tuer, à séduire, à voler. La « Fleur de Lys » est devenu un bordel de luxe, mais j’ai toujours été respectée par les filles (et les hommes). Ma chambre est sous les combles de cette maison de reconstitution victorienne, grande, sombre, elle donne sur les toits que je connais par cœur.

 

Un jour, Carmilla est entrée, embêtée, dans mon repaire. J’étais assise à califourchon sur la fenêtre, entrain de lire. Elle avait un client spécial, qui donnait beaucoup, beaucoup d’argent pour la plus belle des jeunes filles du bordel. On lui a présenté Yung Tsu Yeun, la perle d’Asie, Shirley, la douce, Taïsha, l’envoûtante Arabe et encore bien d’autre, mais il n’en a voulut aucune….Considérant tout ce qu’ils avaient fait pour moi, je suis descendue, sans me changer, gardant mes vêtements d’inspiration renaissance, mes cheveux attachés serrés…

 

Il a hoché la tête en souriant, nous sommes entrés dans une alcôve. Et je l’ai reconnu, mon jeune, mon tendre petit Valentin, devenu un débauché en mal de sensation. Ma main vint s’imprimer sur sa joue, il s’offusqua puis me reconnut. Mais cela ne l’arrêta pas pour autant, au contraire, il me viola presque. Mais peu-on parler de viol quand la victime est plus que consentante ?


20:29 Écrit par Miss Evergreen | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/10/2005

Lullaby

Notre unité n’est pas une unité de gardiennage d’ados richards, non, pas du tout…Enfin…Il arrive parfois que des exceptions se présentent…Cette exception s’appelle Lullaby Emigrantia, jeune fille de dix-huit ans, fille du sénateur Emile Emigrantia. Ce sénateur n’est ni bon, ni mauvais, mais sa fille est, malheureusement pour elle, un Avatar de Lilith. Je ne vous dis pas le nombre de créatures intéressées par la domination de cette pauvre jeune fille (du moins, tant qu’elle sera vierge, c’est un paradoxe, je sais) qui se destine à devenir vétérinaire… Toujours est-il qu’en ce jour du Bal du Chancelier, c’est à nous d’assurer sa sécurité (je suppose que c’est pour faire bonne mesure, pour bien montrer aux gens que la police est aussi efficace qu’un service de sécurité privé)…Moi et Erwin…

 

Je rumine ça depuis ce matin. Enfin….Après la douche, bien glacée, l’habillage (avec une robe excessivement chère crée pour l’occasion : noire, moulante en corsage mais assez ample à partir de la taille pour dissimuler un holster de cuisse et un couteau à cran d’arrêt aux jambes. Sans oublier l’oreillette. Une véritable espionne.

 

Bon….On attache le porte-jarretelles, un bas, puis l’autre (rien ne vaut un porte-jarretelles avec un holster de cuisse !). Je passe le holster, l’attache, glisse le cran d’arrêt dans son étui, sous le bas…Me voilà presque parée. Une légère touche de crayon noir autour des yeux, un peu de rouge sombre sur mes lèvres, on brosse une dernière fois les cheveux, une touche de parfum au creux des seins et dans le cou….

 

On klaxonne. Je descend, fauchant au passage une étole, noire comme un ciel étoilé, manque de me rétamer dans les escaliers (foutus talons !). Dehors, une superbe limousine noire, Erwin, en costard noir, cheveux brossés et attachés (pour une fois !), le bouc bien rasé, m’ouvre la portière. Je me place bien contre la porte, pour servir de protection à Lullaby. Erwin me précède, la voiture démarre.

 

Nous voici devant la maison du Sénateur. Erwin ouvre la portière à la jeune fille, elle est superbe : Une robe bleu nuit, une étole mauve foncée autour des épaules, un petit sac assortit à l’étole, une superbe parure (que je reconnais être une croix de protection crée par Paul) sertie de véritables saphirs et améthystes d’une pureté exceptionnelle, mais redoutable car étant gravée de runes puissantes. Ses cheveux blonds, mi-long, ont été coiffé en un chignon froufroutant, je ne veux pas savoir combien de tonne d’épingle et de gel/laque on a pu utiliser pour faire tenir tout cela…Très légèrement maquillée (en apparence du moins), bref, une superbe poupée Barbie qui fait baver Erwin. J’en serais presque jalouse.

 

Nous discutons un peu toutes les deux, j’ai déjà dû assurer sa protection plusieurs fois, dans des séances de shopping ou des visites diverses, parfois même en cours. La voiture roule doucement et je surprends Erwin à rêver, les yeux dans le vague de la ville qui défile.

 

Mais nous voici arrivés. Je dicte les dernières consignes de sécurité (même si elle les connaît par cœur, depuis le temps), m’assure de la présence de mon oreillette et du micro, réajuste le nœud papillon d’Erwin. Nous entrons, il me tend son bras, donnons le petit carton d’invitation au nom de « Monsieur et Madame Meyer »…Me voici donc mariée à Erwin, ce que, je pense, il n’imaginerais même pas dans ses fantasmes les plus fous. Et là, je le vois…Lui, Heinrich….Ainsi donc, il va tenter directement d’attraper la jeune fille…Je le hais….D’un petit coup de coude, je préviens Erwin.

 

La première partie de la soirée se passe bien, tout le monde discute avec tout le monde, j’essaye de paraître sociable tout en gardant un œil sur Lullaby, tandis qu’Erwin se fait draguer par un troupeau de femmes, jeunes et moins jeunes. Le buffet d’apéritif est très complet et souvent réapprovisionné, le champagne coule à flot, de nombreuses personnes sont déjà gaies, moi-même, j’ai un peu chaud, surtout là où se trouve mon holster.

 

Le dîner est servit, nous sommes (heureusement) placés à la même table que Lullaby, qui discute avec un couple de savant, lui biologiste, elle ethnologue et un éminent vétérinaire. Je garde un œil sur Heinrich, qui semble plus préoccupé par la jeune mais néanmoins superbe créature à ses côtés, sur qui il use de ses pouvoirs de séduction (ainsi que le reste de la table, en fait). Je sais que notre jeune protégée ne risque rien, avec la parure dont elle est l’écrin, mais je me méfie. Nos regards se croisent, il me sourit, dévoilant ses canines, mais de façon si discrète que je suis la seule à le voir. Je lui décoche le même sourire, carnassier..

 

Très agréable ce dîner. Mais voici l’heure de la danse et c’est là que je me méfie. Il ne peut toucher Lullaby par ses pouvoirs mentaux, mais il peut tout à fait, de manière normale, lui parler, et c’est de cela que je méfie. Une jeune homme, qu’elle semble bien connaître, l’invite à danser, je le sonde rapidement, aucun problème, il est aussi humain que moi…Non, disons qu’il est aussi humain que le gars de la sécurité (qui ressemble plus à un gorille en plus imberbe…) qui se trouve près d’une colonne.

 

Erwin danse en diagonale de Lullaby, aucun problème, il l’a tient à l’œil. Mais une main, glacée, se pose sur la mienne, et m’entraîne sur la piste. Heinrich… Ses yeux bleus, semblables à l’abîme, me fixent, il me sourit, me fait frissonner d’un plaisir quasi sexuel. J’ai beau être une chasseuse de vampire à demi vampire, il me fait quand même un minimum d’effet. La musique change, plutôt latine maintenant, il m’entraîne, les couples se retirent, car peu savent danser. Je sens le regard mi-envieux, mi-jaloux d’Erwin se poser sur ma nuque (bien que je suppute que c’est à Heinrich que s’adresse ce regard). Me voici entre les mains du Maître.

 

- Vous êtes superbe ce soir…Mais vous me semblez bien…..Raide

 

D’un coup, il me fit descendre, brusquement, je me redressai, nous continuâmes. Non, tu n’auras pas le dessus…J’enchaîne, à mon tour, violente mais sensuelle, comme l’exige la musique. Notre numéro dure un bon moment, suivant la musique entraînante, chaude, sensuelle, sauvage. Ce doit être le tango le plus excitant de toute ma carrière, j’en tremble presque. On nous applaudit, il me lâche, enfin.

 

Erwin me rejoint peu après, dans un coin. Lullaby parle gentiment avec son danseur et quelques autres personnes irréprochables. Je vois dans le regard de mon cher coéquipier qu’il est furieux. Je le laisserais faire, il tenterait de tuer Heinrich sur le champ. Ca m’arrangerais, mais bon…On doit nous prendre pour un couple entrain de s’engeuler. Je le laisse râler deux minutes et voit Heinrich inviter la jeune fille à danser, Erwin surprend mon regard et m’entraîne sur la piste, dans une valse qu’il maîtrise, c’est incroyable, excessivement bien... Nous gardons un œil sur Heinrich et Lullaby…

 

- Cette courbe contre ma cuisse….

- Mon holster de cuisse…

- Ah…

- Tu sais que tu danses bien ?

- Ma sœur m’a tout appris…

Ils sortent, et je me rappelle que les runes doivent être « rechargées »….Aïe…. J’entraîne Erwin à leur suite, fait un signe discret aux agents de la sécurité qui doivent se tenir prêts… D’un geste peu élégant mais discret, je sors mon arme, Erwin en profite pour me mimer le loup de Tex Avery. Je me déchausse, ce sera plus simple. Nous courons, j’entends Lullaby rire, nous sommes tout près….

 

Dans un coin discret du parc, Heinrich embrasse langoureusement la jeune fille, le collier est à terre. Elle semble en extase, il ne nous a pas attendu, ses crocs sont luisants et prêts à s’enfoncer dans la chair tendre de l’Avatar. L’arbalète serait trop risquée, je lui saute dessus, me servant de mon étole comme d’une muselière. Mes bras, qui ont beau être fins, sont puissants, surtout quand je laisse la part belle à ma force animale de semi-vampire. Nous tombons, Erwin réceptionne Lullaby, qu’il va confier au service de sécurité qui l’attend à la limousine.

 

J’ai perdu mes lentilles, mes yeux violets sont à découvert, mes crocs, je les sens sur mes lèvres. Nous luttons, corps à corps, j’entends plusieurs fois le bruit que fait un vêtement qui se déchire, pourtant, je n’ai pas peur, sa présence m’électrise, cette lutte nous excite….Ils semble se calmer, mais la violence est toujours de mise entre nous…mais Erwin revient, le Maître disparaît, se fondant dans la nuit… Auréolé par une sensation de désir, il a faim…

 

Je ramasse mon sac, mon arbalète, la parure et mon étole, me redresse…ma robe porte une longue déchirure qui remonte jusqu’au haut de ma cuisse, terriblement sexy mais pas convenable… Je reprends mes esprits. Erwin m’aide à ne pas tomber, je chancelle…Il me faudrait une pochette de sang, mais je n’en ai pas ici (oui, c’est un des inconvénients….je peux utiliser mes pouvoirs vampiriques, mais il faut que je me régénère en sang après…).

 

Nous sortons par le parc, hélons un taxi, il me raccompagne jusqu’à l’appart’….Son élastique à foutu le camp et il commence à pleuvoir, nous sommes trempés…je le fais rentrer, prépare du café bien fort, bien chaud, le laisse prendre une douche et vide trois pochettes de sang (je ne pensais pas avoir tant utilisé mes pouvoirs que ça)… A mon tour d’aller prendre une douche….je sais que quand je reviendrai, il se sera endormi sur le canapé et j’irais fumer, assise sur la fenêtre, portable sur les genoux et café à proximité de ma main, écrivant jusqu’à pas d’heure….


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18/09/2005

Un daim sur une route - concours DMZ

Un daim sur la route. Non, c’est pas possible, je dois rêver….En plein mois d’août, en plein désert du Nevada, sous un soleil de plomb, ce n’est pas POSSSIBLE ! Bon, on s’arrête, on se range sur le côté, on se frotte les yeux. C’est une hallu, une simple petite hallu, un mirage !...

 

Non, ce n’est pas une hallu. Il mâche et remâche tranquillement en plein milieu de la route. Non, non, attends…Il ne mâche pas…Il…Il chique ! Une grosse bulle rose vient de sortir de sa bouche. Non, je peux pas le croire. Bon. On respire, on boit un peu d’eau.

 

-« Salut 

-…. »

 

Il parle….Ce daim parle ! Non non non…. Je n’y crois pas ! Tranquille, il vient vers moi, crache son chewing-gum, d’un pas balancé, il se penche à ma portière, me demande si je vais bien. J’hésite. Je suis seule sur la route, dans une Cadillac bleu turquoise, qu’est-ce que je risque à taper la discu avec un daim parlant en plein milieu d’une autoroute ?

 

-« Oui, je vais bien, j’ai cru avoir une hallu…rassurez-moi, vous êtes, heu, réel ?

-Ouais…

-….

- Vous allez où ?

- Dixie Valley…

- C’est dans ma direction, je peux ?

-….Oui…

- Merci »

 

Il contourne la portière, tranquille, d’un pas toujours aussi chaloupé, s’installe. Je démarre. Non, je ne peux pas le croire… Je suis folle, c’est pas possible. Pour meubler le silence, j’allume la radio, du vieux rock. Il semble apprécier, bougeant la tête d’avant en arrière sur le rythme, fredonnant tranquillement.

 

Je m’arrête à une station service, il sort pisser, je l’attends, en profite pour aller acheter de quoi boire, de la bouffe et des clopes. Il sort, une tablette de chocolat dans la main… Non, attends, c’est pas possible, c’est un daim…un DAIM…Il n’a pas de main…Et bien si, là, il en a deux, plus un jeans, et pourtant, c’est bien un daim ! Bon, c’est pas grave. On repart.

 

Il s’est endormi, j’en profite pour m’allumer une clope et boire un coup. Tout à l’heure, on a partagé la tablette de chocolat, infâme soi-disant, mais soit, ça partait d’un bon principe. Il est vachement mignon, quand même. Mh…

 

Il s’est réveillé.

 

-« Je peux te chaurer une clope ?

- Ouais, tiens…

- Merci…

-….

- Tu fais quoi dans la vie ?

-…heuu….

-…Dis rien, j’crois qu’j’ai pigé…J’connais pas beacoup de nana qui se balade avec un flingue sur le côté du siège et plusieurs armes derrière….

-…Mh…Et toi ?

- Moi ? Bah….Trois fois rien….En fait, je fais rien…J’me balade, j’vais de ville en ville, j’réalise des p’tits boulots, j’me tape une ou deux gonzesses, puis j’repars.

- Han…. 

- Tu t’appelles comment ?

- Alaïs et toi ?

- Tom…’Fin, la plupart du temps, on me désigne sous « le daim sur la route »

- Bah….

- Ouais…»

 

On a continué a parler. J’lui ai raconté ma vie, il m’a raconté la sienne. Tout aussi paumé que moi, il est vachement humain pour un daim. La nuit tombe doucement et nous arrivons à Dixie Valley. On s’arrête, on va manger, il me paie le dinner, on discute encore un peu, il me file son numéro de portable, j’lui file le mien.

 

On s’embrasse, amicalement, il repart. Moi, j’ai un contrat à exécuter, ce que je fais. Puis je repars, moi aussi, direction Salt Lake City, pour prendre quelques jours de vacances.

 

Sur la route, une auto-stoppeuse, je m’arrête, elle monte, me fait remarquer que son siège sent le daim. J’hausse les épaules. Un peu plus loin, un panneau, assez stylisé ma foi, avec un daim sur une route.


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09/09/2005

Démon'z'émerveilles

Un bloc de métaplastique transparent, un liquide bleuâtre, un corps, des tuyaux. Un être, une femme, masque à oxygène sur la bouche et le nez, câbles et électrodes divers sur son corps. Nue. Les encéphalogrammes et cardiogrammes bipent, le liquide régénérant et de stase glougloute tranquillement, quelques chapelets de bulles s’échappent à intervalles réguliers du masque. Tranquillité.

 

Deux hommes en blouses blanches observent, surveillent, notent, mais ne sont pas d’accord. Doit-on la laisser vivre ? La tuer ? La laisser en stase ? La dispute est violente, les blouses blanches se battent. Vivre ou mourir ? L’un tue l’autre. Du sang. Un accident, vite le camoufler en accident… Le bon samaritain, emmène à l’infirmerie…L’odeur du sang.

 

Un œil s’ouvre. L’autre. Les machines surbipent, s’agitent. Du sang. Elle se déplie. Nue. Le masque est arraché, la vitre brisée. Alerte. Avide, elle se jette sur le sang, le lape. Erreur fatale, il aurait mieux valut la tuer.

 

On a réveillé un démon…


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20/08/2005

Reqieum for a Dream 1

Pourquoi ? Parce que la BO du film à bercé l'écriture (rapide) de ce texte)
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Un désert, quelque part.

Un nuage de poussière, un train qui émerge. Convoi de transport, mais aussi de marchandise. Explosion, la locomotive déraille, se couche, le monstre de métal s’arrête, enfin. Des hommes, masqués, prennent d’assaut le train, on rassemble les gens sur le sol, quelques blessés légers, deux presque morts, les conducteurs.

 

Un premier butin est prélevé sur les vivants, ils partent ensuite chercher le gros du magot. Les convois à bestiaux sont ouverts, une odeur de pourriture y règne, inquiétude. Des bruits, étranges, et puis le bruit sourd d’un coffre de bois qu’on ouvre. Un cri, des hurlements, d’autres bruits sourds et puis le silence.

 

On s’inquiète, les gens paniquent, ils ont raison. Par dizaine, ils ont sentis la chaire fraîche et le sang, ils ont faim. Hurlements, peaux qu’on déchiquette, corps qui se rompent, sang qui coule, bruit de mastication. Ils ont étés réveillés, plus d’issue, un bouton à été poussé, l’alerte est donné, tout ira vite.

 

Un nuage de poussière, une voiture, noire, un camion, blanc. Six humains, masque protecteur sur le visage, noirs et vêtu de cuir. Ils sont appelés en urgence, se sont les chevaliers de la dernière chance, ceux qu’on appelle quand plus rien n’est logique. Six, cinq hommes, une femme, le soleil luit sur leurs lunettes noires.

 

Elle s’approche, les invectives, elle a le Pouvoir, elle est nécromancienne, elle n’a plus peur. Ils la regardent, hésitants, elle les commande, ils la suivent, piétinant la chair, les os, la terre. Rassemblés, parqués, moutons dociles et dangereux, dans un corral d’acier bleuâtre, elle au milieu d’eux.

 

Lance-flamme en main, une langue de feu s’échappe du cône renversé, elle tourbillonne sur elle-même, arrosant de feu liquide les créatures, ils se collent aux murs comme des mouches sur du miel, et elle continue, s’enroulant dans de longues écharpes de feu, dessinant des figures qui n’ont rien à envier à celles d’une peintre moderne, art de la mort.

 

Le feu brûle, purifie, tout n’est bientôt plus que cendre, elle, au milieu, protégée par son Pouvoir, elle attend. Le corral s’ouvre, elle sort, le lance-flamme sur le dos, le tuyau encore en main. Elle remet ses lunettes sur ses yeux violets. Les techniciens du camion rangent le corral, nettoient les cendres et les enferment dans un coffre.

 

Mission de routine, les gens ne semblent pas comprendre que si un train voyage seul, dans le désert, avec une armada de flics à l’intérieur, ce n’est pas parce qu’il y a de l’argent, mais parce qu’il y a danger de mort. Mais les gens ne veulent pas voir la vérité. Les corps, enfin, les restes, et tout le travail attenant seront confiés aux flics, ils trouveront bien une raison quelconque pour l’expliquer aux lambdas. Dos à la carcasse du train et aux restes du carnage, ils repartent, le vent tourbillonnant les accompagnant de sa poussière.

 

Cinq hommes, une femme. Les cas désespérés sont pour eux, on les appelle quand plus rien n’est logique, quand le paranormal rejoint la réalité et que le danger est grand. Leurs missions sont suicidaires, mais banales pour eux. Une nécromancienne, un professeur, un inventeur, un armurier, un informaticien et un flic. Six êtres qui côtoient le paranormal chaque jour. Six êtres qui côtoient la mort chaque jour. Six êtres humains formant l’Unité d’Elite Andromède.


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06/06/2005

Dead Rallye

Minuit, quelque part sur un circuit dans le désert du Nevada,

 

Les voitures sont alignées, les moteurs ronronnent paisiblement, la foule attend, excitée et rugissante. Un à un, les feux rouges s’allument, passent au vert. Et là, rugissement des moteurs, quinze fauves lâchés qui s’éveillent et se lancent à l’assaut du circuit. Dans sa voiture, ses doigts se sont crispés sur le volant, son pied prêt à jouer sur l’accélérateur. La course est lancée, il n’y aura qu’un vainqueur, le dernier. Elle sait que c’est une course « à mort », elle sait aussi qu’elle est la seule femme au milieu d’hommes prêts à tout pour gagner. La tension est palpable, lui nouant l’estomac, mais le frisson d’adrénaline est plus fort, elle sourit, carnassière.

 

Sa voiture, dernier petit bijou de technologie, s’élance sur la piste, bousculant sans ménage les autres, jouant des coudes dans la cohue. Elle n’a plus peur. Depuis ses trois ans, elle connaît le milieu, fille d’un mécano, elle venait tout les après midi voir s’entraîner les pilotes, et tout les vendredis et samedis soir, les voir durant ces courses prohibées, où l’argent et l’alcool coulent à flot. Depuis sa plus jeune enfance, elle connaît le vocabulaire de la piste, à seize ans, elle savait déjà conduire une voiture, c’est tout naturellement qu’elle commença les DeadRallye. Oh, ce ne fut pas facile, au début, de se faire accepter, elle dû prouver deux fois plus qu’un homme, mais elle s’en fout.

 

La première pour les trucs dangereux, douée en sports de combat, oui, un vrai garçon manqué. Et tout cela pourquoi ? Cette obsession de faire mieux que les hommes, de les surpasser, d’être comme eux, pourquoi ? Mais elle chasse bien vite ses questions existentielles au fond de son esprit et se concentre sur la piste. On la talonne, le radar clignote dangereusement. Une secousse, deux, trois. On ose s’attaquer à elle, alors, d’un coup sec de volant, elle vire, les panneaux latéraux encaissent bien le choc, ils ont été conçus pour cela. Elle zigzague un peu avant de se remettre droite, fonce, monte à du 200, un œil fixé sur le radar, l’autre sur la piste. Mais on lui facilite la tâche, des voitures ont été trafiquées, par qui, elle n’en sait rien. La sienne, impossible, elle l’a vérifiée elle-même avant le tout début et de toute façon, elle fait partie de la meilleur écurie au niveau sécurité, la voiture est gardée et elle seule, ainsi que le patron de l’écurie, possède la clé de contact et le code permettant de la déverrouiller.

 

Elle ne sait rien du « Boss », juste qu’il est très puissant, qu’il veut gagner et qu’il paye bien, le reste, elle s’en fout. Elle s’en fout de gagner dans le sang, tout ce qu’elle veut, c’est gagner, pour que son père soit fière d’elle. Elle accélère, monte à 250. Son « jockey », qui la guide via une oreillette, lui indique qu’ils ne sont plus que deux. Ce sera dur, très dur, il la talonne.

 

Les deux voitures sont l’une à côté de l’autre, l’un noire zébrée d’éclairs argentés, la sienne, et l’autre, rouge et orange. Les voitures se tamponnent, des étincelles fusent, la ligne de départ est proche, et un seul doit gagner. Soudain, elle sent le choc, énorme, il a prit de l’élan pour l’envoyer dans le fossé, elle vire et revient derrière lui. Son jockey lui dit d’arrêter, de laisse tomber, deuxième, ce n’est pas si mal, mais elle s’en fout. Il a osé. Elle monte encore plus haut, reviens à sa hauteur, en 290, le moteur peut dangereusement surchauffer, mais ça ne compte pas. La vitre vole en éclat, une douleur lui transperce l’épaule, une balle. La voici à 300, elle le dépasse et vire soudainement, l’envoie dans le fossé, enfin elle espère. Mais il revient, bien trop vite à son goût. Une douleur atroce lui brûle l’épaule, ses yeux se brouillent, un second éclair de douleur lui vrille la jambe. Mais la voici qui passe la ligne, enfin, après un dernier tamponnement. Elle laisse le pilote automatique diminuer la vitesse et sombre doucement dans l’inconscience. Il lui semble voir, derrière l’écran flou de ses larmes, des gens tenter de la sortir, elle entend, comme à travers un oreiller, que sa voiture est en feux.

 

Mais elle s’en fout, elle a gagné.


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15/04/2005

L'esprit des corbeaux [Inspired by the clip of "fuck them all" - Mylène Farmer]

« Tue l’esprit des corbeaux et tu seras enfin libre, pars, pars, toujours vers le nord, toujours plus loin, jusqu’aux plaines vides, et tue, tue… »

Les paroles de l’Oracle tournent, tournent, telle une rengaine, dans ma tête, me donnant la force de surmonter la douleur, la peur et le chemin. Je ne sais même plus pour qu’elle raison je fuis, de qui ou de quoi j’ai peur, tout ce que je sais, c’est ce que ma dit l’Oracle.

 

Alors, j’ai marché, ne m’arrêtant que pour me reposer, avec toujours cette peur au ventre et cette douleur qui semble parcourir mon corps, comme un électrochoc me rappelant que je ne dois pas m’arrêter trop longtemps. Je suis allée vers le nord, sans jamais renoncer, j’ai rencontré beaucoup de gens, bon et mauvais. J’ai marché et suis arrivée ici, dans les plaines d’Immaculata, la Plaine Des Neiges Eternelles, là où tout est abandonné, où la neige à tout recouvert, les plaines vides…

 

Ici, tout est recouvert de neige, les gens ont fuis depuis bien des années, parlant d’un mal étrange, d’un hiver infini, de gens congelés, d’animaux pris dans la glace tout en étant encore vivant, endurant lentement le supplice de la faim et de la soif, comme certains êtres humains imprudent. Alors ils sont partis, loin, le plus loin possible, abandonnant tout, n’emportant que le nécessaire.

 

Je suis arrivée face à un énorme hangar, une usine, peut-être ? Un corbeau croassa, me faisant frissonner. J’ai entendu des bruits, comme des bruits de chaînes, je me suis avancée, sur mes gardes, vers la source du bruit. Une cage, de fer rouillé. A l’intérieur ? Moi, prisonnière, captive, aux vêtements déchirés, aux cheveux coupés à la garçonne, aux yeux angoissés, des coups et des plaies sur mon corps. Mais Est-ce que ça peut-être mon corps, si je suis ici et là ? Une plaie sale déchirait sa joue, des chaînes retenaient ses mains, lourdes, longues. Et ce regard, mon regard, fou, angoissé, triste.

 

Alors j’ai ramassé une pierre, l’ai jetée en direction d’une vitre sale, qui vola en éclat. Je suis sortie par là, guidée par une impulsion inconnue. Un corps, étendu, recouvert d’une couverture face à moi. Je me suis accroupie, j’ai soulevé la couverture et je me suis apparue, froide, les yeux grands ouverts, comme saisie par la mort. Je me suis fermée les yeux, me suis relevée. Que faire ?

 

J’ai plongé la main sur le côté du cadavre, en ai ressortit une épée, un sabre, même. La lame, affûtée comme me confirma le sang qui perla de la paume de ma main que je passai dessus pour m’en assurer, et brillante au soleil, comme si elle n’avait attendu que moi. J’ai couru, poursuivie par des corbeaux. Un grand champ s’étendait face à moi, planté d’épouvantails aux masques blancs, masques d’oiseaux stylisés, vêtus de haillons noirs, comme tant et tant de sépultures. J’ai tranché, coupé, déchiqueté les épouvantails, l’un après l’autre, avec une haine qui me fit peur. Etais-ce bien moi ? Un sang noir perlait, gouttait, jaillissait, me colorant le visage, ma lame, la neige, de noir rougeâtre. Et les épouvantails semblaient fondre sur place, en une masse noirâtre qui devenait corbeau, que je tuais à son tour. Quand le dernier fut exterminé, un bruit d’écrasement ce fit entendre, comme un corps broyé par de lourdes plaques de fer. Je n’ose imaginer ce que fut le destin de mon autre moi.

 

Un grand calme s’est emparé de moi, comme une pluie salvatrice sur les décombres fumants d’un incendie. Un vent se mit à souffler. J’écartai les bras, me disloquant lentement, comme un million, un milliard, plus encore, de petites bulles. Et dans ma tête, une voix…

« Enfin libre… »


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16/03/2005

Un trait de khôl noir

Un trait de khôl noir pour noircir le regard et l’intensifier, la pose d’une lentille verte acide pour masquer l’œil violet, un trait de rouge à lèvre sang posé au pinceau pour provoquer. Un peu de parfum dans le décolleté discret mais plongeant, derrière les oreilles et au creux du cou. Robe longue enfilée, corset lacé, porte-jarretelles attaché, épine de Shiva dissimulée le long de la cuisse. Dernière vérification dans le miroir. Alaïs sort ce soir. Alaïs tuera ce soir.

 

J’ai un contrat, ou plutôt, j’en ai cinq. Mais ils sont faciles, et bien payés. Deux par empoisonnement, les autres, on verra bien, mais j’ai ma petite idée. Une voiture m’attend en bas. J’enfile mon long manteau noir, attrape mon sac et sort, verrouillant la porte.

 

Ma surprise est de taille. Une superbe limousine noire, la carrosserie datant des années 1940 – si loin pour nous, habitants humains de Terra Prima en 3005 ! – le chauffeur m’ouvre la porte, c’est un humano-BOT, dommage, il est plutôt pas mal. Je m’enfonce dans le cuir des coussins et regarde les lumières de la ville défiler. Nous survolons les Anneaux qui s’enfonce de plus en plus bas dans le centre de la terre.

 

Nous voici arrivés. Le chauffeur m’ouvre la portière, je descend et gravis les escaliers, présente mon carton et il m’ouvre la porte. La salle est illuminée. Grande, lumineuse, des tables sont disposées un peu partout, parfaitement dressées, un buffet est disposé et souvent réapprovisionné le long d’un des murs, tandis qu’un orchestre met un petit peu d’ambiance, mêlant la musique aux conversations. Quelques couples virevoltent déjà au milieu des robots, terriens et autres extraterrestres.

 

Je reconnais celui qui m’a engagée, il s’approche et me tend une coupe de champagne, me présentant à mes futures victimes. Le dîner commence, je me lie très vite d’amitié feinte avec mes deux premières victimes. Les empoisonnes discrètement, elles ne souffriront pas trop. La première se lève, prétextant un besoin pressant, la deuxième la suit, allant prendre un peu l’air, ne digérant sans doute pas bien la soupe si épicée et le vin blanc. On retrouvera les corps le lendemain matin, en les croyant endormis puis mort par une trop forte absorption de drogue ou d’alcool ou des deux.

 

La soirée continue, doucement. Nous arrivons à la fin. Mes quatre lascars m‘emmènent dans un salon privé. Coussins, tapis moelleux, champagne et boisson alcoolisée à volonté. Evidemment, je sais que je vais passer à la casserole. Pour trois d’entre eux, ils mourront avant, pour le quatrième….je me laisserais bien tenter. Nous parlons, ils pensent me saouler, ils se trompent. Je joue ma petite pétasse, ils commencent à jouer avec moi. Me titillent, me caressent. Je rentre dans leur jeu. L’un va chercher une autre bouteille de ce si délicieux champagne, l’autre enlève sa veste de smoking parce qu’il a trop chaud. Vieux pervers attirés par les jeunes filles. Seul mon commanditaire reste à l’écart, jouant le rôle d’un voyeur et, surtout, d’un allié discret. Il sait que je le tuerais s’il me fait chanter ou tente de m’impressionner.

 

Je me laisse faire. Ils ouvre mon corset, jouent avec mes seins. Je feins le plaisir. L’un s’aventure sous ma robe, je le laisse faire. Me voici nue devant eux. Ils me tripotent, me touchent, m’investissent. Doucement, je fais glisser l’épine de Shiva le long de mon flanc, l’un se branle déjà sur moi. Pervers. Je me redresse brusquement et le premier coup est pour lui. En plein dans le cœur, il tombe, le sexe en érection, statue du plaisir phallique. Je me rue sur le deuxième, le tue de la même façon. Le troisième résiste, mais je le tue aussi.

 

Je me redresse, rangeant mon épine de Shiva dans son fin fourreau et avance vers mon commanditaire. Il écrase sa cigarette, me tend la main et m’attire contre lui. La cinquantaine, cheveux gris et long, deux yeux verts d’eau qui me scrutent et semblent lire en moi, même si ce n’est pas possible. Grand, au moins deux mètres et très mince, habillé en noir. Je fais sauter un a un les boutons de sa chemise, glisse mes mains dans son dos, le griffe légèrement. Il mordille ma nuque, me soulève contre lui, me couche sur les coussins, nous nous embrassons, passionnément.  Cette nuit, je la passe avec lui.

 

Une nuit, mais pas toute la vie car je ne peux m’attacher. Je suis Alaïs, je suis la Vèga Némésis. Je suis l’H2(SO4). Et l’on ne peut passer plus qu’une nuit avec une veuve noire.


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Cavale

Ne pas se retourner, courir, toujours. Tenter de se cacher pour souffler. Plus de nuit, plus de jour, plus de sommeil, juste l’angoisse de se faire attraper. Ne plus faire confiance en personne, se méfier de tout. N’être même plus sûr de soi, tel est mon destin de fugitive. Pourquoi ? Par qui ? Je ne le sais même plus. Je cours, toujours, avec l’espoir de pouvoir un jour m’arrêter pour de bon.

 

Me voici arrivée dans un cimetière. Nous allons pouvoir jouer. Je me glisse derrière un monument aux morts et observe. ILS ne tardent pas à arriver. Une voiture noire s’arrête devant la grille, deux hommes et deux femmes en descendent. Une jeune femme est vêtue d’un long manteau noir et porte des lunettes noires, seuls ses cheveux roux donnent une touche vivante à l’ensemble. Les trois autres personnes sont vêtues d’un costume cravate noir avec une chemise blanche. Ils ont une arme à la main. Ils s’élancent à ma poursuite. La rousse allume une cigarette et attend tranquillement, adossée à la voiture, dont les phares trouent la nuit, seule source de lumière avec la lune, pleine, qui distille ses rayons, soleil de la nuit, je vois très bien dans le noir.

 

Je sors mon arme, un calibre moyen avec lequel je suis sûr de tuer tout en ayant une excellente précision. Je n’ai pas mon fusil à charge plasmatique, c’est dommage, mais j’ai dû le mettre en sécurité. Je me glisse lentement sur le côté, longeant le mur jusqu’aux premières tombes. Une rafale de balles me surprend. Je tire un peu à l’aveuglette. Au cri, je pense que j’ai dû en toucher un. Je me glisse entre une tombe d’enfant, une petite fille morte à trois ans, et un caveau. Je prend mon temps et vise. Une longue chevelure blonde apparaît dans mon viseur. Je n’hésite pas et tire, elle s’écroule, l’arme à la main.

 

Ses compagnons se relèvent. Je me relève à mon tour car ils m’ont repérée. J’essaye d’éviter les balles, elles sifflent autour de moi. Ils se rapprochent, je tire, en abat un. Je recommence à courir, enjambe le cadavre de la jeune blonde et vide mon chargeur en direction de mon poursuivant. Je récupère l’arme de la jeune femme et trois chargeurs. Je me glisse dans la remise du fossoyeur. Je fais le tour, à la recherche d’une autre arme. Dans un coin, un lance-flamme. Je ne me pose même pas la question de sa présence dans une cabane de fossoyeur. La porte s’ouvre en grand, je me retourne et tire, il s’écroule, mort. Quelle chance ! Mais c’est trop facile.

 

Je sors le lance-flamme, il est en très bon état, quoiqu’un peu couvert de poussière. Les réservoirs sont pleins, un miracle. Je sors prudemment et fouille le corps, trouvant deux chargeurs. Ils vont rejoindre les autres dans une poche de mon manteau. Je me redresse et sens une vive douleur dans le dos. Je me retourne. La rousse est face à moi, un silencieux dans la main. Je porte ma main à mon dos. Je saigne. Pourtant, je n’ai plus mal. Elle tire, les balles me transpercent, mais je ne sens qu’une douleur vive quand elles me pénètrent. Le chargeur claque à vide. Je sors mon arme et la descend, sans autre état d’âme. Elle me fixe, dans ses yeux verts qu’on quitté les lunettes noires, une lueur non pas de peur, mais de fatalité.

 

Je ramasse les corps et les glissent dans leur automobile. Je monte à mon tour et la fais démarrer. Le lance-flamme est dans le coffre, j’ai récupéré tout ce que je pouvais dans mon sac. Je m’arrête dans un désert, sort mes affaires et allume le lance-flamme. Je brûle les cadavres, qui serviront de combustibles, puis mets le feu au moteur. La carcasse s’embrase et soudainement explose. Pourtant, je suis ici à des centaines de kilomètres de toute habitation, je ne risque rien. Alors, j’attends et je regarde le feu monter vers le firmament pour brûler les étoiles. Des picotements se sont fait sentir dans mon dos. J’ai mal, si mal. Je tombe, rencontre le sable en pleurant. Dieu que ça fait mal, est-ce que je vais crever ? Je m’évanouis.

 

J’ouvre les yeux, doucement. Je ne suis pas morte. Je me redresse et pourtant vacille sous un poids. Deux grandes ailes, dont les plumes noires ondulent mollement au vent m’ont poussée, en une heure, si ma montre ne me ment pas. Un cheval gratte le sable d’un sabot impatient. Il est lui aussi noir, aux yeux rouges, comme moi. Je ramasse mon sac, laissant le lance-flamme là, vide, sans aucune empreinte digitale. Je m’approche du cheval, il hennit et courbe l’encolure à mon approche. Je prends mon élan et le monte, sans difficulté. Je regarde autour de moi, tout est si calme.

 

Je sais qui je suis, maintenant. Je sais pourquoi on me courait après, je sais aussi quel est mon terrible pouvoir. Je suis la fille d’Abaddon, l’Ange de l’Abîme. Je suis venue annoncer la venue de mon père sur terre. J’annonce l’Apocalypse.


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27/02/2005

Pilote des Nations

Trois heures du matin, la salle de briefing est presque vide, juste cinq pilotes écoutaient, dans un silence quasi religieux, le général Lewis. La mission est expliquée, les directives sont enregistrées, les montres synchronisées. Les mines sont graves. Ce serait une mission quasi suicide si les pilotes n’étaient pas expérimentés, mais ici, c’est l’élite de la flotte des Nations.

 

Katianna O’Brienly, irlandaise qui a grandit en Nouvelle-Zélande, jeune feu follet au visage grave et fin, d’une pâleur cadavérique et aux yeux d’émeraude. Fine et intelligente, secrète et réservée. Michaël Connor, anglais pur et dur, flegmatique et calme, la trentaine, grand et musclé, les yeux bleus délavés par une jeunesse un peu triste. Yiang Su Hi, l’asiatique souriant, toujours de bonne humeur, aux cheveux indomptables, même avec trois tonnes de gel, fin mais grand. Paul Hernstein, l’allemand aux yeux bruns et aux cheveux bruns, grand, fin et musclé, le regard un peu triste et les cheveux toujours soigneusement attachés. Et enfin Nathanaël, le français fougueux aux yeux gris un peu tristes mais plein d’entrain, toujours partant pour une mission, qu’elle quelle soit.

 

Ils sont cinq, cinq surdoués, cinq espoirs des Nations, mais aussi cinq hommes et femmes qui ont choisit de donner leur vie pour les Nations. Le visage grave, ils sortent, pour peut-être passer leurs dernières heures sur terre. Le départ est prévu pour six heure, mais la mission doit rester secrète. Pourtant, personne à bord de l’Evanger n’est dupe. L’information s’est vite répandue : les radars ont repérés plusieurs Espions ainsi que divers vaisseaux de guerre. L’attaque est imminente.

 

Nathanaël, d’un pas égal, se dirige vers le mess, avec le but de faire la fête jusqu'à six heure, sans alcool bien sûr. Yiang, lui, prépare trois heures de méditation intensive. Paul, lui, écrit, remet ses notes et ses affaires en ordres pour ensuite s’envoler dans la rêverie. Michaël écoute de la musique, enfermé dans sa cabine et peint. Katianna, elle se balade sur le pont, ses affaires étant en ordre depuis bien longtemps, étant toujours prête à partir vers la mort.

 

Six heure du matin. Les cinq passerelles de lancement du pont avant de l’Evanger se lève doucement, remontant les StarFire, les Etoiles de Feu, les fleurons de la flotte de guerre des Nations. Les cinq pilotes sont à côté de leurs engins, montant doucement. Ils saluèrent d’un geste sec leurs supérieurs et montèrent dans leurs StarFire. Nathanaël se signa, Paul écrasa une larme, Yiang fit un signe à Chay, son amour secret, comme si ce n’était qu’une banale mission de ravitaillement, Michaël et Katianna, eux, restèrent stoïques et regardèrent vers le ciel.

 

Les passerelles de lancements se dressèrent lentement, les connexions radios sont établies. Le sas de sortie s’ouvre lentement, rompant le silence mortel qui règne sur la piste. Dans un bruit de réacteur, Katianna s’élance la première, suivie par Paul, Yiang, Nathanaël et Michaël, laissant une trace orangée dans le ciel.

 

Les StarFire se placèrent l’un en dessous de l’autre, volant en rythme lent pour ne pas gaspiller trop de carburant. Yiang, Nathanaël et Michaël blaguent par infraonde interposé. Seul Paul et Katianna se taisent. Soudain, la voix de Neil, l’œil de Katianna, résonné dans le cockpit.

« Kate…. Ils arrivent…Ils sont en 25 nord et 45 ouest….Over

-Bien reçu, Neil….je transmet…Over »

Elle enclencha son oreillette et un brouhaha crachotant se fit entendre.

«  Kate à Mick, Yi, Paul et Nath… Vous me recevez ?

- Yes, Katie, répondirent quatre voix soudain graves et silencieuses.

- Mes radars ont repérés trois vaisseaux en vingt-cinq nord et quarante-cinq ouest…

- Trois ? S’écria Yiang, mais on va les avoirs sans problème !

- Si j’étais toi, je ne crierais pas victoire trop vie

- Tu sais que c’est comme cela qu’on perd une guerre, Paul….

- AH ! Please, c’est pas le moment ! Répondit Michaël »

Un silence crachotant prit doucement la place des voix. On entend juste les respirations des cinq pilotes, tendues. Et soudain, la voix de Nathanaël se fit entendre.

« Les….Les Etoiles d’Argent et le Baron…Ce sont…Ce sont eux…On est foutu ! »

Il venait d’apercevoir le fleuron de la flotte d’Hamkar, les trois Indestructibles, ceux à qui personne n’avait jamais pu échapper.

 

Katianna Alluma sa radio de liaison.

« Neil….Préviens l’état-major…Nous….Nous sommes en face des Flèches et du Baron…

- Oh my god…. Katie…

- Dis-leur que je prends les commandes

- Bien…

- Neil… merci d’avoir été mon Œil pendant ces trois ans… Merci d’avoir été mon grand-père…Merci….Tu vas me manquer…

- Toi aussi, Katie….Over ?

- Over ! »

Elle coupa sa radio de liaison. La mission était peut-être vouée à l’échec, mais elle ne pouvait abandonner.

« Boys…On se place en formation de croix…

- Yes !

- Paul, en arrière, Mick, bas, Yiang, haut et Nath, centre !

- Yes Katie ! »

La formation s’avança lentement. Les deux Flèches se décalèrent et tirèrent.

« On vire ! »

La formation se plaça verticalement et les quatre missiles allèrent s’écraser contre un astéroïde qui vola en morceaux, endommageant fortement l’arrière du StarFire de Yiang qui tangua. Il tira, ainsi que Michaël, un AZ249. Les deux missiles endommagèrent les Flèches, mais pas assez pour les déstabiliser. Elles ripostèrent en envoyant deux missiles PE549, les terribles missiles à plasma électromagnétique. Katianna vit le StarFire de Yiang imploser puis exploser, dans une boule de feu, suivie de près par celui de Michaël. Elle entendit une explosion dans son oreillette ainsi que les hurlements de ses deux compagnons. Elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Les deux autres StarFire se placèrent à ses côtés. Les yeux de ses compagnons brillant étrangement.

 

Trois traînées rouges orange s’élancèrent vers les Flèches. Une seule fut touchée, mais par les trois missiles. Elle explosa violement, déstabilisant l’autre. Soudain, un cri se fit entendre, suivit par une explosion. Nathanaël venait de se faire toucher, par le Baron. Elle vit l’Alkaline prendre la place de Nathanaël. A son bord, une jeune femme aux cheveux noirs qui lui lança un regard triste. Elle ne semblait pas si vieille que ça, au contraire... Si jeune et déjà une machine à tuer….Comme elle. Les deux jeunes femmes s’observèrent quelques minutes, puis Katianna vira violement contre l’Alkaline, avant de descendre en piquer. Elle se plaça ensuite au dessus de la Flèche d’Argent restante et laissa tomber une bombe à impact, qui explosa, endommageant son aileron.

 

Paul vint se placer à ses côtés. Commença alors une série d’attaques des deux parties, de chocs entre les vaisseaux et d’étincelles de métal. Ils étaient tous les trois blessés, mais le combat continuait toujours. Paul et Kate larguèrent leurs derniers missiles, qui s’écrasèrent sur l’Alkaline. Ils virent l’oiseau de métal s’écraser contre un astéroïde et exploser. C’était fini.

 

Le sas de l’Evanger s’ouvrit. Les deux StarFire se posèrent sur leurs passerelles respectives. Un médecin et son unité attendent sur la piste. Les réacteurs s’éteignent, doucement. Les vitres des cockpits se relèvent et les deux rescapés sortirent, le visage empreint d’une tristesse indicible. Katianna, silencieuse, se laissa soigner. Ce n’est que plusieurs jours plus tard, après avoir reçu les honneurs militaires et avoir assisté aux « funérailles » de Yiang, Michaël et Nathanaël, ce n’est que bien après ça qu’elle laissa enfin éclater son chagrin.

 

Pendant trois ans, ils avaient combattus et s’étaient entraînés, ensemble. Ils avaient appris à se connaître, à s’apprécier, à vivre ensembles. Ils étaient soudés comme les cinq doigts de la main. Et maintenant, cette main est amputée de trois de ses membres.

 

Elle était allée voir leurs tombes, vides de corps, monuments à la gloire de fantômes qui seront bientôt oubliés du monde, stèle en mémoire de jeunes héros injustement disparus dans une guerre qui n’était que pour l’argent et le pouvoir. Et elle avait éclaté en sanglot, pour ses amis, ses frères. Elle avait sentit deux mains se poser sur ses hanches et la détourner des tombes. Elle avait sentit le tissu d’une chemise contre ses mains et vu à travers ses larmes, sa couleur, noire. Elle avait reconnu l’odeur de celui qui la berçait tendrement entre ses bras. C’était Paul.

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06/01/2005

Cabaret Trois Fleurs

"Bienvenue au Cabaret Trois Fleurs, cabaret des vices et des délices, temple des plaisirs. Sexe, drogues, alcool, tout est ici pour votre plaisir, qui que vous soyez !"

 

Proclame l'affiche sous verres, enfin, si vous arrivez à distinguer l'écriture vieillotte sous la crasse du verre, premier défi en soi. Le reste de l'astéroïde est à l'image de l'affiche : sale, vieillot, désuet, vestiges d'un passé glorieux et baroque maintenant disparu. Champs de ruines.

 

Du temps de sa splendeur, le Cabaret Trois Fleurs s'étendait partout à l'intérieur de l'astéroïde. Un chapiteau de cirque cachait les installations principales, tandis que, disséminés tout autour, de plus petits chapiteaux, des roulottes et des palais, des piscines, des jardins, des animaux... le tout baignant dans l'univers baroque des cirques de 1900, des cabarets parisiens, des fêtes en Bohême.... Des filles (et des hommes !), pour tous les goûts, de toutes les origines, jamais farouches, ou alors de comédie. Il avait ses stars, mais aussi son Cabinet des Horreurs, privé mais si facilement accessible quand on avait de l'argent...

 

Du temps de sa splendeur, les gens les plus en vues, les plus fortunés venaient s'y divertir, organisant des fêtes privées, s'y amusants, se dévergondant, mais l'époque n'y était-elle pas pour quelque chose ? Epoque bénie où les Aristos allaient s'encanailler dans l'Anneau Rouge, où la drogue était en vente libre. Où tout le monde ne vivait que pour le plaisir, ne reniant jamais ses instincts les plus bestiaux.

 

Et maintenant ? Du cabaret magnifique ne reste plus que le Grand Chapiteau, en mauvais état, entouré par la jungle des jardins redevenus sauvage, s'épanouissants sur et parmis les décombres. Des nombreux employés du cabaret, il n'en reste presque plus rien. Des nombreuses stars du cabaret, de ses horreurs vivantes, presque plus rien non plus. Morts, pour la plupart.

 

Pourtant, le Cabaret Trois Fleurs n'est pas si mort que cela. Quelques prostituées se vendent encore aux routiers de l'espace, malgré leurs rides. Le bar est toujours ouvert, mais si peu fréquenté. Aux murs, les affiches vieillottes ne font que renforcer le sentiment de mélancolie désuète qui s'échappe du lieu. Où devrais-je dire du cimetière ?

 

Dans cet astéroïde fantôme, pourtant, le rêve et la magie ne se sont pas encore en allés. Dans la Grande Salle, la salle de spectacle, là où se produisait les plus belles stars du Cabaret, une vieille dame était assise là où, des années avant, elle avait chanté pour la première fois. Elle passa une main ridée et pâle sur une affiche aux couleurs passées.

 

"Lili Sainte Fleur, la chanteuse acrobate, l'ange de feu, ici, au Cabaret Trois Fleurs"

 

Proclamait l'affiche. Une jeune femme y était représentée, assise sur un trapèze, de ses mains sortent des flammes, ses cheveux noirs semblent briller et ses yeux bleus sont rieurs. Et un sourire éclaire le visage de la vieille dame. Elle se souvient....

 

....Elle se rappelle son enfance, dans un lugubre vaisseau-orphelinat, l'éducation stricte qui l'ennuyait tellement.  Elle se souvient de sa fugue, puis de son arrivée au Cabaret, où sa voix d'ange l'avait menée. Elle se revoit encore monter pour la première fois sur les planches et chanter, danser....Et les applaudissements, et les vivas du public. Elle se souvient de son numéro, où, assise sur un trapèze, elle chantait et jouait avec le feu. Elle se souvient de son premier homme, des douceurs de l'acte et de la douleur de l'abandon.

 

Elle se rappelle aussi de sa loge, souvent remplie de fleurs et de présents que Sam, le jeune garçon à tout faire, venait lui apporter. Elle se souvient aussi des hommes, multiples, qui ont partagés sa vie, car elle était chanteuse, mais n'en demeurait pas moins putain, fut-ce de luxe. L'amour était un sentiment oublié, et l'est toujours, on n'aimait pas pour aimer, on n'aimait que pour avoir du plaisir. Elle avait connu le plaisir, la richesse, la gloire, la beauté et connaissait maintenant la tristesse de l'oubli, le voile de la mélancolie et le désespoir de la vieillesse.

 

Alors, doucement, elle s'assied sur la scène et chante, chante la chanson qui fit sa renommée, la chanson de la femme de marin qui pars rejoindre son mari, mort. Elle chante et ne se voit pas mourir. La vieille dame aux cheveux longs, blancs comme la neige, à la peau encore si pâle et aux yeux encore si vifs. La vieille dame à la voix d'ange. L'ange de Feu. Lili Sainte Fleur, doucement se meurt et s'éteint, là ou elle avait éclos, sur la scène du Cabaret Trois Fleurs....


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27/12/2004

Hippocampes

« Papy, dis, d’où ils viennent les hippocampes, hein, dis ? 

- Houlà, ma Juju, c’est une longue histoire, viens t’asseoir sur mes genoux et écoutes bien cette histoire :

 

Il y a très longtemps, sur une île quelque part près de la Grèce, vivait un clan de centaures et plusieurs hardes de chevaux. La règle des clans étaient claire : vivre en paix avec la Nature.

 

Le chef des centaures, Eménos, avait trois fils et une fille, Cenya. Elle était d’une grande beauté, peu commune aux peuples grecs, car elle avait de longs cheveux blonds très clairs, des yeux bleus comme la mer, la peau pâle comme le lait et sa robe grise comme le début de l’aurore. Tous voyaient en elle une incarnation de Vénus, mais tous savaient que sa mère était le douce et tendre Calyssse, aux cheveux d’ébènes maintenant striés de fin fils d’argents, aux yeux verts d’eau et à la robe blanche. Cenya était sauvage et solitaire comme sa mère était douce et tendre. Elle aimait à vagabonder seule dans l’île, et en connaissait tous les recoins. Un jour qu’elle se baignait dans l’onde d’une cascade, Cenya vit un bel étalon noir à la crinière d’argent s’abreuver, mais n’osa l’aborder, de peur que l’on l’a punisse. Chaque fois qu’elle venait se baigner, elle voyait le jeune étalon venir s’abreuver.

 

Taraos, car il se nommait comme cela, était fils de Callya, jument régente d’un harde vivant près de la mer, sur les falaises herbeuses et balayées par les vents du littoral. Il avait une robe noire comme la nuit, des crins d’argents et des yeux d’un vert émeraude, c’était, somme toute, le plus beau mâle des hardes vivant sur les falaises. Il avait bon caractère, mais était il est vrais, assez fougueux, supportant mal certaines règles de sa harde. Un jour, à force de voir le jolie jeune centaure venir se baigner dans la cascade où il avait l’habitude de venir s’abreuver, il décida d’engager une conversation. Peut-être pourrais t’il s’en faire une amie, qui sait ?

 

Cenya fut un peu méfiante au début, puis, progressivement, de plus en plus confiante. Taraos et elle s’entendait plutôt bien, et leurs parents respectifs semblaient être plutôt d’accord avec cette entente. Pourtant, le cycle de la vie, lui, ne s’arrête jamais et les filles deviennent femmes et les garçons deviennent hommes, Cenya devenant femme et Taraos, étalon. Tous deux, maintenant, se voyaient d’un autre œil, celui que l’on appelle Amour ou Désir. Un soir, alors que l’île dormait, nos deux adolescents s’aimèrent en cachette et s’échangèrent des serments d’amour immortel. Ils se quittèrent à l’aube, se promettant de ne rien dire à leur clan respectif.

 

Leur secret ne fut malheureusement pas gardé longtemps, Cenya étant enceinte. Elle fut obligée de quitter son clan, s’enfonçant dans la forêt. Taraos la chercha partout, sans jamais la retrouver, et, épuisé par les recherches et le chagrin, vint se laisser mourir au bord de la cascade où il avait rencontré Cenya. Cenya, elle, mit au monde Chalypde, petite jument grise aux yeux couleur de nuages. Elle mourut peu de temps après. Chalypde, encore jeune, vint chercher asile dans le clan de sa mère, qui la chassa, puis, dans la harde de son père, qui la renia. Complètement désespérée, elle décida de se noyer, pour rejoindre ses parents. Elle galopa furieusement dans l’eau, s’enfonçant profondément, puis, se coucha et ferma les yeux, prête à mourir. Mais les Ondines ne l’entendait pas comme cela. Emues par cette histoire que leur avait raconté Eménos, père de Cenya et grand-père de Chalypde, dans un moment de regret arrosé de vin, elles décidèrent de faire de Chalypde un être des eaux. Pour cela, elle muèrent sa peau en écailles et transformèrent son corps, jusqu’au tronc, en une queue de poisson, enroulée sur elle-même. Les Ondines lui parèrent le corps de couleurs chatoyantes, et lui offrirent le don de porter chance, chance qu’elle n’avait pas eu, mais que, maintenant, elle pouvait offrir.

 

- Dis, Papy, c’est bien vrai ton histoire ? 

- Mais oui, Juliette, on appelle cela de la Mythologie, si tu veux, un de ces jours, je te raconterais comment sont née les sirènes. »

18:49 Écrit par Miss Evergreen | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Génétical Love

3ème sous-sol de Génétia, bureau 36ZS.

 

« Frédéric, tu peux aller chercher au 20DT le dossier AZS-599 ? Je dois examiner la demande du couple Farnier. Tu peux me l’apporter ? Et tu pourrais aussi porter les dossiers du bac vert chez Fasir, du bureau 8AFE ? Et me ramener une tasse le café par la même occasion, merci, tu es gentil. » Comme d’habitude, Fred fera ce que lui ordonne le Dr Isabelle Fancotinno, sa chef de bureau, étant le petit nouveau du service, et n’ayant pas encore de tâche précise définie. Frédéric Hassenstein, 23 ans, diplômé avec mention spéciale de l’Université de Hambourg en biogénétique venait effectivement d’être engagé pour une période indéterminée comme « stagiaire », mais servant plutôt d’employé bouche-trou que de stagiaire.

 

Le couloir était morne et sentait cette perpétuelle odeur d’hôpital, ce qui est un peu normal pour un orphelinat génétique. Ici, les couples ne sachant pas avoir d’enfants, les personnes seules, malades ou vieilles pouvaient en avoir de la compagnie dans leur triste vie, grâce aux miracles de la génétique et au pouvoir de l’argent. Frédéric avait déjà vu les matrices, capsules géantes remplies de liquide amitotique artificiel, dans lequel se développaient et vivaient les enfants ou adultes jusqu’à leur « naissance », mais il n’avait jamais eu le droit d’y toucher, bien que ses études faisaient de lui un futur « créateur de compagnie ».

 

« Mince, je me suis encore perdu...Je vais me faire hurler dessus...Bon, calme et méthode...Essayons de nous repérer » Comme d’habitude, il venait de se perdre. En dehors de son intelligence, il n’avait pas du tout le sens de l’orientation et était surtout d’une timidité maladive, ce qui faisait de lui un célibataire endurcit depuis 5 ans déjà.

Il posa son regard bleu-vert sur la première porte qu’il put voir, s’en approcha et l’ouvrit. La pièce était nimbée d’un halo bleuâtre, venant d’une matrice plus grande que d’habitude qui occupait le fond de la pièce. Il s’approcha, pour constater que la matrice était en activité, enfin, en stase plutôt, ce qui revenait à dire : une mise en coma de l’être séjournant dans la matrice, plus simplement : ralentissement des fonctions vitales dans le but d’endormir le sujet concerné. Le sujet en question était une jeune femme, la vingtaine, de longs cheveux blonds, presque blancs, qui enveloppaient un corps fin et pâle, recroquevillé en position fœtale. Il ne put que s’émerveiller devant la jeune femme, posant son visage contre la glace froide, elle semblait le regarder, lui. Il arrêta subitement sa contemplation pour fureter aux alentours, cherchant ce qui pourrait l’aider à connaître l’identité de l’inconnue. Des pas dans le couloir lui firent cesser son activité et le fit se cacher derrière un bureau, mais, fausse alerte. Jugeant plus prudent de revenir un autre jour, il sortit, non sans un dernier regard à l’Inconnue.

 

Trois jours plus tard, bureau 36ZS, la nuit.

 

Il n’aurait peut-être pas dû, mais Elle l’obsédait, il ne pensait qu’à Elle. Alors, comme il travaillait tard cette nuit et comme il n’y avait plus personne à part Paulo, le gardien de nuit et ses R.G. (les Robots Gardiens), il est retourné dans la pièce, étonnamment, il ne s’est même pas trompé. Elle était là. Elle, si jolie, il n’as même pas eu besoin d’allumer la lumière, la pièce semblait être emplie d’une lumière bleuâtre émanant de la matrice en stase. Il s’approcha et remarqua, gravé sur le métal des commandes, un numéro de série. Il lui suffirait de l’entrer dans l’ordinateur central pour connaître les informations sur cette inconnue. En effet, chaque « création » avait une matrice propre et surtout, un dossier contenant tout ce que l’on veut savoir sur les personnes ayant commandés une création. Il le nota sur un petit calepin noir, quand une voix grave et douce retentit derrière lui : « Je vois que tu à rencontré Angélique, ma petite Angélique ? ». C’était le docteur Makovinski, patron de Génétia et inventeur des matrices. Il avait déjà passé l’âge de la retraite, mais toujours il restait dans ce qu’il appelait sa « seconde famille ». Dans un grincement de roues, il vint se placer aux côtés de Frédéric, posant son regard bleu acier sur la jeune femme.

« Oui, Frédéric, tu as devant toi ma fille, Angélique Makovinski... assieds-toi et écoute ce que j’ai à te raconter... ». Fred, un peu piteux, prit une chaise et s’installa en face du vieux professeur, qui commença d’une voix tremblante, à l’évocation de souvenirs sans doutes douloureux : « Il y de cela bien longtemps, j’épousai une jeune femme du nom de Sandrine Falère, chercheuse en biogénétique, très vite, nous eûmes une petite fille, Angélique, qui fut et restera notre seule enfant. Un jour, un couple vint, nous demandant de leur créer un enfant, ou plutôt, deux, des jumeaux. La technique n’étant pas aussi perfectionnée que maintenant, nous mîmes au courant les parents du peu de chance de survie des enfants, mais peu leur importaient, ils voulaient jumeaux, mais tant pis s’ils n’en avaient qu’un. Ma femme s’occupa donc de leur dossier. Tout allait parfaitement bien, et le jour de la naissance approcha, Angélique avait alors 17 ans et nous aidait souvent au labo. Malheureusement, lors de l’ « accouchement », un petit problème survint, mais, voulant toujours croire que rien n’étais perdu et consciente des dangers de l’opération, Sandrine voulut couper le cordon reliant les deux enfants au nourrisseur, l’opération aurait très bien pus réussir, si au moment de l’ouverture de la matrice, un morceau de métal se détacha de l’appareil, provoquant une explosion. Je perdis ma femme et l’usage de mes jambes, et Angélique tombe dans un coma profond. A partir de ce jour, et pendant deux ans, je recherchai une manière d’avoir ma fille toujours avec moi et ce pour longtemps. Je créai donc une matrice plus grande et l’y plaça, il y a de cela 5 ans. Maintenant, avec les progrès de la médecine, je pourrais très bien la réveiller, mais...Je suis vieux, et il ne me reste plus beaucoup de temps à vivre...Alors, quand je mourrai, on arrêteras la matrice, et ma fille, on l’enterrera à mes côtés...Mais, j’aurais bien voulu que quelqu’un découvre cette pièce, et ce quelqu’un, ce fut toi, Frédéric...Je te demande de garder cette discussion entre nous, et de ne plus jamais venir la voir avant que ma mort soit belle et bien certifiée...Alors, tu auras le droit de réveiller ma petite Angélique,de la faire re-naître...Et surtout, de t’en occuper... » Le vieil homme se tu, les lames aux yeux. Frédéric prit alors la parole : « Pour...Pourquoi moi ? Pourquoi me le demandez-vous à moi précisément ? 

- Je vais te le dire...Ce choix, je l’ai fait en lisant ton dossier...Tu es un enfant de l’orphelinat, surdoué qui plus est. Tu n’as jamais eu de problèmes avec la justice et tu n’as jamais eu de problèmes psychiatriques et sociaux, bien sur, tu as un caractère bizarre, mais ce n’est pas un problème...Maintenant, laisse moi seul avec ma fille... » Il fit pivoter le fauteuil, faisant face à Angélique. Frédéric sortit de la pièce, alla chercher ses affaires et rentra directement à chez lui.

 

Appartement de Frédéric Hassenstein, une heure trente du matin

 

Il était rentré chez lui depuis 10 min, et, déjà, il pensait à Angélique et aux paroles de son père. Que faire ? Ne trouvant pas de réponse immédiate dans le silence, il ouvrit une bouteille de vodka, la solution s’y trouvant peut-être.

 

 3ème sous-sol de Génétia, bureau 36ZS, trois semaines plus tard.

 

« Frédéric, pourquoi le Professeur Makovinski veut-il te voir ? Tu n’as pas encore fais de connerie, j’espère ? » La voix nasillarde et énervante du Dr. Fancotinno fit sortir Frédéric de sa torpeur. Il se leva, rajusta ses vêtements, et sortit, sans même un mot pour son chef de bureau. Il se dépêcha pour arriver chez le professeur. Arrivé devant la porte, il rajusta une Xème fois ses vêtements, puis frappa trois coups, secs et nerveux. Une voix féminine lui répondit.

« Entrez, mais ne vous attardez pas, le professeur à besoin de calme ». Il entra dans la pièce sombre, éclairée par une petite lampe de chevet et les lumières des écrans de contrôles entourant le vieil homme. La jeune femme qu’il avait entendue parler n’était autre qu’une infirmière, qui sortit quand le jeune homme entra dans la pièce, les laissant seuls.

« «Je suis heureux de te voir, Frédéric... Comme tu le sais sans doute, je suis à l’article de la mort, je n’ai plus que quelques jours à vivre. Je te demande donc de préparer le réveil de ma fille, et surtout, sa...naissance. Deux techniciens t’attendent déjà en bas, ainsi qu’un infirmier. Fais le nécessaire pour que ma fille vive...Maintenant, va... » Le vieil homme ferma les yeux, et Frédéric sortit, descendant les escaliers quatre à quatre. Arrivé devant la pièce, il entra sans hésiter, et se trouva face aux deux techniciens et à l’infirmier. Il posa son regard autour de lui, la pièce semblait métamorphosée, car allumée et au centre d’une certaine activité. Dans un coin, une table avait été installée, sur laquelle avait été déposé tout ce dont ils auraient besoin en matière de soins médicaux. Frédéric s’approcha du clavier de commande, entra le code d’arrêt de stase, introduisit les donnée de mise en vie et les paramètres de réveil. Il n’y avait plus qu’à attendre. Les minutes s’égrainèrent lentement, dans un silence bercé par les respirations humaines et le ronronnement de la matrice qui changeait doucement le liquide bleuâtre en un liquide ambré, puis jaune presque transparent. Au bout de ce qui sembla une éternité, le rythme cardiaque de la jeune femme reprit une activité normale, et ses yeux s’ouvrirent, dévoilant deux perles gris – bleus. Elle se déplia, et s’approcha du verre, posant ses mains à plats tout contre, regardant Frédéric avec étonnement, puis, comme si elle savait ce qui se passait et dans quelles circonstances elle venait de se réveiller, ferma les yeux avec tristesse. Frédéric posa ses mains contre la vitre, exactement sur celles de la jeune fille. Elle releva les yeux vers le jeune homme et un petit sourire vint allumer leurs deux visages si proches et pourtant séparés par la triple épaisseur de verre.

 

Même salle, 5 jours plus tard

 

« Maintenant, je peux m’en aller heureux... ». Tels furent les derniers mots du professeur Makovinski, avant de mourir de vieillesse, à l’âge 88 ans. Frédéric, pourtant, était heureux, car, aujourd’hui, la naissance d’Angélique allait avoir lieu. Arrivé dans la pièce, il posa ses lèvres sur le verre froid, en direction de celle de sa bien-aimée, déjà endormie. La matrice avait déjà commencé à se vider et le corps de la jeune femme venait d’être installé dans le sas de sortie. Les minutes s’égrainèrent alors lentement. Au bout d’une heure, le sas fut vide et s’ouvrit. Deux infirmières aux gestes calmes enroulèrent la jeune femme dans une couverture, puis, la sortirent de sa bulle protectrice pour enfin la déposer sur un lit. Elle était née, il n’avait plus qu’à l’aimer. Au bout d’une heure, la jeune femme ouvrit les yeux et tendit une main encore un peu froide vers celle de son ami. Il sursauta et se pencha vers Angélique, la regardant droit dans les yeux. Il n’y avait pas besoin pour eux de se parler, ils se comprenaient sans même ouvrir la bouche.

 

Et dans un coin sombre de la pièce, quatre visages observent la scène puis disparaissent, évaporés vers la Lumière.

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PRF - Un Monstre Si Humain (vers.1)

Le téléphone sonne, strident, me faisant sursauter. Je l'attrapai en vitesse, tout en continuant à préparer du café. Au bout du fil, la voix paternelle de Franck Deus, mon chef.

-         Alaïs...Je te dérange ?

-         Nan, j'allais me préparer du café...Qu'est ce qu'il y a ?

-         On la retrouvé.

-         Qui ?...Oh non...et ?

Ce blanc ne me dit rien qui vaille. Mon cher chef reprit, d'une vois légèrement tremblante.

-         Mm...C'était une jeune femme, mais nous avons bloqué le tueur, tu...On te demande...

Je soupirai, le bébé était donc peut-être encore en vie ? Mais le ton était sans appel. "On" te demande...Ca voulais dire que j'allais devoir tuer, ce soir. J'eus quand même la présence d'esprit de demander, par précaution, à quoi j'avais affaire.

-         C'est un humain ?...Non, je suis bête...c'est un garou...

Dis moi que c'est un garou...Dis moi que ce n'est pas un homme...

-         Un homme, enfin....tu...Tu verras bien...

-         J'arrive

Seule la tonalité me répondit. Bon sang, sur quoi étions-nous tombés ? Un fou ? J'éteignis la machine à café, et alla préparer mon arbalète. Mais où avais-je put mettre ce foutu carcan de transport, hein ? Après quelques minutes de recherche, je le trouvai sous l'armoire et l'en extirpa. J'y rangeai les carreaux, des 4X, ceux qu'on appelle Les Tueurs, ainsi que des C96, au cas où je devrais prendre en chasse la créature...enfin, le tueur, plutôt. Une voiture klaxonna en bas. Déjà ? J'eus à peine le temps d'enfiler mon manteau et  d'y glisser mon berretta. Traitez-moi de parano si vous le voulez, mais on n'est jamais trop prudent. Je descendis les escaliers en vitesse et verrouilla la porte.

 

La voiture qui m'attendait en bas était un croisement entre le break, la camionnette et une rover. J'ouvris le coffret et y déposa mon arbalète, avant de rejoindre le conducteur. Erwin me sourit et démarra comme un malade. Me rappeler de ne plus jamais aller en voiture avec lui. Erwin Volger, 29 ans, nécromancien et réanimateur au sein de l'USC depuis au moins huit ans me dévisagea en riant.

-         Tu détestes quand je conduis, hein ?

-         Non, j'adore prendre des risques...

-         Oh, aller, arrête de râler, ma toute belle, on y sera plus vite.

-         Appelle moi encore une fois "ma toute belle" et tu sauras ce que ça fait de recevoir un C96 dans....On a pas gardés les moutons ensemble.

Il se renfrogna. Je devinai qu'il était un peu désappointé. Erwin a toujours eu un petit faible pour moi, malheureusement, ce n'est pas réciproque. Non pas qu'il soit moche, au contraire, il est plutôt beau gosse avec ses cheveux blonds foncés jamais coiffés et ses yeux gris angélique. Ni qu'il ait mauvais caractère, c'est un ange. Un peu trop sûr de lui, parfois trop lunatique et "artiste" mais rien de déplaisant. Mais il ne m'attire pas, c'est tout.

 

Nous arrivâmes au hangar, encerclé de voiture de flics. Franck s'approcha de nous et m'ouvrit la porte. Je sortit et ne lui laissa pas le temps de dire quoi que soit, ouvrant le coffre et en sortant l'arbalète et les carreaux.

-         Qu'est ce que c'est ?

-         Un homme. Il s'est enfermé dans l'entrepôt...

-         Armé ?

-         Je crois que oui...Il...Il doit être hystérique.

-         le corps de la victime ?

-         Egorgée, sans doute...

-         Pas de détail, j'ai déjà assez de cauchemar comme ça, merci !

-         Bien...

Je me plongeai dans ses yeux d'acier. Il semblait sous le choc et je le comprenais. Le "Clic" de l'arbalète armée rompit le silence qui s'était installé autour de moi. La foule des badauds se tu, me regardant passer. Il est vrai que je ne passe pas inaperçu avec mes cheveux noirs, mes yeux violets et mon manteau de cuir. Et, généralement, les circonstances de mon arrivée me rendent encore plus remarquable, surtout si on vient de découvrir le corps d'une jeune femme enceinte baignant dans son sang et ses tripes et que le tueur est encore là. Curiosité malsaine et morbide, mais tellement normale ces derniers temps...

 

Je sentis dans mon dos les regards, tantôt envieux, tantôt curieux, tantôt dégoûtés et réprima l'envie de me montrer tranquille, comme si ce que j'allais faire était banal. Ce qui est maintenant un peu le cas, pour moi enfin. J'entrai, escortée jusqu'à la porte par mon équipe. Après un dernier regard, je refermai la porte coulissante.

 

Je m'avança dans la lumière crue des néons, mon arbalète à la main et l'esprit aux aguets. Une ombre bougea derrière moi, je fis volte-face. Ce n'était qu'un rat. Un filet de sueur glacée me coula dans le dos et me fit frissonner. J'avançai de quelques mètres, slalomant entre les caisses avant de me figer. Je venais d'entendre un sanglot derrière une caisse. Je m'en approcha, sans bruit et faillit hurler. Non que j'aie l'âme sensible, mais là, ce n'était plus un être humain que j'avais en face de moi, mais un amas de chaires brûlées, de cicatrices et de peau. La...créature me regarda, d'un regard triste, d'un vert d'eau, la seule chose qu'il devait avoir de "présentable". Il se leva et se mit à parler, d'une voix rauque entrecoupée de sanglots.

-         Je voulais pas la tuer...Mais elle voulait pas m'aider...Elle a crié...Elle m'a frappé...Je voulais pas lui faire de mal....

J'avais en face de moi un homme rendu fou par la douleur. Il était atteint de la pire des folies. Un homme laissant la part belle à sa part bestiale mais ayant encore un coeur et une conscience pour se rendre compte que ce qu'il faisait était mal.

-         Aidez-moi...s'il vous plait, aidez-moi...

Pour toute autre réponse, je visa sa tête et tira. Le carreau lui transperça la tête et il sursauta, me regardant de ses grands yeux verts. Je me rapprocha et arma une deuxième fois, puis tira. Le carreau vint se loger dans son coeur. Il tomba, inanimé et je vus, par terre, un bébé enveloppé d'une couverture, qui se mit à pleurer. La petite Marie-Amélie était vivante. Orpheline, mais vivante. Il avait  donc bien un coeur, cet homme. Je pris la petite dans mes bras et la berça, tout en récitants les mots rituels pour le corps sans vie à mes pieds.

 

Je sortis, le bébé dans les bras. Une jeune femme s'approcha et me prit le bébé des bras, qui gazouillait maintenant. Je déposa  mon arbalète dans le coffre et alla m'appuyer contre la voiture. Une pluie fine se mit à tomber, et je levai le visage vers elle, respirant à plein poumon l'air si pur de Berlin. Chouette soirée...


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PRF - Le Combat (vers. 1)

La pièce est sombre, sale. L'atmosphère est orageuse, tendue. Ils se regardent. Face à face entre inconnus, étrangers. Deux êtres ayant laissé depuis longtemps leur humanité de côté pour devenir des chiens, des loups. Deux hommes aux réactions primaires.

 

Ils s'observent, se sentent, s'épient. Qui est l'agresseur et qui est l'agressé ? Ils ne le savent pas eux-mêmes, seul compte la haine qu'ils se portent. Etrangement, leurs yeux sont du même bleu délavé par la douleur, leurs cheveux du même noir poussiéreux, les mêmes hardes sales et informes...

 

Pourquoi luttent-ils ? Pour le territoire...Mais qui fut le premier à braver les limites de l'autre ? Pour le plaisir, simplement. Pour pouvoir asseoir sa supériorité.

 

Ils se ramassent sur eux-mêmes, se guettent, prêt à se sauter dessus au moindre signe. Les secondes semblent durer des heures, tendues comme le fil d'un équilibriste.

 

Qui fit le premier geste ? Qui s'élança le premier ? Les deux ensembles, peut-être... Ils roulèrent au sol, dans un tourbillon de poussière, de sueur et de tissus.

 

Ils s'empoignent, se frappent, s'étranglent...Leur sang se mélange, leur sueur accroche la poussière. Ils halètent, étouffent.

 

Un hurlement déchire le silence, un jet de sang gicle sur un mur,  auréolant de pourpre le visage d'un des combattant. Il a ses dents plantées dans le bras de l'autre, qui se dégage brutalement et regarde la chair déchiquetée, d'où s'échappe des filets de sang. Il se jette alors sur celui qui l'a mordu, le saisit à la tête et frappe. Frappe. Frappe sa tête contre le sol, dans un bruit sourd, écœurant.

 

La cervelle de l'autre lui coule entre les doigts. Matière rose et grise qui dégouline comme de la gélatine. Le silence reprend doucement ses droits, envahissant l'espace comme l'eau une piscine. Le vainqueur lentement soulève la face du vaincu. Et l'observe...

 

Et cette tête a moitié écrasée. Ce visage plein de sang et de cervelle lui rappelle étrangement quelqu'un. Et lentement, il comprend.

 

Ce visage sanglant, c'est le sien...

 

Combat inégal et sans fin qu'est celui de l'être contre lui même.



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Petits Récits Fantastiques - l'ange possédé (vers.1)

Je suis entrée dans la pièce, je savais qu'il était là, mais pas dans quel état. Mes yeux se posèrent d'abords sur le lit défait, puis sur le sol jonché de matériel de dessin, de croquis, de toiles vierges ou pas et ensuite sur le chevalet, où une toile était posée et un corps esquissé. Je tournai la tête vers le mur de vitres sales et opaques, ne laissant passer qu'un fantôme de lumière. Il était là, dans un coin, assis, ou plutôt affalé, ses ailes blanches repliées dans son dos, les bras ouvert. Il y avait du sang sur ses mains, sur sa chemise, sur son visage. Et son regard bleu acier était fixé sur moi, vide et fou. L'espace d'un instant, j'eu l'impression qu'il allait me sauter dessus, ce qu'il ne fit pas. Il prit la parole, d'une voix ferme mais douce, qui me fit frissonner.

-         Avoue, tu t'attendais à ce que je me jette sur toi...

-         Si tu sais si bien ce que je pense, tu sais pourquoi je suis venue...

-         Parfaitement...

-    Alors arrête ce petit jeu !!!

-    Ok, ok...ne t'énerve pas...

-         Tu ne luttes pas ?

-         A quoi bon ?

J'étais étonnée, d'habitude, ils n'étaient pas aussi calmes...Un doute m'envahit...Et si ce n'était effectivement pas lui ?...Et pourtant c'était lui. Je n'arrivais pas à croire que ce soit lui, je n'y arrivais pas. Il me sourit tristement et se leva. Je reculai. Il écarta ses bras pâles et tachés de sang en croix et me fit face.

-         Vas-y ! Ne me dis pas que la Chasseuse a peur ?

Sa voix était ferme et je savais qu'il ne reviendrait pas sur sa décision. Je soupirai et sortit l'arbalète. Il ferma les yeux et respira. J'arma l'arbalète puis visa le coeur. Et enfin tira. Le carreau vint se ficher dans sa poitrine, sans bruit, faisant gicler son sang sur mon visage. Je l'essuyai et le regarda tomber, les larmes aux yeux. Sa tête heurta doucement le sol, tandis qu'un filet de sang argenté s'écoula doucement de sa bouche. Il souriait, il était enfin libre, lui, le peintre tourmenté, l'ange possédé, le tueur de prostituée, Jack l'éventreur moderne. Je me signai et prononçai les mots rituels, regardant une flamme noire s'échapper du corps, tandis qu'une douce lumière enveloppa le corps. J'appela ensuite une équipe de nettoyeur et sortit, laissant les larmes glisser le long de mes joues. Je venais de perdre un ami...Un tueur peut-être, mais un ami quand même...Putain d'métier.

                                            ==========

Elle est entrée dans la pièce, ses longs cheveux noirs volant presque autour d'elle. Ses yeux que je savais violets firent le tour de la pièce, s'arrêtant sur le portait, avant de se poser sur moi. Elle était jolie, elle le resterait sans doute encore longtemps. Je lu dans ses yeux un lueur triste, et saisit ses pensée. Je lui répondis, un peu amusé.

-         Avoue, tu t'attendais à ce que je me jette sur toi...

-         Si tu sais si bien ce que je pense, tu sais pourquoi je suis venue...

-         Parfaitement...

-    Alors arrête ce petit jeu !!!

-    Ok, ok...ne t'énerve pas...

-         Tu ne luttes pas ?

-         A quoi bon ?

Elle était étonnée et sentit le doute l'envahir. Pourtant c'était vrai. J'avais bel et bien tué huit prostituées, mais pas de mon propre chef. Je suis possédé, aucun espoir d'exorcisme autre que la mort. Je dois mourir. Je ne voudrais pas risquer la vie d'innocents et encore moins la sienne. Je me levai et écarta les bras en croix. J'avais encore du sang sur moi, du sang d'humaine fraîchement égorgée. Dans son esprit, la pensée résignée de me donner la mort se fit enfin. Je ferma les yeux et respira. Elle arma son arbalète, d'un 4X, un carreau tueur. Elle visa et enfin tira. Le carreau me transperça le coeur. Je pensais que ça ferait plus mal que ça, mais enfin soit. C'est dommage, je ne finirais pas son tableau, je comptais lui offrir pour ses vingt-six ans. C'est dommage d'avoir été possédé. Très dommage. Je sentis une douce chaleur m'envahir au moment où elle ouvrit la bouche. Puis, plus rien. Juste une douce sensation et le silence. J'étais mort, le sourire aux lèvres.


18:31 Écrit par Miss Evergreen | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Vengeance version 2

Pantalon de cuir noir soulignant ma taille, haut moulant mais couvrant, manteau sur les épaules, cheveux lâchés, je sors de la voiture, les yeux d'Erwin me suivant avec envie ou désir, comme d'habitude. C'est gratifiant, quand on a perpétuellement le moral en baisse comme moi, mais j'avoue que, parfois, c'est gênant. J'ouvre le coffre, attrape mon arbalète et le referme. Ce soir, je lutte seule à seule contre le démon, celui qui a empoisonné ma vie depuis mes seize ans. Je le hais assez pour le tuer à mains nues, mais c'est un vampire, et, à mains nues, je n'ai aucune chance.

 

La rue est calme, déserte. Mon pas claque doucement dans la nuit, se répercutant en échos de plus en plus bas. Je tourne la tête pour voir Erwin relancer le contact et me regarder une dernière fois, comme si j'allais ne plus jamais revenir. Je lui sourit, mais il ne doit pas, ou à peine, le distinguer, ce fameux sourire. Ce n'est sans doute pas plus mal, je pense. Il s'éloigne, laissant peu à peu le silence envahir le lieu, enfin, un tant soit peu qu'une rue de ville puisse être silencieuse.

 

Je m'arrête devant un bâtiment imposant, une ancienne usine, réhabilitée en loft pour personnalités fortunées. L'arbalète sous le manteau, je m'approche de la porte. Un colosse livide, cigarette en bouche, me toise des pieds à la tête et, sans même enlever sa clope, me parle, bourru mais égrillard :

 

"Désolé, miss, mais on n'entre pas comme ça chez..."

Je ne lui laisse même pas le temps de terminer sa phrase qu'il se retrouve avec un carreau de chasse dans la gorge. Ses cordes vocales tranchées. Toujours sous le coup de la surprise, sa cigarette glisse de sa bouche et vient brûler le col de sa veste. Il ne mourra pas du cancer du fumeur, lui.

 

Je le fouille, glissant son arme dans une poche de mon manteau, proche de ma main libre. Plusieurs badges d'accès et autres cartes vinrent eux aussi s'ajouter à mes trésors. J'enjambe alors le corps et entre, gravissant rapidement les quelques marches qui me séparent encore de la porte. Le couloir est froid, un peu humide, les murs sont percés de portes, toutes aussi semblables les unes que les autres. Je ne veux pas savoir où mènent les portes, je veux juste atteindre son Refuge et l'attendre. Combien de temps, je n'en sais rien, mais j'ai déjà tant attendu que quelques heures de plus ni changeront rien. L'ascenseur me tend les bras, ou plutôt la porte. J'y entre, appuyant sur le dernier étage, on ne sait jamais. Il se met en marche, remontant doucement, comme la petite boule de stress et d'adrénaline qui se situait il à quelques minutes dans mon estomac. Rester calme, respirer, doucement, expirer, lentement...

 

Il s'ébranle et s'arrête enfin au cinquième étage, c'est dingue, je n'aurais jamais cru qu'il y en avait cinq. Astuce de maffioso. Faire croire à l'ennemi qu'il y a moins que prévu. Comme prévu, trois gardes du corps m'attendent. On ne dira jamais assez de bien de la paranoïa. Je vide mon chargeur dans les deux premiers, le chargeur du garde d'entrée sur le troisième. Pratiques, les silencieux. Mais c'est trop facile, il doit y avoir un piège quelque part.

 

Pourtant, rien. Je rentre dans le bureau sans problèmes. Je rentre dans un lieu digne d'un musée. Des statues, des antiquités, des meubles...Tout ici est ancien. Un antiquité callipyge ici, un meuble Louis XV là... Mon démon serait-il un collectionneur ? Un amateur d'art, en tout cas. Mais soit, je ne suis pas là pour discuter art, je suis ici pour te tuer, Heinrich. J'ai patiemment tissé ma toile, tendant mes rets autour de toi...Et maintenant, ça y est...Je suis fin prête. J'arme mon arbalète et m'installe dans un fauteuil. Je n'ai plus qu'à attendre....

 

La somnolence me gagne doucement. Je ne vais pas te laisser me surprendre, ce serait idiot. Je me lève, dans le but de :

1) Me dégourdir les jambes

2) Me trouver un endroit moins visible, il faut bien soigner sa mise en scène, n'est-ce pas ?

Un rapide regard dans toute la pièce m'offre un choix de possibilités énorme. Que choisir ?

 

Un bruit ! Mais pas là où je m'y attendais. Porte dérobée ? C'est bien possible, mais pour moi, c'est chaud, là ! J'avise une statuette, probablement une antiquité callipyge, et me glisse derrière, faisant mine de l'observer. Il pourra sans doute me voir, mais pas m'attaquer par derrière. Sauf s'il aime se manger un mur.

 

Une porte, opposée à l'entrée normale, s'ouvre. Je ne vois pas qui se trouve derrière, mais je pressent que c'est Lui. Feignons de nous intéresser à la statuette, tout en gardant un oeil sur la porte. Heinrich entre, l'air affolé. Il referme la porte, à clé. Un peu de sang sur sa chemise blanche, débraillé, transpirant. Il a peur, enfin, il est sous le coup d'une forte émotion. Merci Erwin, Franck et Paul, vous me facilitez la vie.

 

Il ne m'a pas encore vu. Chance. Mais pour combien de temps ? J'enlève la sécurité de l'arbalète. Il se laisse glisser dans un sofa et ses yeux se pose (enfin !) sur moi. Son regard se fait perçant, il se lève, me toise, je l'imite. Je suis l'inconnue, l'Intruse sur son territoire. Il s'approche, doucement, tel un chat face à sa proie. Ses cheveux blonds, mi-longs, suivent une sorte de mouvement, ses yeux, deux gouttes d'acide pâle, me fixent étrangement. Pour un peu, il m'hypnotiserait. Il ouvre la bouche, sarcastique.

 

"Vous aviez rendez-vous ?

- Oui, depuis...Oh, très longtemps

- A qui ais-je l'honneur ?

- Peu importe....

- Ne jouez pas à ce petit jeu, miss. Je pourrais vous tuer.

- Ca tombe bien, je suis là pour vous tuer.

-...Voyez-vous ça !...Et, en quel honneur ?

- ...Oh...une vieille histoire.

-  Dites moi pour qui vous travaillez, je pourrais peut-être arranger...

- Laissez tomber, Heinrich, c'est à titre privé..."

 

La dernière phrase reste suspendue dans l'atmosphère. Il me regarde, tentant de lire en moi, mais il a oublié quelque chose : n'est pas chasseur de vampire qui veut, surtout quand on a aucune résistance mentale. Je tends l'arbalète, à une main. Il me regarde et sourit. D'un geste de la main, je sens l'arbalète se disloquer entre mes mains. Une arbalète à 500€, c'est pas vrai...merde ! Ce n'est pas que je lui attache une quelconque valeur, mais bon, ça fait cher, mais soit. Je suis comme clouée sur place. Enfin, je suis bonne comédienne.

 

Il s'approche, toujours souriant. Je frissonne, mais ce n'est pas de la comédie, pour une fois. Il contourne la statuette, tends une main vers moi, saisi la mienne et m'entraîne à la lumière. Sa voix est plus douce, comme s'il était ravi d'avoir trouvé une proie avec laquelle jouer. J'ai l'impression d'avoir été trempée dans un bain glacé.

 

"Et qu'est-ce qu'une jeune femme comme vous peut bien me reprocher ?

-....D'avoir tué mes parents et ma soeur..."

 

Il comprend. Je le vois à ses yeux. Il se replonge dans ses souvenirs et je sais ce qu'il revoit. Une chambre d'enfants, enfin d'adolescentes, deux lits. Dans l'un, une jeune fille aux cheveux blonds, au visage d'ange. Dans l'autre, une jeune fille plus vieille, aux cheveux noirs, au visage d'ange, aussi. Semblable par le visage, comme des jumelles, mais sans l'être vraiment. Le petit ange, égorgé, car il n'avait pas l'habitude. L'autre, la noiraude, impossible de la toucher sans se brûler. Il hurle, puis plus rien. Il revoit le visage de la noiraude, revoit ses yeux d'une étrange couleur violette. Il frissonne, il se souvient. Il sait pourquoi je suis ici, mais pas qui je suis. Je me charge de l'informer, devançant la parole qui ne sort pas de sa bouche entrouverte.

 

"Alaïs Morgenstern..."

 

Je suis la Tueuse. Cinq vampires à mon actif, trois Déviants, plusieurs créatures diverses, sans oublier ma perle, mon feu d'artifice : un Maître Vampire. Fierté ? Haine ? Qu'importe. Son visage change, un changement infime, oui, mais pas pour moi. Il sait qui Je suis. Et je sens un soupçon de peur se pointer en lui. Il va changer de tactique, je le sais.

 

Pour toute autre réponse, il me saisit le poignet, violement, m'attire contre lui. Sa main se glisse sur ma taille, je sais ce qu'il compte faire. Et je compte bien le laisser faire. Son visage est à quelques millimètres du mien. Il m'embrasse, jouant avec ma langue, griffant le bas de mon dos. Tu veux m'impressionner ? Tu veux me séduire, Heinrich ? Continue de t'aventurer plus loin, continue de jouer avec le diable...Je joue le jeu, parce que ça me plait, c'est vrai. Mais plus pour longtemps. Ses doigts se glissent sous le tissu de mon haut. Pour toute réponse, je le mords avec rage. Il me repousse avec une force étonnante, je suis propulsée contre une vitre, qui vole en éclat.

 

"Salope !..."

 

Il essuye le sang qui coule de sa lèvre, mais ne semble pas déstabilisé, comme si il s'y attendait. Ses yeux ne sont plus que deux fentes étroites. Je ne sais pas ce qu'il pense, mais ce n'est sans doute pas quelque chose de bien. Il veut m'impressionner, mais ça ne sert à rien. Tu ne perds rien pour attendre, Heinrich.

 

Mes doigts tâtonnent derrière moi, se coupants sur le verre de ce qui semble être une armoire, rencontrent ce qui ressemble à un long bâton allongé entouré de tissu. Un fourreau ! Il regarde avec ironie mes mains attraper le fourreau, car c'est une épée, j'en suis convaincue maintenant. Je me relève, le fourreau en main. Je dois saigner, car il se passe la langue sur les lèvres. Ils ne lui ont pas laissé le temps de se nourrir. Je tremble, mais pas de peur, d'excitation, de rage, de douleur, je ne sais pas. Je me force à le regarder dans les yeux, tandis que le fourreau tombe sur la moquette, dans un bruit mou. Je pensais avoir affaire à une vieille ruine, mais c'est tout autre chose. La lame brille, comme astiquée à l'instant, fine et tranchante, enfin j'espère. La garde est magnifiquement sculptée, le pommeau finement ouvragé. Une oeuvre d'art.

 

Un qui à l'air inquiet, c'est Heinrich. Il semble réaliser que je ne vais pas me laisser faire. Mais il espérait quoi, ce type ? Inquiet, mais pourtant sûr de lui, il contourne le bureau et s'empare d'un katana posé sur un rak, décoré de fleurs et d'oiseaux. Sabre contre épée, inégal, mais sait-on jamais ? Nous nous positionnons face à face, en garde. Nous restons un petit moment comme cela, face à face, puis, presque simultanément, nos bras se détendent, nos lames se croisent. Il attaque. Je parade, riposte. Il contre riposte. J'évite et le flèche. Par quel miracle, je ne sais, mais nous marquons simultanément le premier sang. Je me redresse, lui aussi. Nous respirons à pleins poumons, reprenons notre souffle.

 

Tu as trouvé un adversaire coriace, Heinrich. Je ne serai pas facile à vaincre, d'autant plus que j'ai un autre atout dans ma poche. Tu reviens à la charge, marque le deuxième sang assez rapidement. Erreur de ma part ? Non, fin calcul de stratège. Tu me désarmes, mais je te laisse faire. Tu me bloques contre un mur, je résiste, mais juste pour la forme. Mais tu oublies une chose, Heinrich. Je suis une chasseuse de vampire. Et tu ne m'as pas bloqué les mains. Erreur qui te sera peut-être fatale.

 

Il me regarde, comme déçu, la lame du katana à quelques centimètres de ma gorge. Il l'enfonce, un peu, mais assez pour me faire saigner, passe son doigt sur la plaie, goûte mon sang. Tu joues avec moi, mon démon, mais plus pour longtemps. Tu penses que seul le fait d'être à ta merci pourra m'arrêter. Tu te trompes, Heinrich, tu te trompes lourdement.

 

"C'est dommage d'avoir à vous tuer, Alaïs. Maintenant que nous venons à peine de faire connaissance... Mais vous ne m'en laisser pas le choix. A moins que...

-...Va te faire foutre !

-...Que ?...Hurg !"

 

Le carreau c'est enfoncé facilement dans la chair, comme prévu. J'ai bien visé, pour une fois. Mais il faut dire qu'à mains nues et à quelques centimètres l'un de l'autre, je n'avais aucun moyen de le rater. Je garde toujours un ou deux AV dans ma poche intérieure, c'est très utile en cas de besoin. Le deuxième pénétra avec autant de facilité que le premier, si ce n'est qu'Heinrich tenta de lutter. Mais aucun vampire ne peut survivre à deux AV en plein coeur. Aucun.

 

Il est tombé, doucement, au ralentit, comme dans un film, la bouche ouvert dans un "Oh !" de surprise qui ne sortira plus, les yeux grands ouverts, la main sur le coeur. Quel bon tragédien. Je lui ferme les yeux, tandis que son coeur se consume sous l'effet des deux AV. Je ramasse tant bien que mal l'épée et son fourreau. Ma tête tourne, c'est affreux. Je me dirige tant bien que mal vers l'ascenseur, appuie sur le bouton du rez-de-chaussée et m'affale contre le miroir. Je suis sortie de l'ascenseur, chancelante. Ai ouvert la porte et me suis laissé glisser dans les bras d'Erwin, je pense, ou de Paul avec, en tête, les visages stupéfait d'Heinrich au moment de sa mort. Il pleut, je le sens. Un crachin fin, mais dégeulasse, qui vous refroidi et se glisse entre vos vêtements, insidieusement, pour le plus grand plaisir de celui qui vous porte.

 

Une fin d'été normale, dans la banlieue industrielle de Berlin.


18:29 Écrit par Miss Evergreen | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Vengeance version 1

Minuit. Le téléphone sonne, je décroche, tout en tentant d'ouvrir un paquet de café. Au bout du fil, Franck, mon chef. Il m'aime comme sa propre fille. Et il n'est pas le seul. Pourtant, je ne comprends pas pourquoi, je suis orpheline, oui, mais je ne suis pas une fille fragile et naïve, non. Enfin soit.

-         Alaïs ? C'est Franck, je te dérange ?

-         Non, non, je suis en train de me battre avec un paquet de café, rien de grave.

-         Tu ne dormais pas ?

-         Tu m'as déjà vu dormir à minuit, toi ?

-         ...Tu sais très bien que...

-         ...Tu n'aimes pas quand je passe une nuit blanche, je sais...Viens en aux faits

-         Ton vampire a mordu à l'hameçon...

-         Non ? Vraiment ? Déjà ?....Si j'étais toi, je me méfierais...Et puis ce n'est pas MON vampire, c'est un criminel !

-         Oui mais c'est celui qui a assassiné tes parents

-         ...

-         Nous passons te prendre, à toute à l'heure Laïs.

-         A toute à l'heure...

Je n'eus même pas le temps de terminer ma phrase, il avait raccroché. Je laisse donc tomber l'idée de me faire du café et vais m'habiller. Tout en en enfilant un pantalon, je ne peux m'empêcher de penser à ce que Franck vient de me dire. Et aussi à tout ce qui m'est arrivé depuis la mort de mes parents. Quand on pense que j'aurais pu ne jamais arriver jusque ici, quand on pense que j'aurais pu rester dans cet hôpital psychiatrique jusqu'à la fin de ma vie. J'en frissonne.

 

 Pendant de long mois, j'ai traqué, cherché, tenté d'approcher Heinrich, ayant éliminé Krystal avec une étonnante facilité, un soir d'hiver. Je lui ai tendu un piège et il est tombé dedans. Ce fut si simple...Un appât, et pouf, le voilà tombé dans le panneau. D'autant plus que ce soir, c'est moi qui mène la danse. C'est moi, et moi seule qui aurai le privilège de me retrouver en tête-à-tête mortel avec toi, Heinrich.

 

J'enfile mon manteau, y glisse un cran d'arrêt et un berretta. J'attrape mon arbalète ainsi que des carreaux de réserve. Je descends l'escalier, en bas, le ronronnement d'un moteur me fait savoir que je suis attendue. Le carrosse de Mademoiselle est apprêté.

                                                                *

                                                              *  *

Eric, Erwin, Franck et Paul sont déjà là, prêts. Je monte et m'installe entre Eric et Paul, comme d'habitude. Un grand silence règne dans la voiture, alors que, généralement, un peu de musique adoucissait les nerfs. Je prends la parole, stress non apparent et pourtant présent. Il joue avec mes nerfs comme un harpiste avec les cordes de sa harpe.

-         Bon, je suppose que vous attendez mes directives ?

-         Oui

-         Ouais

-         Oui

-         Effectivement

-         ...Mes consignes sont très simples : Franck, tu surveilles l'entrée principale, Eric, celle de derrière. Paul et Erwin, vous me suivez ensuite, vous restez en arrière et agissez s'il le faut. Compris ?

-         Oui

-         Oui

-         Oui

-         Oui

-         Bien...

Le silence reprend ses droits. Nous arrivons enfin aux Entrepôts, autrefois destinés au stockage de marchandise et reconvertit en lofts luxueux et modernes pour gens aisés. La masse de métal sombre, de forme cubique est éclairée au troisième étage. J'arme l'arbalète, Erwin aussi et Paul enlève la sécurité de son fusil. Un dernier regard à mes coéquipiers et nous nous séparons. Franck me lance un regard inquiet, je tente de le rassurer d'un sourire, bien que je sache que ce ne soit pas fort réussi.

 

Nous entrons dans l'ascenseur, qui cahote doucement et lentement dans un ronron apaisant. Je place mon oreillette, ainsi que mes équipiers. L'ascenseur s'arrête enfin, je pousse la porte. Personne dans le salon, après vérification, je me dirige vers la chambre. D'un coup de pied, j'ouvre la porte, Erwin et Paul à mes côtés. Le premier carreau est pour une jeune femme, vêtue d'une courte robe à paillette bleu électrique. Elle n'a pas le temps de comprendre que, déjà, elle s'écroule, une trace de brûlure à l'endroit du cœur. Une petite flaque de sang se répand sur la moquette crème, formant comme une auréole pour ses cheveux bruns. Ses yeux verts me fixent étrangement, mais je ne m'en formalise pas. Ré arme et tire, malheureusement, le carreau se plante juste dans le bras d'Heinrich, qui crie. Un grésillement se fait entendre, accompagné d'une odeur de chairs brûlées. Il lâche ce qui faillit être son repas et s'en fuit. Je le poursuis, laissant mes collègues s'occuper de l'appât et de l'ex-vampire.

 

J'entre dans le bureau. Cran d'arrêt à la main et berretta dans l'autre. Oh, bien sûr, je vais devoir utiliser un carreau spécifique pour le tuer, mais à main nue. Sans arbalète. Heinrich me dévisage, sans comprendre.

-         Comme on se retrouve...

-         Qui êtes-vous ? Pourquoi ?

-         Je me nomme Alaïs Morgenstern, membre de l'USH, exécutrice et...chasseuse de vampire

Je laisse les derniers mots couler de mes lèvres avec délectation. Et je vois son visage s'éclairer d'une lueur de compréhension, mais aussi de peur. Il a compris, il sait pourquoi je suis là.

-         Tu viens me tuer, c'est cela ? Te venger ?

-         Peut-être que oui, peut-être que non...

-         Tu joues à ta petite maline, n'est-ce pas ? Tu penses que je vais me laisser faire ?

-         Exactement

Sans lui laisser le temps de répondre, je suis sur lui, mon cran d'arrêt enfoncé jusqu'au manche dans sa gorge. Visage contre visage. D'un geste sec, je l'enlève, éclaboussant de sang son visage et le mien. Il recrache un peu de sang et tente de me faire lâcher prise. J'enfonce le cran d'arrêt dan sa poitrine et prend le carreau que j'avais glissé dans ma manche. Lui enfonce dans le coeur, violement, un sourire sadique sur mon visage torturé par la haine. Il crie, puis plus rien. Je me relève, reprend mon cran d'arrêt et m'essuye le visage, y laissant une traînée rouge. Mes mains sont pleines de sang, mon visage est constellé de petites gouttelettes rouges, mais je n'en ai rien à faire. Je ramasse mon berretta, le range et sors, sans un regard pour l'homme que je viens de tuer.

 

Erwin et Paul m'attendent, l'inquiétude que je lis sur leurs visages me fait sourire, intérieurement. Dans un miroir, mon visage est semblable à celui d'une petite fille ayant joué avec le rouge à lèvre de sa mère, s'étant barbouillée le visage avec. Sauf que je ne suis plus une petite fille. Et que le sang a remplacé le rouge à lèvre. Mes yeux papillonnent, mes jambes tremblent, pourquoi ? Comme dans un rêve, j'entends tinter mon couteau qui tombe, comme dans un rêve, je tombe, retenue de justesse par les bras de mes deux coéquipiers, comme dans un rêve, je vois juste les yeux inquiets d'Erwin et puis le noir. Et puis le calme.

 

Je l'ai enfin eue, ma vengeance. Papa, maman, Amélie, vous pouvez être fiers de moi. Je vous aime.


18:28 Écrit par Miss Evergreen | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Féline

Féline, elle se déplie, s'étire. Ses jambes fines touchent le sol, elle se lève, fait quelques pas dans l'immense pièce qu'est sa chambre. Sa queue de chat, rousse et tigrée, s'enroule autour de sa cuisse, mouvement contrôlé. Elle s'avance dans la lumière, pose ses yeux sur le jardin, luxuriant et exubérant, contemple les roses d'Aldébaran, ramenée spécialement pour elle de là-bas. Là-bas...Elle y pense depuis maintenant deux mois. Deux mois qu'elle pense partir, laisser le palais à son "frère" et à sa nouvelle femme. Deux mois que Louz de Garra est arrivée, deux mois qu'elle a vu son frère par obligation, mais aussi son amour, le capitaine Kaïman, s'éloigner d'elle, au propre comme au figuré. Alors, elle a décidé de partir. Sur Terre, sur Aldébaran ou peut-être plus loin encore. Mais ne plus rester sur l'Astéroïde, ne plus voir ce bonheur qui lui fend le coeur, qui lui donne envie d'hurler.

 

Deux servantes s'approchent d'elle, elle les renvoie gentiment, leur donnant leur journée. Il faut qu'elle soit seule. L'Orbitran est prêt, ça fait une semaine que, doucement, elle le prépare, l'arme, l'équipe. Toutes ses affaires sont maintenant entrain d'être embarquée, ainsi que des vivres et de l'argent, et une petite équipe d'Amazones en qui elle à confiance, qui la seconderont dans ses tâches.

 

Elle ouvre la porte de la salle de bain. Une piscine de lait d'ânesse et de pétales  roses de Terra Prima reconstituées par l'ordinateur génétique l'attend. Dégrafant sa robe, qui glisse sur le sol de marbre blanc. Elle descend les marches, rentrant doucement dans le liquide chauffé, mais le coeur n'y est pas. Elle nage quelques minutes et termine ensuite sa toilette, s'habille en vitesse de vêtements de voyage.

 

Dans le couloir, elle croise le père adoptif de son "frère". Il connaît ses intentions, mais il sait qu'il ne peut la retenir, plus rien de ne peut la retenir, la mort d'Ernya, sa nourrice, l'ayant laissée seule, orpheline. Elle sert le vieil homme dans ses bras, lui demandant de remettre au Capitaine une lettre, après son départ. Elle s'éloigne, doucement.

 

Ce palais...Elle y a grandit, mais n'y est pas née. Fille d'aristos, née mutante, elle aurait dû être tuée, mais ne le fut pas. Confiée à une carape, amenée sur cet astéroïde, l'Île de la Tortue, elle y grandit avec le prince Kaïman, lui aussi mutant. Elle apprit à manier les armes, à se battre au corps à corps, à diriger un vaisseau, à mener une attaque. Elle devint l'égale du capitaine, mais n'utilisant jamais ses compétences. Mais elle apprit aussi à s'occuper d'enfants, à dessiner, à chanter, à dessiner, à écrire, à lire. Elle se souvint des jeux d'autrefois, dans la salle des fêtes, des parties de cache-cache, des confidences, des secrets. Et les larmes, impolies, vinrent s'inviter sur ses joues pâles.

 

Elle courait, maintenant. Les Amazones l'attendait sans doute déjà, plus de temps à perdre en sensibleries. Elle s'arrêta, face à un miroir, il ne fallait pas qu'on la voie dans cet état ! Elle essuya ses larmes d'un geste rageur et se mordit la lèvre pour reprendre une certaine contenance. Ses petites oreilles de chat, rousses et tigrées, comme sa queue, cachées par l'exubérance de ses cheveux, ses yeux verts intenses et en amande, son petit nez pointu, sa peau pâle, ses cheveux roux...Tout, en elle, faisait penser à un petite chatte, câline mais dangereuse. Douce mais aux griffes acérées.

 

La porte s'ouvrir, la laissant entrer dans le hangar. L'Orbitran n'attendait plus qu'elle. Elle s'y engouffra sans hésiter, ou presque, sans un regard pour l'arrière. La porte s'ouvrit de nouveau, laissant entrer les gardes, ébahis. Le volet de sortir remonta l'entement, et l'Orbitran prit son envol, prenant de plus en plus de vitesse pour finir par disparaître, petit point brillant dans le ciel.

 

Et, dans la salle d'audience, le Capitaine pleurait, une lettre à ses pieds.

 

Cher frère,

 

Depuis le temps que nous nous connaissons, je pensais que tu aurais compris. Mais ce n'est pas grave, je ne t'en veux pas, je comprends. Elle a des arguments que je ne peux lui envier, le fait d'être une vrai aristo, de porter l'auréole. Ne m'en veux pas, je ne t'en veux pas non plus.

 

Ne me demande pas où je vais, je ne le sais pas moi-même, mais ne tente pas de me rattraper, cela ne servira à rien. Depuis qu'Ernya est morte, je n'ai plus ma place ici, il fallait que je parte, encore plus depuis que Louz est arrivée.

 

Soyez heureux ! Ne te préoccupes plus de moi, je disparais pour ne plus jamais revenir. Soyez heureux ! Vivez et aimez-vous, vous...non...toi, en particulier, sera toujours présent dans mon coeur

 

Au revoir Capitaine

 

Ta soeur, Némya

 

 Depuis sept ans déjà, elle est partie. Explorant l'univers, découvrant des beautés mais aussi des horreurs, écrivant, notant, dessinant. La somme de toutes ses découvertes sont réunies dans un livre, un carnet de voyage couvert d'une écriture fine, nerveuse, ronde et de dessins, d'images. Le voyage n'a plus de secret pour elle, d'autant plus qu'elle a maintenant une alliée, sa fille par adoption, enfant de Maganats, qu'elle promit d'élever en échange de droit de voyage et d'entrées dans la Haute Cour. La petite Hélya, aux cheveux de geais, aux yeux d'un bleu profond, à la peau pâle et aux ailes de cygne, grandes et blanches, la seconde, du haut de ses sept ans et demi.

 

Un message, pourtant, a fait changer les plans de l'Exploratrice. Elle a décidé de rentrer à l'Astéroïde, car un message, reçut grâce à la chance, lui a apprit que Louz à été tuée, que son l'enfant qu'elle portait ainsi que ses deux fils et sa fille, avait été tué aussi, que le Capitaine était au plus mal. Qu'est-ce qui c'était donc passé ?

 

Arrivée à l'Astéroïde, ce n'est plus que ruines fumantes, décombres calcinés, corps brûlés. Que c'est-il donc passé ? Pourtant, partout, on tente de reconstruire, d'aider les blessés. le palais est devenu si sombre, si triste, si inquiétant. Elle se pose, sur la piste trouée, sous les eux ébahis de la population.

 

Les Amazones se postent en gardes autour du vaisseau, Némya et Hélya en descendent, se dirigent vers l'entrée, porte borgne. Le palais est en ruine, le jardin à envahi les trois-quarts de la construction. Arrivées à ce qui fut la salle des fêtes, avec ses plafonds peints de chimères et d'animaux fantasmagoriques ou maintenant disparu, aux couleurs chatoyantes, à la cheminée toujours alimentée, Némya sent venir les larmes. la salle est complètement détruite, les ors et sculptures ont été brisées. Mais le pire reste à venir, elle le sent. Confiant sa fille à une amazone, lui ordonnant de rentrer au vaisseau, elle se met ensuite à courir, courir, jusqu'à la salle des audiences. Et là, elle manque de hurler. La salle est devenue un camp de fortune pour les soldats, il y a des estropiés, des malades, des encore en vie. Et puis, assit sur son trône, vêtu de vêtements déchirés, un bras en écharpe, le Capitaine la regarde.

 

Alors, elle court, elle court vers lui, bousculant les officiers, évitant un malade ou un mort.

 

-"Tu vois ? Regarde autour de toi, petite Némya, les ruines, la mort, le sang...regarde comme un royaume florissant peut vite tomber dans la plus grande disgrâce...Il n'a fallut que trois ans pour que tout tombe en ruine.... Ma femme et mes enfants sont morts, que viens-tu faire ici, petite Némya ? Te moquer d'un roi tombé si bas ? Rire d'un Capitaine qui n'a su prévoir la fin de son armée ?...Parle, petite Némya !

- Je ne suis ici pas seulement parce que j'ai été mandée, Kaïman. Mais aussi parce que, l'aurais-tu oublié, tu as encore ta place dans mon coeur, et que je suis sensible à ton malheur. Je viens t'aider, Kaïman, t'aider à reconstruire ton royaume..."

 

Les gardes, soldats ou simples gens se tournèrent vers celle qui venait de parler. Et, le Capitaine sourit.


18:22 Écrit par Miss Evergreen | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Welcome

In my history room.
 
...Ma chambre des histoires, la salle des contes.
 
Dans le premier, mes poèmes, réfléxions.
Dans le deuxième, mes histoires, nouvelles, contes....Et ceux d'autres, d'amis.
 
Je ne promets pas une grande qualité littéraire, une masturbation stylistique et psychique. Ce sont des histoires écrites parfois sur un coup de tête, certaines fignolées pendant un an ou deux...
 
Laissez moi vos critiques, qu'elles soient bonnes ou mauvaises, vos idées, vos félicitations, vos huées.
 
Bonne lecture et bon voyage dans mon monde
                                                                      

Miss Evergreen



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